UPR : vers l’échec programmé du nouveau souverainisme ?

1

Les élections européennes sont passées depuis quelques semaines. Même si les résultats sont sans réelle importance au regard de la fonction somme toute marginale du parlement, il n’en va pas de même pour l’avenir immédiat prévisible de la scène politique française.

Dans une perspective souverainiste, les deux constats véritablement importants sont les suivants :

  • l’équilibre des forces demeure figé dans l’opposition factice entre la République en marche et le Rassemblement National ;
  • le FREXIT est une proposition qui n’intéresse en soi presque personne.

Pour qui soutient la nécessité de quitter au plus tôt l’Union Européenne et la zone euro, c’est tout à fait regrettable mais cela ne change rien à l’affaire. Il convient surtout de s’interroger sur la capacité des mouvements porteurs de cette proposition à convaincre une part significative de l’électorat.

A ce jour, deux ont pu présenter des listes : les Patriotes et l’UPR. Pour la suite, je m’intéresserai exclusivement à l’UPR. A mon sens, c’est en effet le seul mouvement qui dispose d’une base militante importante, ce qui en fait le premier véhicule de la proposition du FREXIT.

Médias ou pas médias ?

Il y a peu, le président de l’UPR s’est livré à un bilan électoral sur le média UPR TV. Visionnage décourageant, je dois dire. Quoi qu’il s’en défende, celui-ci donne l’impression de se défausser trop facilement sur l’argument de sa faible exposition médiatique pour justifier le score modeste bien qu’honorable de sa liste. Hélas, cela n’est pas recevable.

Premièrement, il est faux de dire que l’UPR est exclu des médias. Au contraire, ses représentants sont désormais régulièrement invités dans des émissions de formats divers. Qu’attendent-ils donc ? Un « vingt heures » sur France 2 chaque semaine ?

Les journalistes choisissent leurs invités sur la base de l’écho de leur discours dans le public. A ce jour, le FREXIT demeure une option marginale auprès de la majorité des français. Quand le travail de terrain aura pleinement produit ses résultats, l’exposition médiatique de l’UPR s’en verra améliorée d’autant, c’est aussi simple que cela.

Deuxièmement, l’argument est contradictoire. En effet, comme le président se complaît à le rappeler, la tête de liste des Patriotes a bénéficié d’une exposition médiatique plus importante – se pourrait-il que ce soit du à une meilleure aptitude oratoire ? – et pourtant au final, il a remporté sur son nom l’équivalent de moins de deux tiers des électeurs de l’UPR. Alors, médias ou pas médias ?

Enfin, il est osé de suggérer, résultats d’outre-mer à l’appui, que nos compatriotes de métropole sont trop conditionnés par les médias nationaux pour voter de façon réfléchie. Cela revient à surestimer la capacité des médias à former l’opinion publique mais en plus, pour un parti qui s’enorgueillit de s’adresser à l’intelligence des citoyens, c’est tout de même « un peu limite »…

L’UPR est un mouvement d’élite

Il ne faut pas se voiler la face. Il est à peu près certain que les électeurs qui ont fait le choix du FREXIT sont ceux qui étaient déjà engagés dans une réflexion active à propos des problèmes posés à la nation. Présupposer qu’il en irait de même pour tous n’est ni réaliste ni raisonnable. Le corollaire est simple : l’UPR est un mouvement d’élite ; à ce titre, il demeure pour le moment dans l’incapacité de s’adresser à un électorat de masse.

Le constat n’est pas sans conséquence. Ainsi, un autre des arguments de son président, à savoir que Nigel Farage a mis vingt-cinq ans avant de parvenir à imposer le référendum sur le BREXIT, est complètement hors sujet : nous n’avons tout simplement pas vingt-cinq ans – une génération ! – devant nous.

Après seulement dix-huit mois de présidence Macron, la France connaissait déjà son plus important mouvement social depuis des décennies. Six mois plus tard, non seulement rien n’a changé, mais le succès relatif de la majorité présidentielle aux élections européennes ne va faire que conforter celle-ci dans son action. Dans trois ans, qui sait dans quel état sera la France ? Le peuple acceptera-t-il de rejouer la mascarade de 2017 avec les mêmes acteurs ? Dans la négative, allons-nous tout droit vers une crise de régime ?

Je rappellerai simplement que lors de la dernière campagne présidentielle, Jean-Luc Mélenchon avait réussi à canaliser un élan populaire en proposant une ligne républicaine sociale. En dépit des approximations et des incohérences de son programme, c’était déjà une réussite en soi. S’il avait su maintenir cette dynamique jusqu’en 2022, et surtout s’il l’avait voulu, qui sait comment le jeu trop bien rôdé de l’opposition entre « progressistes » et « populistes » aurait pu en être changé ?

Au lieu de cela, il a préféré rester fidèle au fantôme de François Mitterrand jusque dans l’échec en retournant à la vieille lune de l’union des gauches. La sanction du scrutin européen a été sans appel. Dès le lendemain, la charge était lancée pour se partager les restes… Au regard de cette triste aventure, l’UPR ne craint-elle pas de prendre le risque de devenir la prochaine France Insoumise ?

L’échec programmé du nouveau souverainisme ?

Balayer d’un revers de main le fait qu’un obscur parti animaliste a supplanté les deux listes pro-FREXIT cumulées n’est pas le signe d’une grande capacité de remise en question. Les militants devraient pourtant comprendre que ce qui leur est reproché, ce n’est pas leur ligne politique mais leur stratégie pour convaincre les électeurs de la mettre en œuvre.

S’enfermer dans une attitude confinant à l’autisme ne va certainement pas dans le bon sens. Et pourtant ! La conjonction de la déroute des partis classiques et du soulèvement des gilets jaunes ouvre un véritable boulevard pour une alternative politique. L’UPR est-elle cette alternative ? A regret, je dois affirmer que j’en doute de plus en plus.

Car j’ai aussi cette autre question pour les « upériens » : s’ils ne parviennent pas à susciter la pleine adhésion de ceux dont je suis qui ne les ont pas attendus pour être convaincus de l’impératif de quitter l’UE, comment comptent-ils s’y prendre pour convaincre les autres ?

Rester au milieu du gué n’est pas une option. Le temps d’un large rassemblement populaire est venu. Mais pas plus que quiconque, l’UPR n’a de légitimité pour procéder à une OPA sur le thème de la souveraineté nationale. S’attendre à ce que chacun se mette en rang derrière le leader pour je ne sais quelle raison n’est tout simplement pas acceptable.

N’avons-nous donc d’autre choix que d’attendre un déclencheur extérieur – une crise bancaire, peut-être ? – qui forcera dans la douleur la recomposition politique qui pourrait pourtant être initiée dès aujourd’hui? Ou bien une intransigeance déplacée doit-elle signer l’échec programmé du nouveau souverainisme ?





À l'attention de nos lecteurs:
  • Cet article a été rédigé par un membre de la communauté de Soverain. Il est possible que son contenu soit orienté, voire militant, en faveur d'un parti ou d'une couleur politique; ces articles sont en effet autorisés dans la Tribune libre. Néanmoins, la véracité des faits annoncés a été vérifiée par l'équipe de modération. N'hésitez pas à commenter et à partager vos impressions avec la communauté !
  • Cet article est soumis à la licence [Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International], vous pouvez donc le reproduire à des fins non commerciales.

8 Commentaires

  1. Il est apparu à beaucoup que de participer aux élections tout en parlant de Frexit était pour le moins un paradoxe. Il y a également le fait que pour beaucoup les difficultés du Brexit ont refroidis ceux qui voulaient en sortir. Il y a encore que les Français sont hostiles aux partis quels qu’ils soient. Le mouvement des gilets jaunes l’exprime. Malgré tout, Le fonds de l’air en France est à l’anti-européisme. seulement il nous faut trouver le bon angle d’attaque. Il y a beaucoup trop de partis souverainistes, l’UPR, les Patriotes, le Pardem, et j’en passe. Mélenchon et MLP qui avaient la possibilité de rassembler les souverainistes, ne l’ont pas fait et sont retournés à leur tambouille habituelle. Mais le ferment est là, et les résultats de l’UE sont tellement médiocres, qu’ils produiront un retour de bâton

  2. Quelques compléments.

    En fait, je ne crois pas que l’UPR (ou les Patriotes) aurait pu faire beaucoup plus que le score obtenu. Nous sommes deux ans après la présidentielle et c’était déjà un grand progrès que de parvenir à s’y présenter. Les européennes sont une confirmation de ce que l’UPR a accompli jusque là.

    Ce qui motive mon article (et ce qui me rends difficile d’adhérer pleinement non pas aux thèses mais à la méthode), c’est que je ne perçois pas de sentiment d’urgence de la part de la direction. En trois ans avant la prochaine présidentielle, on a encore le temps de descendre très bas…
    D’où ma réflexion sur le côté élitiste de l’UPR. Il ne s’agit pas de revenir sur le FREXIT ni de s’allier avec des « souverainistes mous », mais de comprendre que le discours passe largement au dessus de la tête de la plupart des gens.
    Je veux bien que les médias n’aident pas. Mais en la matière, le seul vrai problème, c’est celui de l’équité au lieu de l’égalité du temps de parole durant les campagnes électorales. Pour le reste, on ne peut pas dire aux journalistes qui inviter ou comment interroger leurs invités.

    Ce qu’il faut, ce n’est pas changer le discours au gré des vents électoraux du moment, mais aller à la rencontre des gens en se rendant compréhensible par le plus grand nombre possible. Et pour y arriver, cela implique nécessairement une réflexion stratégique.
    Sur ce point, les derniers signes envoyés ont été plutôt négatifs, raison pour laquelle plusieurs auteurs ont critiqué l’UPR (cf. le blog de Laurent Herblay).
    Pour ma part, étant effectivement électeur de l’UPR, je serais ravi d’avoir rapidement de bonnes raisons pour changer d’avis.
    Qui sait, cela viendra peut-être plus vite que je ne le pense. J’imagine que ces questions sont débattues durant les réunions internes.

    Sinon, je viens de lire l’article de Renouvin. C’est intéressant.
    Je suis d’accord sur le fait qu’en appeler au CNR n’est pas nécessairement très mobilisateur. Moins pour ce qui est du problème des conceptions différentes du souverainisme. Il me semble qu’en écoutant bien les gilets jaunes, on doit pouvoir trouver des éléments de consensus importants pour passer outre les divergences qui, bien que réelles, ne sont pas l’urgence du moment face au consensus néolibéral mis en œuvre par l’UE.

  3. N’empêche que l’UPR n’a pas accès aux chaînes d’info les plus regardées par les français ; BFM et TF1 et que si on ne fait pas la démarche de chercher sur Internet, on n’entend pas parler de l’UPR et si on passe devant les nombreuses affiches on n’y prête pas attention parce que l’on n’a jamais vu cette tête à la télé poubelle! J’étais moi même loin très loin de m’intéresser à la politique en 2015 après les attentats sanglants mais c’est à ce moment que j’ai eu un déclic ; je n’ai plus avalé la propagande des médias officiels, j’ai pens à un complot de par les info que je glanais sur Internet. Je suis passée par les sites de Soral et Fiorille avant de découvrir les conférences d’Asselineau et là le déclic a été total ; j’ai compris. Si vous m’aviez dit en 2014 que je serais militante d’un parti politique et que je » mouillerais ma chemise  » pour transmettre la bonne parole, je vous aurais ri au nez. Ce n’est pas pour rien que l’UPR est boycotté par les meRdias, il ne faut surtout pas que les dormeurs s’éveillent comme je l’ai fait en 2015.

  4. Encore faudrait-il que les passages dans les médias se déroulent dans des conditions acceptables.

    Les « journalistes » qui animent ces éditions ne sont jamais neutres et ne connaissent même pas l’existence de la charte de Munich de 1971.

    Le temps de médiatisation sur une courte période, pendant les élections, n’a pas le même impact que celui réparti sur toute l’année et qui n’est pas comptabilisé.

    De plus, des études ont été faites sur la corrélation entre le temps de parole dans les médias et les votes. Les courbes se superposent. (Source Médiapart vendredi 14 Juin au matin).

    Quant à l’équité, il y aurait beaucoup à redire. Ce qui serait véritablement équitable, poserait pour principe que les partis qui sont médiatisés toute l’année soient moins exposés, pendant les élections, que ceux que l’on n’entend jamais.

    Nous sommes plutôt dans la proportionnalité en fonction des résultats obtenus précédemment.
    Dans ce cas, pour les présidentielles, nous pouvons douter de la légitimité de l’exposition médiatique de Macron qui ne s’était jamais présenté à une élection.

    Nous pouvons aussi estimer qu’un président qui soutient son parti politique pendant une élection n’est pas le président de tous les français.

    Florian Philippot est un contre exemple. Il est évident qu’après avoir quitté le RN et avoir fait des tentatives d’alliances avec différents partis européistes ou non, il s’est discrédité.

    Si les français qui ont votés pour le parti animaliste considèrent que le bien-être animal est supérieur à celui de l’homme, peut-être se sont-ils trompé de combat. En même temps, s’ils avaient lu le programme de l’UPR, peut-être auraient-ils considéré qu’il répond à leurs attentes.

    Mais il est plus facile d’être critique sur une stratégie que de lire les programmes et d’en informer les français qui n’ont pas forcément le temps d’en faire une lecture approfondie.

    Le FREXIT serait marginal ? Ce n’est pas certain. Pour le savoir, il suffirait d’un référendum qui n’est, bien entendu pas proposé. D’ailleurs, personne ne nous a demandé si nous voulions appartenir à l’UE. La seule question qui nous ait été posée portait sur la constitution européenne.

    Nous avons répondu NON mais il a été estimé que nous avions mal répondu. Le désintérêt des français pour la politique est surtout lié à ce phénomène.

    L’UPR n’est pas un mouvement d’élite. Simplement, les conférences de François Asselineau participe largement à l’information que l’on ne retrouve pas ailleurs. De plus ses analyses ne cessent d’être confirmées par l’actualité.

    A l’inverse de Mélenchon, François Asselineau respecte ses adhérents et sympathisants en ne changeant pas d’opinion au grès du « vent électoral ».

    Se partager les restes est bien peu flatteur pour une personne qui, seul contre tous, défend les mêmes opinions depuis environ 12 ans. C’est aussi bien peu flatteur pour les électeurs désorientés qui se sentent trahis par leur leader.

    Faudrait-il que l’UPR fasse alliance avec une fausse opposition sur le simple fait qu’elle joue sur les peurs des français ? Dans ce cas, il verrait sa base imploser et ce serait 12 années d’efforts réduits à néant.

  5. Un article dur mais juste. Je suis UPRiste jusqu’au bout des ongles, mais pourtant, je suis le premier a dire que le discours de l’UPR s’adresse à l’intelligence des Français… Et donc a l’élite, et que le gros de la masse continue a penser que l’opposition principale, c’est le FN, et que le FN est anti UE malgré son virage politique a 180° depuis l’éviction de Florian Philippot et de sa ligne.

    La difficulté de l’UPR est d’a la fois conserver son discours actuel mais également de s’adresser aux Français désintéressé par la politique, tout en ne tombant pas dans le mensonge, les phrases creuses et les slogans populistes

  6. Bonjour, vous dites « s’ils ne parviennent pas à susciter la pleine adhésion de ceux dont je suis qui ne les ont pas attendus pour être convaincus de l’impératif de quitter l’UE, comment comptent-ils s’y prendre pour convaincre les autres ? » Ce serait intéressant que vous détailliez les raisons pour lesquelles vous n’adhérez pas pleinement à l’UPR (mais apparemment , d’après votre petite biographie, vous votez pour) Personnellement, de ce que j’entends, certains bloquent sur le profil d’Asselineau (combien de fois on m’a dit l’upr, c’est d’extrême droite parcequ’il a milité auprès de De villiers) ou le côté complotistes de certains membres de l’UPR, après je connais des gens qui apprécient l’UPR mais qui sont tellement désabusés qu’ils ne votent plus du tout (et par rapport aux élections européennes, pour certaines personnes, c’est cautionner l’UE que de participer aux européennes). Il y a aussi des erreurs de communication, des maladresses (comme dire à Quotidien que les attentats, ce n’est pas importants au moment des présidentielles ou bien répéter que le site de l’UPR est le premier site politique consulté, vu la faiblesse de nos scores, ça fait rigoler certains)

  7. Avez-vous lu l’article de Bertrand Renouvin publié sur le site du CNSJS à propos du souverainisme qui n’ose pas se dire patriotisme.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.