Un Instant de France #6 – le Bâtisseur de Citadelles

« Depuis la ‘Reine des citadelles’, comme il aimait appeler Lille, le marquis de Vauban tentait de perfectionner le concept de citadelle imprenable. Inventant de nouvelles tactiques de siège, repensant constamment les défenses des forts et des cités… il était devenu évident, avec le temps, que le Roi Soleil avait fait sûrement le meilleur choix de sa vie en prenant Sébastien Le Prestre comme maréchal de France. C’était un génie de la stratégie, un grand penseur et le père de la sanctuarisation du royaume. Pouvions-nous rêver de plus grand atout pour notre pays  ? Il fut, sans l’ombre d’un doute, l’équivalent de notre Roi, dans son propre domaine : les fortifications. »

 

 

C’est le 1er mai 1633 que Sébastien Le Prestre voit le jour dans la commune de Saint-Léger-de-Foucheret. On ignore presque tout de son enfance et de son adolescence, mais, de par sa noble filiation, nous pouvons supposer qu’il reçut une éducation complète dans une tension politique extrême puisque c’est en 1635 que débute la guerre de Trente Ans. Puis c’est au tour de la Fronde de frapper. Vauban est conduit auprès de Louis II de Bourbon-Condé, le prince de Condé, pour y devenir cadet, le faisant intégrer ainsi la rébellion.

C’est en novembre 1652 qu’il éprouve ses talents d’ingénieur militaire. Il sera félicité pour sa bravoure pendant le siège de Sainte-Menehould, qui sera perdu, en faveur des frondeurs, le 14 novembre. Et alors que plus rien ne le prédisposait à servir la France, puisque le prince de Condé rentre au service de l’Espagne, c’est en 1653 que Vauban fera sa capitulation en se retrouvant face aux troupes royales, au détour d’une patrouille. Sa capitulation se fera avec les honneurs et il sera amené au camp du Cardinal Mazarin, ce dernier le faisant comparaître. L’intelligence et la vivacité d’esprit de Vauban séduisent le Cardinal qui n’a aucun mal à le faire changer de camp. Il participera à de nombreux sièges où il y sera blessé plusieurs fois, mais passera toujours outre, se distinguant presque à chaque bataille par sa ténacité et son intellect. Il critiquera la tenue de quasiment tous les sièges auquel il participera, les jugeant mal mené et s’évertuera par la suite à perfectionner les techniques de siège pour préserver la vie des soldats, qu’ils soient amis ou ennemis.

 

 

C’est le 3 mai 1655, à seulement vingt-deux ans, que ses talents sont reconnus. Il est nommé ingénieur militaire responsable des fortifications et, en 1656, Vauban recevra une compagnie de soldat. De 1553 à 1559, Sébastien Le Prestre participera à quatorze sièges, dirigeant lui-même quelques sièges, et supervisant les améliorations des défenses des villes prises. En 1667, Vauban va assiéger trois grandes cités  : Tournai, Douai et Lille. Le Roi lui confiera d’ailleurs la charge d’édifier la citadelle de Lille, qui sera nommée la ‘Reine des citadelles’ par Vauban. C’est au sein de cette forteresse, qui ne tombera qu’une seule fois, que l’ingénieur de génie supervisera la construction des citadelles et canaux du nord, qui ont formé la frontière entre la France et la Belgique, qui est la même à ce jour. Vauban dirigera également le siège de Maastricht en 1673 où il exécutera une approche totalement différente dans la façon d’assiéger. Le siège ne durera que dix-sept jours et se soldera par une victoire française. Peu coûteuse en perte, par rapport aux sièges non conduits par Vauban, cette bataille verra la mort de Charles de Batz de Castelmore, plus connu sous le nom de ‘d’Artagnan’, tué d’une balle de mousquet dans les reins.

Le réseau de fortifications de Vauban sera nommé ‘frontière de fer’ ou ‘ceinture de fer’ et en novembre 1705, le bilan de son œuvre est présenté au Roi  : 119 places ou villes fortifiées, 34 citadelles, 58 forts ou châteaux, 57 réduits et 29 redoutes, y compris Landau et quelques places qu’on se propose de rétablir et de fortifier. Le territoire de France restera inviolé pendant le règne de Louis XIV, à l’exception de la citadelle de Lille qui tombera une seule et unique fois. Mais Vauban n’est pas qu’un intellectuel et stratège hors pair de siège, c’est aussi un homme de plume qui rédigera ses mémoires, qui seront en douze ouvrages et classés patrimoine mondial par l’UNESCO le 7 juillet 2008. Bien qu’il soit un militaire, il n’hésite pas à conseiller le roi sur les affaires étatiques, allant jusqu’à proposer un traité de paix avec l’Allemagne en précisant les conditions en 1683. La France récupérerait l’Alsace et Strasbourg en échange de Brisach et de Fribourg, ces deux places qui seraient une charge pour le royaume. Cette proposition lui vaudra une remontrance de François Michel le Tellier de Louvois, par une lettre cinglante le 24 août 1683.

 

Mausolée de Vauban où repose son cœur, Paris, hôtel des Invalides

 

Sébastien Le Prestre de Vauban mourut le 30 mars 1707 des suites d’une pneumonie. La légende veut qu’il soit mort en disgrâce, mais c’est faux. Le maréchal était toujours apprécié du Roi et ce dernier reconnaît en Vauban un bon français. En apprenant sa mort, Louis XIV parlera de Sébastien avec une estime rare et une amitié certaine, et il dira  : ‘je perds un homme fort affectionné à ma personne et à l’État’. Vauban fut tellement plus qu’un simple stratège de guerre. Il a révolutionné les tactiques de siège, privilégiant l’efficacité sans oublier la vie de ses hommes. Il détestait faire verser le sang inutilement et s’est évertué à toujours perfectionner ses tactiques pour les rendre redoutables, mais de moins en moins dangereuses pour les soldats qu’il commandait. En outre, son investissement personnel à la défense du territoire est une preuve qu’il voulait protéger l’État, mais également le peuple. Il avait un profond respect pour autrui et son humanisme n’a d’égal que son génie militaire. On dit de lui, qu’il partageait ses primes et ses soldes avec les officiers moins fortunés que lui et qu’il prenait sur lui les sentences de ses soldats, s’il les trouvait injustes. Il mena une vie simple et entretenait des rapports très humains avec son entourage et les habitants de sa région, qu’il affectionnait tout particulièrement. Au-delà, il est légèrement vantard, adorant ses citadelles, tout particulièrement celle de Dunkerque, qu’il estimait être la plus belle réussite de sa vie. Outre cela, il n’hésitait jamais, au nom de ses idées, à s’opposer à celle de son souverain, faisant naître le sens critique mêlé à la loyauté inflexible qu’il vouait à Louis XIV, mais qu’il vouait avant tout à la ‘nation France’. De par ses textes progressistes, il est également considéré comme le précurseur des encyclopédistes, des physiocrates et de Montesquieu. Napoléon Bonaparte fera l’éloge de Vauban, estimant que la frontière de fer avait sauvé la France de l’invasion à deux reprises : sous Louis XIV lors de la bataille de Denain et sous la Révolution.

 

Monument en hommage à Vauban, à Avallon

Dès l’heure qu’il est, ce port et son entrée me paraissent une des plus belles choses du monde et la plus commode, et si je demeurais six mois à Dunkerque, je ne crois pas que ma curiosité ni mon admiration seraient épuisées quand je les verrais tous les jours une fois.

– Vauban parlant de la citadelle de Dunkerque, dans une lettre pour Louvois, le 16 décembre 1683.

Écrivain, amoureux de l’histoire de la France et gamer à ses heures perdues. Curieux personnage que voici, vagabondant d’un genre à l’autre, d’une idée à une autre, ne se ralliant qu’à ceux qui aiment la France.

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