Un Instant de France #9 – L’imposteur

 

Je me souviens encore, les trois adjectifs qui venaient subitement après le nom de Voltaire, c’était la tolérance, le sens de la justice et le terme de patriote, amoureux de la France pour sa grandeur à venir. Ces trois termes étaient répétés comme un psaume, une prière dédiée aux élèves et étudiants. Aussi, jamais je n’aurais voulu mettre en doute ce que l’état considérait comme réel. Peut-être, en effet, que la monarchie avait été horrible, décadente, opulente et injuste envers le peuple. Cette période, où dominait l’obscurantisme, avait été pourfendue par les Lumières, Voltaire en tête, chassant les ténèbres d’une France moyenâgeuse et coupable de tous les crimes les plus barbares. Encore aujourd’hui, Voltaire est adoré, porté en symbole d’intelligence et d’intégrité. Il était temps, pour moi, de rappeler la réalité et la logique à ceux qui auraient oublié trois événements de la vie de Voltaire.

 

 

Présentons avant tout le personnage très rapidement. François Marie Arouet, appelé Voltaire, naît en 1694, le 21 novembre à Paris. Il fera ses études chez les jésuites et entrera en école de droit juste après. Venant d’un milieu aisé, il a toujours considéré que la richesse matérielle donnait l’indépendance et la liberté. Son côté libéral en matière économique prendra toute son ampleur lors d’un sombre épisode de notre histoire, déclenchant famine et pauvreté généralisée, mais nous y reviendrons plus tard. Voltaire deviendra un très riche propriétaire terrien et marquera au fer rouge son empreinte sur la France.

«  […] la barbarie, devenue plus insolente, égorgera demain juridiquement qui elle voudra, et vous surtout qui avez élevé la voix contre elle, deux ou trois minutes. Ici Calas roué, Là Sirvein pendu, plus loin un bâillon dans la bouche d’un lieutenant général, quinze jours après cinq jeunes gens condamnés aux flammes pour des folies qui méritaient Saint-Lazare.  »
Extrait d’une lettre de Voltaire, adressé à Jean Le Rond d’Alembert sur la justice de la France, 18 juillet 1766.

Voltaire dit clairement que la justice de la France égorgeait quiconque aurait eu le malheur de prononcer un mot contre elle. Il nous parle d’une justice qui aurait condamné cinq personnes aux flammes, c’est à dire, à être brulé vif, pour des broutilles. Si l’on s’en tient strictement à cela, oui, Voltaire est un grand défenseur de la justice. Faut-il encore que tout cela soit vrai. Voltaire ne pourra jamais donner un exemple du jugement de quelqu’un qui aurait été condamné pour le seul crime d’avoir parlé contre la justice de France. Si l’on s’en tenait à la simple réalité de l’écrit, oui, Voltaire défendait la justice. Mais si l’on rajoute la réalité historique, cet homme, qui est si apprécié, devient alors un sombre menteur, usant de l’exagération à outrance et de la diffamation. Il est facile de critiquer des faits qui sont modifiés, altérés, tronqués de vérité. Car c’est bien là du cœur de l’œuvre ‘judiciaire’ de Voltaire. Elle a été exagérée et profondément romancée pour convenir aux messages de l’homme Voltaire. Comme avec l’affaire Calas. Il dira de cette affaire que Jean Calas, le père de famille, aurait été exécuté après un jugement sommaire pour la simple raison qu’il était protestant. Les réalités sont bien loin de ses écrits. Nous parlons, tout d’abord, d’une affaire judiciaire dont l’enquête a duré environ six mois. Comme jugement sommaire, nous avons tous, j’en suis certain, vu plus rapide. La famille Calas était en effet protestante. C’est à Toulouse que le meurtre d’un des fils de Jean Calas s’est déroulé. L’affaire, après moult preuves irréfutables envers le père, s’est achevée par sa condamnation. Le reste de la famille, qui avait menti dans leurs premières déclarations au magistrat, et qui, de ce fait, était condamnable pour complicité, n’a pas été condamnée, car la si ‘monstrueuse’ et ‘barbare’ justice de France ne pouvait se résoudre à envoyer à la mort toute une famille et leur servante. Dans les faits, Jean Calas, dont les preuves le rendaient coupable du meurtre de son fils par étranglement, l’avait tué pour une sombre affaire de vol. En effet, son fils, lui avait dérobé une forte somme d’argent, car son père le faisait travailler dans sa boutique et ne le payait pas. Il apparaissait au grand jour que le fils, Marc-Antoine, fut tué par son propre père, car il lui avait volé trente Louis d’or. Il apparaissait même que la famille était au courant puisque les membres de la famille Calas changèrent de version sous serment quelques jours après leurs premières déclarations. Pour l’histoire de la torture, car Jean Calas fut roué, ce n’était pas pour lui faire avouer son crime, comme nous pourrions le penser. Jamais la torture ne fut utilisée pour faire avouer un crime. La torture était régie par un code extrêmement délimité par l’Ordonnance criminelle de 1670 et n’était appliquée que sur des personnes dont la culpabilité était irréfutable. Dans le cas de Jean Calas, il fut soumis à la question pour qu’il avoue que le reste de la famille était complice. C’était la procédure. La torture n’était pas utilisée pour avoir des aveux du crime, mais comme faisant partie intégrante du châtiment. La question n’est pas de savoir si la torture est bien ou non, en sachant que les magistrats français eux-mêmes étaient répugnés à user de cette pratique. La question est de savoir si Voltaire dit la vérité ou s’il ment. En l’occurrence, il ne fait que mentir sur cette affaire, ayant pris le parti des protestants contre le clergé. Il est prouvé qu’avant de s’intéresser à l’affaire Calas, Voltaire fut approché par des protestants qui voulaient voir réhabiliter Calas. Jamais il n’a défendu Calas pour faire face à une pseudo injustice. Il ne l’a fait que pour frapper un grand coup contre les chrétiens. Qui donc était le plus fanatique ? Les chrétiens ou Voltaire ?

Parlons du côté patriote de Voltaire. Il est plus difficile de trouver des points à mettre à son crédit tant la liste de ses actes, perpétués contre la France, est accablante. Outre le fait qu’il entretenait des correspondances épistolaires avec bon nombre de nobles à travers l’Europe, il diffamait son pays, et donc son roi, auprès de tous les ennemis de la France. Il est également, avec d’autres Lumières, à l’origine de la dérégulation du marché du grain, ce qui réduisit en quelques années, la France à une monstrueuse famine et à une sombre pauvreté. Avant cela, le marché du grain était rigoureusement contrôlé par l’état. Les marchands de grain devaient vendre leurs marchandises à un prix juste et raisonnable et il leur était totalement interdit de faire le moindre bénéfice. Nous parlons d’empêcher des disettes de vivres. Faire commerce illicite du grain, en cacher pour moduler les prix était passible d’une très lourde peine. C’était un crime arrivant presque à la trahison. Voltaire fit jouer de sa rhétorique et de ses relations pour que le parlement de Paris fasse pression sur Louis XV. Les Lumières, pas toutes sur ce sujet, diffusèrent largement leurs idées du libéralisme à outrance et la France aurait sombré encore plus violemment si Louis XV n’avait pas mis quelques sécurités dans les lois de libéralisme. Cette famine fut l’une des pires du royaume, car les autres s’expliquaient par les guerres. Là, il y avait du grain. Mais impossible d’en acheter, car il était trop cher. Pas à cause du manque, mais bel et bien, car chacun voulait s’enrichir avec ce marché. Nous pouvons imputer cette ignominieuse attaque, contre le système français qui avait réussi jusque-là à préserver au mieux son peuple, à Voltaire. Il n’était bien évidemment pas le seul à avoir pris part, bien entendu. Mais il en a été un des instigateurs, autant que les autres.

La prétendue tolérance de Voltaire est à deux vitesses. D’un côté il condamne l’esclavage, bien que se contredisant parfois. Il est également un des rares à ne pas considérer les peuples africains comme irresponsable de la traite négrière, disant que ceux qui vendaient étaient encore plus coupables que ceux qui achetaient. Ce qui est à porter à son crédit. A-t-il raison ou tort  ? Ce n’est pas la question. Mais cette fois-ci, il avait un avis construit qu’il brandissait contre tous ceux qui minimisaient la responsabilité des vendeurs. Mais derrière c’était quelqu’un qui méprisait le clergé et les catholiques. C’est quelqu’un qui méprisait les paysans. Outre sa non-tolérance pour les catholiques et le clergé, démontrée maintes fois dans ses mensonges dans des affaires judiciaires, mensonges qui ne servaient qu’un seul but: diffamer les catholiques, il apparaît également qu’il prenait un malin plaisir à exproprier des paysans pour agrandir son domaine. Dans une affaire, qui lui fera perdre 30 000 livres, il sera condamné à rendre les terres des paysans et à leur verser une forte somme. Voltaire était également un raciste. Était-ce mal dans le contexte de l’époque  ? Non. Mais par honnêteté intellectuelle, si les autres étaient considérés comme racistes, alors on est obligé de dire pareil pour Voltaire. Cela s’appelle la justice et l’égalité.

Qu’est-ce qui peut donc ressortir de Voltaire  ? Nous avons affaire à un manipulateur, un menteur et, sûrement, pas à quelqu’un qui mérite d’être au Panthéon de notre nation. Les gens disent que Voltaire est celui qui a combattu l’intolérance, l’injustice… il s’avère que sa façade lumineuse projetait une ombre bien sombre. J’aurais pu évoquer ses relations incestueuses avec sa nièce, son goût du luxueux, son opulence, mais en soi, ce ne sont pas des défauts et sûrement pas à mettre contre sa personne. Je préfère largement ses actes, ceux qu’il a effectués pour propager sa haine du clergé. Ou alors, ceux qu’il a effectués pour gagner des procès, et s’enrichir au passage. Car oui, Voltaire était quelqu’un qui avait beaucoup de relation. Et il n’était pas le dernier pour demander de l’aide quand il sentait que le procès n’était pas en sa faveur.

Si vous souhaitez approfondir le sujet, je vous conseille d’aller prendre connaissance des travaux de Marion Sigaut, l’historienne française qui m’a convaincu de faire cet article. Il y aurait beaucoup d’autres points à relever sur Voltaire, mais je ne peux malheureusement pas tout citer, donc je vous recommande vivement d’approfondir le sujet.

Écrivain, amoureux de l’histoire de la France et gamer à ses heures perdues. Curieux personnage que voici, vagabondant d’un genre à l’autre, d’une idée à une autre, ne se ralliant qu’à ceux qui aiment la France.