Paroles de Gilets Jaunes ! (Acte XV, Clermont-Ferrand)

Le 23 février 2019, les Gilets Jaunes ont lancé un appel à grande échelle pour manifester dans la ville de Clermont-Ferrand, capitale de l’Auvergne, où environ 3.000 à 4.000 gilets jaunes se sont réunis pour l’Acte 15. Des manifestations ont aussi eu lieu dans Paris et à Rennes.

Puisque résidant à Clermont-Ferrand, votre serviteur s’est joint à la manifestation pour interroger des Gilets Jaunes.


Hervé, 61 ans, retraité

Hervé est le premier Gilet jaune que j’interroge quand j’arrive sur la place du 1er mai. Le cortège est constitué et prêt à se mettre en marche vers la place de Jaude, au cœur de la ville. Hervé habite dans l’agglomération Clermontoise, et est retraité depuis 2018. Il déclare se mobiliser avant tout pour son pouvoir d’achat, puisque sa pension a été amputée de 50 euros avec les mesures prises par le gouvernement sur la hausse de la CSG. Hervé a participé à 15 manifestations et se sent solidaire du mouvement des Gilets jaunes depuis le premier jour. Il a bénéficié de l’annulation de la hausse de la CSG annoncée par Emmanuel Macron en décembre. Toutefois, il reste mobilisé pour palier la menace qui pèse encore selon lui sur ses revenus. Pour Hervé, le premier problème que la France couve, c’est le trop plein d’aides sociales duquel résultent beaucoup d’impôts selon lui. Il plaide pour une réduction de l’Etat afin que chacun vive mieux de son activité. Concernant l’annonce d’Eric Drouet sur un possible vote groupé des Gilets jaunes aux européennes, Hervé se dit ouvert à la question, et se déclare même ouvert pour voter en faveur d’une liste Gilets jaunes aux européennes, si toutefois le programme est solide. Pas question pour lui de voter sans qu’il y ait un projet derrière.

Le cortège se mit en marche. Je l’accompagne en queue quand soudain mon accompagnateur me fit remarquer qu’un Gilet jaune avait écrit « Frexit » sur son Gilet. Curieux d’avoir le point de vue de ce monsieur, je sinue entre les manifestants pour l’interpeler.

Stéphane, 45 ans, fonctionnaire

Il vient de Clermont-Ferrand et se mobilise pour contester la politique néolibérale du gouvernement, qui entraîne selon ses propres mots « le déclassement des classes moyennes basses », « un appauvrissement des plus pauvres » et « l’enrichissement des plus riches », ajoute-t-il d’un ton espiègle. Stéphane se sent solidaire des Gilets jaunes depuis le mois de décembre, lorsqu’il a commencé à se rendre compte de l’ampleur des violences policières qui traduisent « que nous ne sommes plus en démocratie ». Il a participé à 6 manifestations, les premières étant selon lui trop tournées vers la taxe sur les carburants. Dès lors qu’il a entendu parler du RIC, Stéphane s’est mobilisé. Pour lui, les mesures du gouvernement annoncées en décembre sont une « façade ». Il est pour une sortie de la France de l’Union européenne, mais « dans une optique progressiste ». Il estime que le référendum de 2005 constitue « un échec moral et politique » et que l’Union européenne est un échec économique. Stéphane insiste beaucoup sur sa fibre sociale et progressiste, qui selon lui doit guider la logique d’un Frexit. De fait, il considère notre appartenance à l’UE comme le premier problème du pays. Pour lui, le mouvement des Gilets jaunes est un élément de régénération de la vie politique française. Il s’oppose à une liste Gilets jaunes, considérant que toute tête est corruptible. Il est également opposé à l’idée d’un vote groupé, qui pourrait s’apparenter à une récupération politique.

Après avoir remercié Stéphane, je poursuis mon parcours avec les Gilets jaunes. Des gens refusent de se faire interviewer, jusqu’à ce que nous approchions de la place Delille. Là, je trouve deux manifestantes portant un gilet jaune.

Laurence, 46 ans, mère au foyer

Elle vient d’Issoire, à un peu moins de 40km au sud de Clermont-Ferrand. Laurence se mobilise principalement en exigeant que Macron s’en aille. Elle s’indigne de la montée des taxes sur le carburant qui attaque le pouvoir d’achat des plus démunis et remet en contexte le mal-être de la société française en expliquant que cela fait 30 ans qu’il couve. Elle a participé à toutes les manifestations avec sa famille, et anime le Bar du Peuple, où les gens se réunissent pour parler et discuter et dans lequel tout un chacun est le bienvenu insiste-t-elle. Laurence a participé à toutes les manifestations et a directement été partie du mouvement des Gilets jaunes. Elle vend des calendriers à tarif libre pour participer au financement de son activité au Bar du Peuple. Elle estime que le mouvement devrait bloquer des raffineries, incinérateurs et autres centres d’activité industrielle pour faire réagir le gouvernement qui n’entend rien. Elle n’a pas été touchée par les mesures annoncées par Emmanuel Macron en décembre, qui ont tout de même coûté 10 milliards d’euros, et relate les difficultés des nombreux Gilets jaunes à qui elle a parlé. Elle déplore le profond état de misère qui règne dans le pays. Pour elle, il n’y a pas de problème premier en France. La problématique de la misère, l’écologie, le chômage, la présence de Macron à la Présidence de la république… Elle juge que tout est au même degré d’importance. Elle émet des réserves vis-à-vis des leaders des Gilets jaunes et explique qu’une logique de clan se constitue, ce qui pourrait nuire au mouvement. Elle n’est pas non plus convaincue de l’utilité réelle du vote. Pour Laurence, l’antisémitisme monté en épingle en ce moment dans les médias fait partie de ces « sujets »… sous-entendu qui sont instrumentalisés. Elle évoque les églises vandalisées dans le silence, et affirme son opposition à l’antisémitisme comme une évidence, mais souligne la logique de division et d’intimidation qui se trouve derrière.

Arrivé sur la place Delille, le cortège s’est engouffré dans les petites rues du centre-ville de Clermont-Ferrand. Le cortège chahute dans les rues et rameute les habitants à la fenêtre. Quelques Gilets jaunes font une pause, et parmi eux une Gilet jaune que j’interroge à la hâte.

Sandrine, 47 ans, institutrice

Sandrine estime que le mouvement des Gilets jaunes remet en question la société en profondeur, autant sur le plan de la gestion politique que sur le plan de l’état d’esprit général. C’est sa deuxième manifestation, mais elle déclare se sentir solidaire des Gilets Jaunes depuis le 17/11. Elle souligne l’aspect singulier du mouvement, qui pour elle est un mouvement d’expression libre et direct, en dehors de la férule des syndicats qu’elle semble ne pas apprécier. En tant que fonctionnaire, elle n’a été touchée par aucune mesure du gouvernement pour revaloriser le pouvoir d’achat. En 2017, elle a voté blanc. Pour elle, le premier problème du pays, ce sont les inégalités. Elle insiste sur la nécessité de faire plus de redistribution, ou du moins sur la nécessité d’améliorer la manière dont la richesse est redistribuée. Elle n’a pas d’opinion sur un potentiel vote Gilet jaune aux européennes et considère que la question de l’antisémitisme comme une instrumentalisation.

Après m’être à mon tour engouffré dans les petites rues du centre-ville pour rattraper le cortège, je cherche un Gilet jaune à interroger. Dans le souci d’être à peu près représentatif de ce qu’est la société française, je me lance à la recherche d’un jeune homme. L’entreprise est une lourde tâche, la majorité des manifestants étant des personnes au-dessus de 50 ans visiblement. En marge du cortège, je repère un petit groupes de jeunes qui font une halte. Celui que j’interroge me répond de façon assez expéditive, et très probablement mensongère sur le début.

François, 22 ans, affûteur

François « le français » [sic] a 22 ans et se dit affûteur. Il est originaire de Clermont-Ferrand, et ne participe à la manifestation que par curiosité. C’est donc la première fois qu’il se mobilise avec les Gilets jaunes, et se déclare comme « un soutien » depuis le 17/11, comme cette présumée majorité silencieuse de français qui soutiennent le mouvement sans y participer. Il n’est pas touché par les mesures du gouvernement pour le pouvoir d’achat (hausse de la prime d’activité, baisse de la CSG sur les retraités etc). Il se dit abstentionniste et désintéressé de la gestion politique du pays. Pour lui, le premier problème du pays, c’est l’école. Il n’étaye pas son propos. Il conteste les leaders du mouvement et s’interroge sur son aboutissement et sa finalité. Pour lui, l’antisémitisme est un moyen « facile » pour la presse de pourrir le mouvement, après l’avoir qualifié de divers sobriquets qui ont eu pour but de le salir.

Après avoir rejoint le cortège au niveau de l’Hôtel de ville, je contemple l’ampleur de la manifestation en prenant une photo.

De là, je repère un trentenaire que je m’empresse d’interroger.

Guillaume, 35 ans, au chômage

Il vit à Clermont-Ferrand et se mobilise pour le pouvoir d’achat et contre les privilèges et les inégalités découlant de ces deux problèmes. Il estime qu’il faut abolir les privilèges dont bénéficie la classe politique qui doit être traitée comme tous les français. Il a participé à 10 manifestations depuis le 17 novembre et souligne la solidarité qui règne au sein du mouvement, malgré le silence médiatique sur cette question de la solidarité. Il n’a pas été touché par les mesures mises en place par Emmanuel Macron à partir de décembre, et considère que ces mesures ne sont pas des mesures véritables, mais un leurre. Pour lui, le premier problème c’est le gouvernement actuel qu’il faut faire démissionner. Il ne se sent pas concerné par les élections européennes et juge qu’elles sont totalement inutiles. Pour lui, l’antisémitisme n’appartient pas au mouvement des Gilets jaunes et est ancré dans la société française depuis longtemps. Il s’agit à ses yeux d’un thème manié à dessein de discréditer le mouvement.

Tout de suite après, je repère une dame qui chemine juste devant moi alors que je prenais une autre photo.

Fabienne, 56 ans, autoentrepreneuse

Fabienne est autoentrepreneuse dans le département de la Haute-Loire. Elle se mobilise pour contester « la merde qu’a mis le gouvernement » et pour rappeler à ce même gouvernement « qu’il y a des gens qui ont faim ». Elle insiste sur l’âge de départ à la retraite qui recule sans fin. Fabienne a participé à 15 manifestations et se sent solidaire du mouvement des Gilets jaunes depuis le 17 novembre. Elle souligne elle aussi la solidarité qui règne dans le mouvement et sur le trop plein de taxes, alors que l’évasion et l’optimisation fiscale constituent pour elle un problème majeur. Pour elle, les mesures annoncées en décembre « c’est de l’enfumage, on prend d’un côté pour vous en donner de l’autre. Le carburant a déjà repris 10 centimes. » Elle pointe la dérive militaire et les violences policières comme un danger et déplore la flambée du prix du panier de course depuis quelques années. Elle s’est abstenue en 2017 et estime que la France Insoumise et le Front National (maintenant RN) ne sont pas des alternatives crédibles. Pour elle, le problème numéro 1 en France, c’est la fracture sociale et l’écologie. Elle est favorable à la logique d’un vote Gilet jaune aux européennes mais conteste les personnalités politiques, préférant plaider pour que soit élu « un Gilet jaune intelligent ». Selon Fabienne, « l’antisémitisme c’est du discrédit, un nom d’oiseau » dirigé contre le mouvement des Gilets jaunes, et qui s’inscrit dans une longue série d’insultes et d’assimilations parmi lesquelles : casseurs, ultradroite et ultragauche, et autres joyeusetés.

Après avoir enfin rejoint la place de Jaude, qui est couverte de Gilets jaunes, je repère un petit groupe de manifestants agglomérés autour d’un manifestant à genoux. Je constate que ce dernier était en train d’essayer d’allumer un drapeau bleu aux étoiles d’or.

Un jeune groupe de passants regardent la scène avec dédain et mépris en insultant les manifestants, qui lui répondent « déjà, toi, vas travailler puis on cause! ». Le jeune homme s’indigne et leur mentionne son statut « d’auto-entrepreneur », probablement acquis sur Deliveroo, pour justifier du fait qu’il connaît bien le monde du travail. Plus loin, un très jeune Gilet jaune discute. Je me dirige vers lui pour l’interroger, laissant de côté la dispute qui avait commencé.

Louis, 18 ans, étudiant

Louis est en prépa éducateur spécialisé à Clermont-Ferrand. A ses yeux, la société française souffre de plusieurs mal-êtres parmi lesquels un mal-être démocratique qui exige la mobilisation. Il a participé à 3 manifestations mais se sent solidaire du mouvement depuis le début, et confesse avoir été attiré par sa spontanéité, son aspect direct et en dehors des influences diverses. Les « petites réformes » d’Emmanuel Macron annoncées en décembre ont aussi été sans effet pour lui. « C’est du vent » a-t-il déclaré doctement. Cette « petite aide » ne peut pas pour lui entraîner un recul de la misère. En 2017, Louis n’avait pas le droit de vote mais s’est engagé auprès de la France Insoumise. Pour lui, la première nécessité c’est le passage à une VIe République et la « sortie des traités européens ». Interloqué par cette expression qui me faisait déjà sourire en 2017, je lui demande ce qu’il entend par là. J’ai eu droit à une des interprétations possibles de cette phrase phare de la FI, « renégocier les traités ». Il n’est ni pour la sortie de l’UE ni pour la sortie de l’euro mais plaide plutôt pour une refonte de l’UE et pour une refonte de la Constitution. Pour lui, les leaders des Gilets jaunes ne sont leaders que par égo, et il ne se déclare pas favorable à une liste Gilets jaunes aux européennes. Pour lui, le mouvement doit se recentrer autour du RIC. Par ailleurs, pour lui l’UPR n’est pas un vote préférentiel crédible pour les Gilets jaunes, du fait de l’aspect microscopique du parti. De son point de vue, l’antisémitisme est un anathème récurrent « auquel on a droit tous les ans », et qui est à son goût surmédiatisé. Il met un point d’honneur à distinguer antisémitisme et antisionisme et à déplorer l’amalgame que font les médias entre ces deux notions. C’est pour lui un instrument de discrédit, lancé dans une série de mots ayant eu pour but de salir le mouvement.

M’égarant un peu sur la place de Jaude et papillonnant d’un groupe de manifestants à l’autre, je tombe finalement sur Evelyne lorsque la place se vide un peu. Cette petite dame s’est beaucoup plu à nous parler et l’a fait avec beaucoup de franchise et de liberté.

Evelyne, 58 ans, auxiliaire de vie

Elle vit à Clermont-Ferrand et se mobilise pour protester contre les fins de mois difficiles et pour le pouvoir d’achat. Elle veut aussi que les jeunes puissent espérer un meilleur sort, l’avenir étant à ses yeux désespérant compte tenu de la tournure que prennent les événements. Pour elle, « on ne demande pas des milles et des cents, juste à pouvoir vivre décemment ». Elle s’oppose à la fermeture des écoles rurales et des hôpitaux et s’érige contre les taxes. « Vous savez, les riches eux ils se serrent les coudes, et il faut que les pauvres aussi se serrent les coudes ». Elle a participé à 13 manifestations et a immédiatement soutenu le mouvement, qui est pour elle l’aboutissement de 40 années de silence. « Trop c’est trop » martèle-t-elle avec conviction. Le mécontentement se faisait déjà sentir il y a plusieurs années selon elle, sans que personne n’ose se mobiliser. « Il fallait que ça explose, ce mouvement était attendu par le peuple et provoqué par le gouvernement ». Pour elle, les violences policières engrainent la violence des manifestations et jette le discrédit sur les Gilets jaunes. Elle déclare nulles les mesures prises par Emmanuel Macron en décembre « qui sont sans cesse reportées, c’est du pipeau ils ne font rien ». Elle souligne elle aussi la remontée récente des prix du carburant et les 100 euros supplémentaires sur sa mutuelle. Elle se demande sincèrement à quoi est affecté l’argent des taxes et des impôts. En 2017 elle ne s’est pas abstenue, mais insiste « j’ai tout de suite vu que Macron était un faux-cul, le roi des hypocrites ». Elle insiste également sur la nécessité de devoir réunir 500 signatures pour participer au scrutin présidentiel, qui créé de fait un trou entre le peuple, et les élus qui sont des bourgeois dans l’entre-soi. Pour elle, c’est ce réseau de pouvoir qui lie les banques, les puissances financières et les élus qui est le premier problème aujourd’hui. Elle pointe « cette élite mafieuse du doigt », révélée un peu plus par la tournure qu’a récemment pris l’affaire Benalla. Pour elle, le vote Gilet jaune est une bonne chose s’il est utilisé pour soutenir quelqu’un qui n’est pas affilié à l’élite politique. Elle mentionne naturellement François Asselineau « qui lui dit la vérité quand il parle de l’Europe » en s’interrogeant sur sa proximité avec le peuple. Pour elle, l’Europe a tué l’agriculture, avantage les riches, et l’euro est une misère ; « on nous a vendu une monnaie pour vivre comme les américains, mais on n’est pas des américains, notre économie n’est pas faite pareille, ça n’a pas de sens de vouloir une monnaie rivale ». Elle souligne que la France allait très bien à l’époque du franc et que la sortie de l’euro est un passage obligé. Elle considère l’antisémitisme comme une forme de racisme qui dénonce l’étranger de manière générale et comme en l’occurrence un moyen de propagande anti-Gilets jaunes. Les violences policières « déshonorent la France. Des gens ont perdu un œil ou une main ». Elle considère les policiers comme des gens violents et radicaux.

Pour finir cette interrogation pour l’Acte XV, je me suis adressé à une jeune fille.

Adèle, 19 ans, étudiante

Adèle est étudiante à Clermont-Ferrand. Elle participe à la manifestation par curiosité et pour militer contre le capitalisme, pour l’écologie et contre le gouvernement en place. C’est sa première manifestation, et elle déclare être intéressée par le mouvement des Gilets jaunes depuis le début. Pour elle, le discours d’Emmanuel Macron en décembre ayant répondu aux Gilets jaunes est « une diversion, c’est déguisé ; il nous la met à l’envers ». Elle estime qu’au vu des problèmes, c’est une mesure inutile qui ne répond pas aux besoins des français en matière de justice fiscale et de pouvoir d’achat. L’oligarchie est déconnectée des réalités et ne sait pas apporter de réponse. Elle fustige aussi l’élitisme ambiant en France, et les petites phrases du Président de la République, qui, il faut le reconnaître, s’est effectivement spécialisé dans la maladresse lorsqu’il parle des français. Elle estime qu’en 2017 aucun candidat n’était crédible, elle s’est abstenue. Le jeu électoral est une farce, qui ne peut aboutir à rien de bénéfique pour le peuple. Elle érige l’écologie et la lutte contre le changement climatique en problème premier et affirme que la question pourrait créer une cohésion nationale et une unité nationale qui aujourd’hui fait défaut à la société française. Elle considère que le mouvement des Gilets jaunes ne doit pas avoir de leader pour pouvoir s’exprimer dans toute sa diversité mais n’exclue pas de fait la possibilité d’un vote Gilet jaune aux européennes. Pour elle aussi l’antisémitisme est un épouvantail médiatique agité pour discréditer les manifestants, et le mouvement. Elle souligne également que l’antisémitisme est une forme de racisme comme une autre, et que faire la différence entre antisémitisme est racisme est une erreur ; toutes les formes de racismes doivent être combattues à ses yeux. Pour elle, Alain Finkielkraut, pris d’assaut par des manifestants, est un raciste chevronné qui distille une haine qui s’est retournée contre lui. Concernant l’UE, Adèle affirme ne pas se sentir européenne, ni concernée par l’Union européenne. Elle est d’abord française et relègue le sujet européen à « une préoccupation d’élites ». Elle admet que l’histoire commune de l’Europe est indéniable et qu’une solidarité européenne doit exister, mais la forme actuelle de la construction européenne ne suscite aucun entrain chez elle. De façon anecdotique, elle a eu l’air intéressée par la ligne souverainiste (mais ne savait pas de quoi il s’agissait, comme beaucoup de français) jusqu’à entendre les noms de ceux qui s’en revendiquent aujourd’hui.

Bilan

C’est ainsi que s’est conclue cette série d’interrogations. Onze personnes ont été interrogées, parmi lesquelles six femmes et cinq hommes, moyennant un âge médian de 45.5 ans, contre 40.6 ans dans la société française. Les propos rapportés ici ont pour but d’être les plus proches et les plus conformes aux propos qui ont pu être tenus par les manifestants. Certains se sont mieux prêtés au jeu que d’autres. Il a été assez difficile de trouver des personnes jeunes (entendons trentaine et en dessous), la majorité des manifestants étant des personnes d’âge intermédiaire et avancé. Pourtant, la ville de Clermont-Ferrand comprend 40.000 et quelques étudiants, qui auraient pu participer à la mobilisation.

Dans l’ensemble, la majorité des manifestants interrogés ont voté aux présidentielles de 2017. Quatre manifestants ont voté blanc ou se sont abstenus. Force est de reconnaître qu’aucun des manifestants interrogés n’a estimé l’immigration comme un problème majeur dans le pays. Un manifestant s’est plaint du « trop d’Etat » et de « l’assistanat » en la personne d’Hervé, mon premier interrogé. En revanche, trois ont estimé que l’Europe était un problème (dont il fallait sortir, ou renégocier les traités). Beaucoup ont souligné une mauvaise répartition des richesses et la mauvaise gestion du gouvernement actuel.

C’était en tout cas un plaisir de parler avec chacun de ces manifestants, dans leurs opinions diverses. Plusieurs auront l’occasion de lire ici les propos qu’ils ont tenu, et je demeure dans l’espoir de les avoir fidèlement retranscris.

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