Un Instant de France #7 – Le Libérateur de Serbie

 

« Surprenant la cinquième armée qui le suivait, son commandant ordonna de faire demi-tour, stoppant ainsi notre repli. Sous son impulsion et sa détermination, nous perçons les lignes allemandes, faisant rugir nos fusils, déversant notre terrible fureur sur nos opposants. En voyant notre charge, le Général French, qui commandait les troupes britanniques dans le secteur, engage ses hommes dans la brèche. Les Allemands ne s’attendaient pas à nous voir surgir avec tant de fracas. Nous tranchons les lignes ennemies comme nos baïonnettes trancheraient leur chair. Les balles sifflent, les canons vomissent leurs lourds projectiles, les cris résonnent… nous affichons enfin une grande victoire dans cette guerre.  »

Le maréchal Louis Franchet d’Espèrey

C’est en 1856, à bord d’un navire en direction de Mostaganem, une ville d’Algérie, que naît Louis Franchet d’Espèrey. Il sort de Saint-Cyr en 1876 et est affecté au premier régiment de tirailleurs algérien. Il fera ses premières armes pendant la campagne de Tunisie avant d’aller à Tongkin, la partie septentrionale du Viêt Nam actuel, pour combattre les Pavillons noirs, des soldats rebelles qui agissaient contre les Français, commandés par Liu Yongfu, durant la guerre franco-chinoise qui se terminera en 1885.

Une fois rentré en France, le jeune Lieutenant reçoit le commandement du 18e bataillon de chasseurs à pied puis deviendra, après l’expédition en Chine contre le soulèvement des Boxers, Lieutenant-colonel en 1903 et nommé Colonel la même année. C’est en 1912 qu’il deviendra Général de division et recevra le commandement des troupes du Maroc. Il prendra une place de tout premier plan dans la pacification du pays, durant le début du protectorat, et dans l’organisation du pays.

Les tensions montent entre la France et l’Allemagne, la première étant revancharde pour la perte de l’Alsace et des Vosges durant la dernière guerre franco-prussienne. Secrètement, les stratèges français n’attendent qu’une occasion pour récupérer ces parties amputées de France. Louis est rappelé en France en novembre 1913 et obtiendra le commandement du Premier Corps d’Armée à Lille. La Première Guerre mondiale éclate et il s’illustrera durant la bataille des Frontières. Alors que c’est la Grande Retraite, il est envoyé en appui pour aider le Général Charles Lanrezac afin de combattre pour repousser l’avancée allemande, sous l’ordre de Joffre. C’est une totale réussite et son armée, aidée par les Britanniques menés par le Général French, arrive à retenir les Allemands. Mieux, ils sont repoussés sur l’Oise et stoppés à Guise, permettant un repli total des Alliés. La Première Armée allemande est ralentie, la Deuxième est totalement stoppée. Le Général Lanrezac sera limogé à la suite de cet exploit et le commandement de la Cinquième Armée reviendra à Franchet. Le Général Joffre dira du successeur de Lanrezac, dans ses mémoires, que  : son rôle mérite d’être souligné devant l’histoire. C’est lui qui a rendu possible la victoire de la Marne. Louis Franchet perdra son fils et son frère à Verdun en 1916.

 

Louis Franchet décorant le jeune As de l’aviation, Georges Guynemer, qui mourra en 1917 au cours d’un combat aérien, à l’âge de 22 ans.

En 1918, il est nommé au commandement en chef des armées alliées stationnées à Salonique, une ville de Grèce, en vue de participer au front d’Orient. Ce front était crucial pour la guerre et avait quatre objectifs dont celui de soutenir l’armée serbe et délester le front occidental en perçant les lignes ennemies à cet endroit de l’Europe. En une campagne de seulement quatorze jours, l’armée germano-bulgare capitule sans condition. Ses troupes écrasent les divisions allemandes et autrichiennes envoyées pour contrer son avancée et il entrera le 1er novembre à Belgrade en libérateur, accompagnant le prince Alexandre de Serbie. Cette dernière est enfin libérée après trois ans d’occupation. Franchet poursuit son avancée téméraire, envahissant la Hongrie. Devant la menace, l’empereur Charles 1er d’Autriche, qui souhaitait déjà sortir du conflit, demande l’armistice. Le front d’Orient étant brisé et l’Allemagne étant dorénavant totalement isolée, cette dernière se décide à demander l’armistice, signé le 11 novembre 1918, douze jours après l’armistice signé le 29 septembre à Salonique, mettant fin au front d’Orient. Ses décisions stratégiques durant l’année 1918 ont été un des déclencheurs de la défaite allemande.

C’est le 19 février 1921 que ses états de service seront reconnus, quand il sera élevé à la dignité militaire suprême de maréchal de France et deviendra par la suite inspecteur général des troupes d’Afrique du Nord. Il représentera la France à la cérémonie de couronnement de l’empereur d’Éthiopie, Haïlé Sélassié 1er, deviendra Président de la société de géographie de Paris et intégrera l’Académie française le 15 novembre 1934.

Le maréchal Louis Franchet d’Espèrey meurt le 8 juillet 1942, à l’âge de 86 ans, son corps sera transféré aux Invalides cinq ans plus tard, reposant à côté des tous les maréchaux de France depuis 1929. Ce fut un grand français qui est trop peu, si ce n’est plus du tout, évoqué, alors qu’il est un des principaux artisans de la victoire des Alliés durant la Grande Guerre. Il représenta dignement la France durant de grands événements et il était inconcevable de laisser son nom tomber dans l’oubli.

Écrivain, amoureux de l’histoire de la France et gamer à ses heures perdues. Curieux personnage que voici, vagabondant d’un genre à l’autre, d’une idée à une autre, ne se ralliant qu’à ceux qui aiment la France.

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