Oubliez ses prétentions scientifiques, le programme Horizon 2020 de l’UE est un projet politique inefficace

Nous entendons beaucoup parler du « désastre » de la « perte de financement scientifique » du Royaume-Uni suite à sa sortie de l’UE. Une grosse perte, n’est-ce pas ?

Horizon 2020, programme européen pour la recherche et le développement sur la période 2014-2020.

Beaucoup d’intérêts particuliers sont en jeu, pas nécessairement en phase avec les intérêts du Royaume-Uni, tous accédant ou souhaitant avoir accès à cette cagnotte – de l’argent qui est essentiellement celui des contribuables britanniques à la base, et seulement après que l’UE en prenne une partie pour le redistribuer ailleurs.

Les projets financés au Royaume-Uni méritent sans aucun doute d’être soutenus, mais il est important de réaliser que l’UE est avant tout un projet politique et non scientifique. Et c’est là que le bât blesse.

Jetons un coup d’œil au projet phare de l’UE en matière de financement de l’innovation, Horizon 2020 : il s’agit du plus grand programme de recherche et d’innovation de l’UE avec près de 80 milliards d’euros de fonds publics alloués sur sept ans (2014 à 2020). H2020 promet « plus de percées, de découvertes et de premières mondiales en apportant de grandes idées du laboratoire vers le marché ». Eh bien, pour la vaste somme de 80 000 000 000 €, on pourrait s’attendre à plus de résultats tout du moins.

Mais comment cela fonctionne-t-il pour une petite entreprise au Royaume-Uni ?

Prenons mon entreprise, par exemple ; nous avons une technologie révolutionnaire capable de quantifier les billes de tests immunologiques paramagnétiques par leur signal magnétique. Cela revient à chercher une aiguille dans une botte de foin. Cela offre une solution miraculeuse qui pourrait apporter la précision d’un analyseur de laboratoire aux appareils portatifs de diagnostic médical, en particulier pour la mesure des troponines ultrasensibles pour le diagnostic précoce des crises cardiaques. Un géant européen du diagnostic a essayé et échoué à faire fonctionner un système similaire : malgré les 100 millions d’euros dépensés, son projet est maintenant abandonné. Nous semblons être bien plus avancés – pour un investissement privé de quelques millions de livres sterling.

Vous pourriez donc penser que nous sommes un candidat idéal à l’aide financière de l’UE H2020 et qu’elle nous aiderait à passer au niveau supérieur. Notre technologie a le potentiel de transformer les diagnostics afin d’améliorer la prise en charge des soins, d’économiser les coûts du NHS [NdT: Sécurité Sociale outre-manche] et de produire un précieux outil pour le Royaume-Uni d’une valeur de plus d’un milliard de livres. Le soutien de l’UE à l’initiative H2020 n’est-il pas évident?

Hé bien non, tout faux.

Nous sommes basés à Manchester. Nous avons tout ce dont nous avons besoin localement au Royaume-Uni, des sous-traitants prodigieusement qualifiés et un soutien universitaire, des conseils au niveau de l’électronique et des logiciels, une production et une conception de capteurs avancées. Tous ces éléments essentiels sont disponibles à deux heures de route de chez nous. Nous avons recours à un sous-traitant au Danemark pour des considérations économiques, mais c’est à peu près tout. Oui, nous avons déjà tout ce dont nous avons besoin. À l’exception de fonds de développement supplémentaires, pour lesquels H2020 serait la solution idéale.

Malheureusement, nous ne sommes pas admissibles. Parce que la norme H2020 exige (c’est une condition nécessaire à l’admissibilité) que nous nous associions à au moins deux autres entités dans au moins deux autres États membres de l’UE. Mais nous n’avons pas besoin d’une université française, ni d’une société polonaise de microfluidique ni d’un fabricant de circuits imprimés en Croatie. Si tel était le cas, nous les utiliserions déjà. Nous n’avons tout simplement pas besoin qu’ils fassent quoi que ce soit pour nous en tant qu’entrepreneurs – et nous n’avons certainement pas besoin qu’ils soient forcés par l’UE de devenir nos partenaires.

C’est donc nous qui sommes bloqués à l’extérieur de H2020, malgré le fait que c’est l’argent des contribuables britanniques en premier lieu.

Mais c’est encore pire que cela, car les innovateurs britanniques qui veulent désespérément avoir accès à l’enveloppe H2020 sont souvent obligés de faire appel à des consultants capables de comprendre et de faire fonctionner le système H2020. Cela peut, outre le fait de faciliter la paperasserie, impliquer de jouer avec le système en faisant entrer d’autres entités de l’UE dans le projet d’une entreprise britannique, même si elles n’étaient pas nécessaires avant que les entités candidates ne se conforment à l’exigence H2020.

Une énorme industrie du conseil s’est ainsi développée autour du financement H2020. Si l’on met de côté la perte de temps pour les entreprises qui présentent une demande, cette « industrie » demande des frais et/ou même une grande part de tout financement gagné. C’est totalement improductif – rien n’est inventé, développé ou produit par ce coût. Seulement l’argent de la subvention, avec une part retirée de celle-ci, peut être gagné. Il s’agit en fait d’une surcouche administrative inefficace.

Je comprends pourquoi des chercheurs universitaires et des universitaires apprécient H2020 – de l’argent qui sort de nulle part, c’est toujours bon quand on n’a rien à vendre. Et peut-être que dans le cas d’entreprises avec plus d’activités et de ressources, H2020 peut être perçu comme un bonus intéressant pour les actionnaires. Et pour les deux, le projet politique H2020 génère des voyages à l’étranger bien sympathiques pour les universitaires et les cadres avec du temps libre, financés par l’argent « gratuit » fourni par le contribuable. Pourquoi dire non?

Pour nous, qui développons une technologie commerciale révolutionnaire, c’est inutile. H2020 est un projet politique inefficace dont l’objectif premier est de lier l’UE pour mener à la fédéralisation, et non de faire avancer la science ou les affaires. Il est douloureusement évident qu’après le Brexit, le Royaume-Uni pourra dépenser son propre argent directement au Royaume-Uni bien mieux que cela, et il devrait le faire.

Tom Barr

Source : BrexitCentral, traduit par XCN





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