Pourquoi les néoconservateurs haïssent la Russie plus que toute autre nation

Article paru sur Strategic Culture, traduit par Soverain

Le néoconservatisme a commencé en 1953 avec Henry « Scoop » Jackson, le sénateur démocrate de l’État de Washington (1953-1983), qui était connu comme le « rapace » de la défense, et comme « le sénateur de Boeing », parce qu’il appartenait pratiquement à Boeing. Au Royaume-Uni, la Henry Jackson Society a été fondée en 2005 dans le but de maintenir l’appui indéfectible et passionnel du sénateur Jackson à l’expansion de l’empire américain, de sorte que l’alliance américano-britannique puisse contrôler le monde entier (et que les fabricants d’armes américains puissent dominer tous les marchés).

Par la suite, au cours des années 1990, le néoconservatisme a été repris par le Mossad et par les lobbyistes israéliens, et en est venu à être publiquement reconnu comme une idéologie « juive », en dépit du fait qu’elle avait – et ce depuis longtemps – de nombreux champions qui étaient « anti-communistes » ou « pro-démocratie » ou tout simplement anti-russes, mais qui n’étaient ni juifs ni même focalisés sur le Proche-Orient. Les républicains Donald Rumsfeld, Dick Cheney et John McCain ; et le directeur de la CIA, le démocrate James Woolsey – ce dernier était d’ailleurs l’un des patrons de la Henry Jackson Society en Grande-Bretagne – étaient des néoconservateurs de premier plan, qui ont pris de l’importance avant même que les néoconservateurs ne soient qualifiés comme tels. Ce que tous les néoconservateurs ont toujours partagé a été la haine viscérale des Russes. Cela passe avant tout – voire même avant l’OTAN (la principale organisation néoconservatrice).

Durant ces dernières décennies, les néoconservateurs ont détesté les Iraniens et plus généralement les chiites – comme en Syrie et au Liban, et maintenant aussi au Yémen – et pas seulement les Russes.

Lorsque le lobby israélien, au cours des années 1990 et par la suite, a injecté des ressources massives pour amener le gouvernement américain à envahir d’abord l’Irak, puis l’Iran, le néoconservatisme a pris son nom, sans que l’idéologie elle-même ne change. Cependant, il y a aujourd’hui quelques néoconservateurs qui sont trop ignorants pour savoir, de manière cohérente, quelles sont leurs propres croyances fondamentales, ou pourquoi elles le sont, et qui sont donc anti-Russes (fondamental pour tout néoconservateur) qui soit ne savent pas, soit ne se soucient pas particulièrement du fait que l’Iran et les musulmans chiites en général, sont alliés avec la Russie. Les néoconservateurs comme ceux-là sont tout simplement des néoconservateurs confus, des gens dont l’idéologie sous-jacente est contradictoire, parce qu’ils n’y ont pas bien réfléchi.

On peut citer l’exemple d’Alex Ward, chez Vox, qui a construit sa carrière grâce à la propagande anti-Russe, et dont j’ai récemment débunké chacun des dix points de sa tirade contre la Russie, chacun d’entre eux étant basés sur de simples allégations de néoconservateurs américains à l’encontre de la Russie, sans aucune preuve solide, quelle qu’elle soit. Les actes d’accusation et autres formes d’accusations ne sont pas des preuves. Mais un journaliste « stupide » les acceptera comme s’il s’agissait de preuves, si ces accusations viennent du « bon côté » – mais pas l’inverse. Ils ne font même pas de distinction entre un acte d’accusation et une condamnation. Une condamnation est au moins un verdict (bien que peut-être basé sur de fausses « preuves » et donc faux lui-même), mais tout ce qu’une accusation est c’est une simple accusation – et toutes les accusations (dans le système juridique américain) sont censées être mise en cause, jusqu’à ce qu’il y ait au moins un verdict qui donne à l’accusation une force légale. (C’est ce qu’on appelle la présomption d’innocence, tant que la culpabilité n’a pas été prouvée.)

Précédemment, M. Ward avait fait la une des journaux en tant qu’anti-neocon, il y a posté son message « L’Amérique alimente la guerre au Yémen. Le Congrès renonce enfin. » Qu’est-ce qui pourrait expliquer cet article apparemment incongru ?

M. Ward est un démocrate – héritier de l’idéologie prétendument anticommuniste du sénateur Jackson, bien qu’étant en fait anti-russe – mais, puisque Ward n’est pas aussi intelligent que l’était le fondateur de l’idéologie, Ward devient anti-neocon lorsqu’une administration républicaine agit de façon encore plus néocon que les démocrates actuels. En d’autres termes : Les « journalistes » (enfin, « propagandistes ») comme lui, sont plus partisans du soutien des milliardaires du Parti démocrate contre les milliardaires du Parti républicain, que du soutien à la conquête de la Russie plutôt que de la coopération avec la Russie (et avec tous les autres pays). Ils ignorent que tous les milliardaires américains soutiennent l’expansion de l’empire américain – y compris sur le Yémen (pour faire entrer le Yémen aussi – ce à quoi Ward s’oppose incongruement). Mais les politiciens (contrairement à leurs bailleurs de fonds) doivent feindre de ne pas être aussi sanguinaire ou redevable envers le complexe militaro-industriel. Ainsi, un Américain n’a pas besoin d’être intelligent pour construire sa carrière dans le journalisme, s’il sert déjà comme propagandiste pour des organisations à but non lucratif qui ne sont que des façades pour l’OTAN et pour Israël, en fait, qui sont surtout des façades pour les fabricants d’armes américains, qui, pour accroître leurs profits, ont besoin de ces guerres. Pour les organisation de façades comme Lockheed Martin, ce genre de relations publiques constitue une excellente préparation pour une carrière dans le journalisme américain fructueuse. Si une personne est stupide, alors il est toujours nécessaire de l’être de la bonne façon, afin de réussir ; Ward l’est, et il réussit.

C’est ainsi, par exemple, que l’on peut comprendre pourquoi Ward avait déjà été employé sur le site Web War on the Rocks, organisateur de la campagne néoconservatrice républicaine contre Donald Trump pendant les primaires républicaines de 2016 : les méga-donateurs des deux partis américains sont unis en faveur de la conquête de la Russie par l’Amérique. Et c’est pourquoi War on the Rocks avait organisé une opposition entre les néoconservateurs républicains et Trump : cela pouvait augmenter les chances des concurrents farouchement anti-Russes et pro-Israël de Trump, tels que Ted Cruz ou Marco Rubio pour remporter cette nomination, ce qui aurait alors produit le match rêvé des millionnaires, entre Hillary Clinton et un candidat républicain tout aussi néoconservateur qu’elle. Un néoconservatisme bipartisan contrôle les deux partis politiques américains. Un « journaliste » qui ferait preuve de ce genre de bipartisme ne pourrait échouer en Amérique, peu importe son incompétence journalistique. (Cependant, ils doivent être alphabétisés. Stupide, peut-être ; mais alphabétisé, sans aucun doute).

Le capitalisme américain est devenu une forme de capitalisme aristocratique bipartisan, libéral et conservateur, démocratique et républicain, qui n’est pas seulement fasciste (impliquant la privatisation de tout ce qui peut être privatisé) mais qui est aussi impérialiste (ce qui signifie favoriser la perpétration par le pays d’invasions et de coups d’État afin d’étendre l’empire de cette nation). Les États-Unis sont aujourd’hui un empire planétaire qui contrôle non seulement les aristocraties de quelques républiques bananières comme le Guatemala et le Honduras, mais aussi les aristocraties de pays plus riches comme la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, afin de soutirer au monde entier – principalement par le mensonge mais aussi parfois par des menaces publiques et clairement coercitives – des avantages injustes pour les entreprises qui sont situées sur son territoire, ainsi que pour les entreprises dont le siège se trouve à l’étranger. Les milliardaires de l’Amérique – tant les démocrates que les républicains – sont à 100% en faveur de la conquête du monde par l’Amérique : cette idéologie fait consensus dans les deux partis, aux Etats-Unis. Bien que les milliardaires aient réussi, pendant la première guerre froide – celle qui était théoriquement contre le communisme – à tromper le public en lui faisant croire que l’ultime objectif était de vaincre le communisme, George Herbert Walker Bush a clairement indiqué en privé aux dirigeants des alliés étrangers de l’aristocratie américaine, dans la nuit du 24 février 1990, que l’objectif réel était la conquête du monde et que la guerre froide allait maintenant se poursuivre en secret du côté américain, même après avoir pris fin du côté de l’URSS. Quand GHW Bush a fait ces révélations, l’héritage du sénateur américain Jackson n’était plus celui revendiqué initialement,  » l’anticommunisme « , mais était, clairement et désormais, anti-Russe. Telle est la situation aujourd’hui – pas seulement au sein du Parti démocrate ou du Parti républicain, ou encore exclusivement aux États-Unis, mais dans toute l’alliance américaine.

Et c’est ce que nous voyons aujourd’hui, dans tous les médias de propagande américains et alliés. L’Amérique est toujours « la victime » face aux « agresseurs » ; et donc, l’un après l’autre, comme en Irak, en Libye, en Syrie, en Iran, au Yémen et en Chine, tous les alliés (ou même simplement des partenaires) de la Russie sont « les agresseurs » et sont des « dictatures » et des « menaces pour l’Amérique », et seul le côté américain représente la « démocratie ». C’est en fait une aristocratie, qui a profondément trompé sa population en lui laissant croire que c’était une démocratie. Comme toute aristocratie, celle-ci est aussi basée sur le mensonge et la coercition – elle ne fait pas exception ; La particularité de cet empire est son échelle géographique sans précédent, recouvrant tous les continents. Soutenez cet empire, et vous serez les bienvenus dans les principaux médias d’information en Amérique et dans les pays alliés. C’est la « démocratie » américaine. (Bien entendu, un article comme celui-ci ne sera pas considéré comme du « journalisme » en Amérique et dans les pays alliés, mais seulement comme du « blogging ». Par conséquent, il ne se retrouvera pas là-bas, bien qu’il soit soumis partout. Il ne sera accepté et publié que sur les sites d’informations honnêtes. Le lecteur pourra faire une recherche sur le Web avec ce titre afin de savoir lesquels. Peu de médias d’information dénoncent la corruption institutionnalisée des médias d’information ; ils se critiquent les uns les autres, comme le font les politiciens, ce qui relève du bipartisme – ou plus précisément, de la dictature bipartisane. Mais cette corruption omniprésente dans tous les médias d’information est interdit d’être signalée et rendue publique. C’est une réalité totalement occultée. Seuls les quelques sites d’informations honnêtes publieront cette information et sa documentation, voir les liens ici.

En fait, la première fois que le terme « néoconservatisme » ou « néo-conservatisme » a été utilisé, c’est dans le magazine britannique, The Contemporary Review, en janvier 1883, par Henry Dunkley, dans son article « The Conservative Dilemma » où le terme « néo-conservateur » apparaît 8 fois, et est comparé au « conservatisme » traditionnel car, alors que le type traditionnel « Torysme » était pro-aristocratique, anti-démocratique et ouvertement élitiste ; le nouveau type était quant à lui pro-démocratique, anti-aristocratique et ouvertement populiste (ce qu’aucune forme de conservatisme n’est vraiment – ils sont tous élitistes) : « Quel est votre nouveau dogme ? … Qu’il ne doit pas y avoir d’influence de classe en politique ? Qu’une demi-douzaine de politiciens du peuple valent autant que des politiciens de l’aristocratie ? Que la volonté du peuple est le tribunal politique suprême ? Que si une majorité des électeurs nous demande d’abolir l’Église et de jeter la couronne dans le caniveau, nous sommes immédiatement leurs serviteurs les plus obéissants ? ». « Non : peu importe le point de vue que nous avons sur la question, il est clair que la tentative de reconstruire le parti conservateur sur une base démocratique ne peut réussir. » « Les conservateurs ont toujours été des adeptes du statu-quo, mais les choses qu’ils ont été les plus enclins à conserver n’étaient pas nos libertés, mais les restrictions imposées à nos libertés. » « La doctrine du conservatisme ne changerait pas et ne pourrait pas être beaucoup modifiée, mais ses prétentions devraient être formulées dans un registre plus humble. » « D’ici, nous arrivons à sentir l’odeur de la soupe, l’agitation des réceptions du soir et les sourires des douairières. Les inquiétudes qui pèsent sur ce couple d’âmes patriotes ne peuvent pas être qualifiées d’auguste. C’est au sein de ces petites inquiétudes que les défenseurs de l’Empire et les hommes de l’Etat sont formés ». « L’abjuration solennelle qui est maintenant proposée au nom du néo-conservatisme ressemble à un dynamitage. » Henry Dunkley considérait les néo-conservateurs comme étant des populistes, dont la prétention démocrate compromettra l’Empire au lieu de le renforcer. L’Empire, et sa droiture, étaient si profondément enracinés dans l’esprit de ces dirigeants qu’il n’a pas été remis en question. En fait, à cette époque même, dans les années 1880, Sir Cecil Rhodes était occupé à créer les fondations de l’empire britannique et américain qui contrôle aujourd’hui la majeure partie du monde.

Le néoconservatisme pro-israélien contemporain est né dans les années 1960 lorsque des intellectuels juifs marxistes de New York et Washington DC, qui étaient encore plus anticommunistes qu’anti-nazis, se passionnèrent pour l’extension de l’empire américain dans le monde entier en répandant la « démocratie » (et la protection d’Israël) comme si cet empire protecteur d’Israël était une croisade sainte non seulement contre l’Union soviétique, que les Israéliens ont diabolisé, mais aussi contre l’islam (puisqu’il s’agissait de Juifs ethnocentriques installés sur des territoires appartenant initialement à des musulmans – qui sont maintenant considérés comme des citoyens de seconde zone dans leur propre pays d’origine et de naissance). C’est ainsi qu’ils se distinguent du « paléoconservatisme » qui n’était pas aussi messianique, mais qui était plus ouvertement ethnocentrique, bien qu’étant chrétienne, au lieu de juive. Les « paléoconservateurs » étaient des isolationnistes et non des impérialistes. Ils étaient issus des détracteurs de l’entrée en guerre de l’Amérique dans la Seconde Guerre mondiale contre les impérialistes de l’époque, qui étaient des fascistes. Ces « isolationnistes » américains nous auraient offert un monde contrôlé par Hitler et ses alliés de l’Axe. Tout conservatisme est absurde, mais il en existe de nombreuses formes, dont aucune ne fait preuve d’intelligence.

Les racines du néoconservatisme sont 100% impérialistes, colonialistes, suprémacistes et manifestement malfaisantes. Ils détestent la Russie parce qu’ils ont toujours envie de la conquérir, et ne savent pas comment, sauf en recourant à l’annihilation nucléaire, qui serait extrêmement dangereuse, y compris pour eux-mêmes. Donc, ils mettent tout le monde en danger.

Eric Zuesse


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