Pour une Europe du futur

Alors que la campagne européenne bat son plein, au temps du fracas politico-médiatique, à l’heure des longues joutes verbales opposant progressistes et conservateurs, tout le monde semble oublier la grande particularité européenne : l’avancée.

En effet, le Vieux-Continent s’est fait centre du monde parce que depuis ses premiers peuplements, il n’a cessé d’être une terre d’individus conquérants, désireux de savoirs, avides de connaissance et de progrès. La particularité européenne est sans aucun doute d’avoir toujours lorgné vers le futur, en dépassant toutes sortes de frontières, qu’elles soient géographiques, religieuses ou scientifiques. Lorsque l’on s’attarde sur l’Histoire, on constate que l’homme européen, depuis la colonisation celte en Europe continentale et l’avènement de la civilisation hellénique en Europe méditerranéenne, s’est toujours montré enclin au progrès et à la conquête.

Ainsi, d’innombrables avancées scientifiques, sociales, et militaires sont imputables aux différentes peuplades du continent. Citons notamment la science de la pensée grecque qui a mis un terme au mysticisme polythéiste, la volonté civilisatrice de Rome, ayant donné naissance au concept de Droit ou d’Etat républicain, ou encore, les incroyables avancées techniques vikings et danoises dans le domaine du nautisme.

Tous ces peuples européens, qui malgré d’innombrables oppositions idéologiques ou conflits géopolitiques, ont fini par donner naissance à une civilisation grandiose, dotée d’un nez qui depuis lors, n’a cessé d’être axé vers l’avenir. Mais qu’en est il en 2019 ?

A l’heure de L’Empire Libéral tel que désigné par Wolfgang Streeck, grand sociologue allemand, L’Europe semble être désormais réduite à une entité économique, prenant ses directives d’une oligarchie financière arc-boutée derrière une vision du monde aseptisée, noyée dans les méandres d’une technocratie autoritaire, camouflée sous le doux nom d’Union européenne.

Pour comprendre comment L’Europe s’est mutée en un imbroglio d’états structurellement faibles et incapables de poursuivre cette « Destinée Manifeste » de continent civilisateur, il faut remonter aux bases profondes du projet européen, avant tout conçu pour être une entité libérale, propagatrice de lois économiques inadaptées au véritable progrès. De fait, l’Union européenne se présente comme un empire économico-financier avec en son centre un état (l’Allemagne) ou un couple d’états (franco- allemand) dictant les idées d’un projet (paix sociale et confort consumériste), et divulguant ses lois pour le maintenir debout (libéralisme et soumission à la finance). Les marges de l’Empire (Europe du Sud et de l’Est) sont donc à la fois bénéficiaires d’un tel système, notamment par la réception d’aides au développement, et à la fois victimes, comme lorsque sujettes à des plans d’austérité ou à des mesures d’immigrationisme incontrôlé.

Ainsi perçue, l’Union européenne, parce que voulue comme un système résolument autoritaire, est aussi un organe castrateur et presque oppressant envers des nations autrefois souveraines. Un exemple probant d’une telle politique est l’humiliation subie par la Grèce de Syriza en 2010, contrainte à un drastique et inconditionnel plan d’austérité, lui ayant été imposé par l’Allemagne en vue de la « sauver » d’un hypothétique marasme économique. Pour maintenir à flot cet Empire, la centralisation de l’Union européenne a été mise en place comme une arme toute-puissante. Ainsi, les organes décisionnels sont majoritairement, voire uniquement, géographiquement situés au sein des pays du centre européen : Belgique, Luxembourg, Allemagne, France. Et quand un état marginal adopte une politique dissidente, tel la Hongrie de Viktor Orban sur l’immigration, il est immédiatement sanctionné par des amendes en provenance des instances décisionnelles (CEDH, Parlement européen etc..), et donc, des états centraux.

Ce système, s’appuyant donc sur des doctrines ultra-libérales, et se maintenant via des piliers autoritaires, bride tout naturellement la portée civilisationnelle et conquérante de nombreuses nations européennes, peu enclines à s’investir dans la recherche scientifique lorsqu’elles sont confrontées en permanence à la pression de Bruxelles, les poussant à libéraliser toujours plus leur économie.

Un autre obstacle de taille au retour de la grandeur européenne réside dans la ré-écriture par l’intelligentsia de l’Union du concept de progrès. Aujourd’hui, le terme « progrès » est presque devenu une insulte dans le jargon de la droite. En effet, une certaine élite mondialisée et embourgeoisée s’est approprié ce terme-clé, supplantant sa notion initiale de grandeur et de conquête par un gloubi- boulga de « justice sociale », « défense des minorités », ou encore, « lutte pour les droits de la communauté LGBTQ » (et que je sais-je encore…). Dès lors, les fervents défenseurs de la gauche sociale et libérale s’enorgueillissent de l’appellation de gentils « progressistes », militant pour l’avenir, face aux vils « conservateurs », reliquats du passé. Cette dualité manichéenne est à proprement parler trompeuse. En effet, le progrès, tel que développé par nos ancêtres, ne réside pas dans de futiles débats pour savoir si oui ou non, un individu né avec une paire de testicules a le droit de se faire appeler Mademoiselle, mais dans la capacité génétique de tout un peuple à façonner le monde à son image : les européens.

Il est aussi un fait, et pas des moindres, expliquant la résignation de nombres de continentaux à vouloir bâtir le futur : Les Etats-Unis d’Amérique.

Bien qu’en un sens, les blancs américains soient les descendants des colons européens ayant quitté le continent entre le XVème et le XXème siècle, à la recherche de richesse et de prospérité, il va sans dire qu’au fil de l’Histoire, ces voyageurs devenus résidents permanents ont su créer un état singulier, révolutionnaire en son temps, et devenu l’apogée de la toute puissance européenne. En effet, les Etats-Unis, pays inconditionnellement basé sur la conquête et le progrès, ont remplacé le phare qu’était l’Europe, brisé par deux guerres dévastatrices, pour prendre la place de nation civilisatrice unique. Dotés d’une extraordinaire force de travail et de recherche, l’empire américain s’est imposé de par le monde comme catalyseur de l’avancée humaine. Grâce à des scientifiques hors-pair, une économie surpuissante capable de financer des projets colossaux et un esprit conquérant, les Etats-Unis ont su brillamment prendre le relais d’une Europe épuisée, en mettant au point l’arme nucléaire en 1945, en se dotant de la 1ère armée au monde dès les années 50, puis en conquérant la lune en 1969. Cette incroyable continuité de l’Europe, poussée par une insatiable soif de progrès et d’avancées, permet aujourd’hui d’englober tout l’Occident comme une civilisation grandiose, guidant le monde à sa manière.

Mais l’Europe est-elle condamnée à n’être qu’une puissance de second rang, régie par les lois du marché et de la finance, et incapable de retrouver son héritage passé ?
Rien n’est moins sur. Face aux limites du système libéral et impérialiste, l’élitocratie européenne se retrouve confrontée à de nouvelles forces politiques, lui étant résolument hostiles : aujourd’hui Matteo Salvini mène cette danse, dissidente et provocatrice. Les marges du continent se soulèvent, souhaitant renouer avec un passé glorieux, rêvant de se défaire de cet autoritarisme financier qu’elles ne supportent plus. Nous autres, européens, ne devons jamais baisser les bras. Tant de défis attendent notre continent qu’il faut à tout prix mener cette lutte et défaire définitivement la caste oligarchique qui bride notre moteur de grande civilisation. Si nous voulons un jour une Europe écologique et propre, une Europe de la conquête spatiale, une Europe qui n’a plus honte de son Histoire, bref, une Europe exemplaire et à nouveau toute puissante, nous devons cesser de la rêver, pour la réaliser dès aujourd’hui.

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