Nous avons besoin d’un nouveau leader combatif pour sortir de l’UE sans foi ni loi

La coterie de Theresa May est gelée par la peur et prisonnière des intérêts du statu quo. Elle doit être mise sur la touche, et rapidement.

 

La fièvre estivale s’est emparée du  Brexit. Les vœux pieux sont endémiques. Ceux qui déplorent le plan Chequers s’accrochent à la corde dans une recherche d’alternatives inoffensives.

La vérité amère est que la Grande-Bretagne n’a que deux options viables. Elle peut accepter un arrangement néocolonial comme une règle dans l’union douanière et le marché unique, sous l’emprise de la Cour européenne. C’est là que se terminera le plan Chequers.

Ou bien elle peut se réarmer (politiquement) et se préparer à sortir de l’UE sans illusions.

L’une des fausses idées est que l’UE coopérera poliment avec la Grande-Bretagne si elle opte pour un régime de l’Organisation mondiale du commerce dans sept mois. Une autre est que l’option norvégienne peut être considérée pour déborder l’UE et réduire son levier de négociation – ou pour « dégager Michel Barnier » selon les mots d’une certaine femme politique.

Ces deux idées reposent sur l’hypothèse charmante que l’UE respecte le droit international. Il est naïf de la part des Britanniques que Bruxelles respectera nos droits restaurés en tant que membre de l’OMC ou nos droits acquis en tant que partie contractante de l’Espace économique européen.

L’UE a déclaré ouvertement dans ses communications au titre de l’article 50 sur le Brexit qu’elle ne respectera pas le droit international. Elle a signalé une stratégie de sanction à activer si le Royaume-Uni tente de s’affranchir – partiellement ou totalement – de l’orbite politique et réglementaire de l’UE. Vous pouvez lire les documents sur le site web de la Commission.

 

 

Le professeur David Collins de la City University a créé un émoi avec deux articles – l’un pour le BrexitCentral et l’autre pour le Spectator – arguant que les prédictions alarmistes de files d’attente de camions et de paralysie commerciale le jour du Brexit sont juridiquement absurdes. La Grande-Bretagne aura exactement les mêmes lois et règlements que l’UE.  Bruxelles ne peut donc pas légalement imposer une batterie de nouvelles règles et barrières.

« Il n’y a aucun moyen pour l’UE d’imposer des restrictions arbitraires supplémentaires sur les marchandises importées du Royaume-Uni après le Brexit, que ce soit en ce qui concerne le contenu de la réglementation, les procédures de contrôle ou les formalités douanières. Les nouvelles barrières non tarifaires entre le Royaume-Uni et l’UE seraient illégales en vertu des règles de l’OMC immédiatement après la sortie, même dans un scénario sans accord », a-t-il écrit.

Le professeur Collins a raison au sujet de la loi. Mais il a tort de supposer que l’UE se soucie de ces subtilités ou que les tribunaux de l’OMC offrent une protection significative. Toute contestation judiciaire serait bloquée pendant des années. L’UE est un contrevenant en série des décisions de l’OMC.  Comme l’a dit un jour le leader italien Giovanni Giolitti : « Pour vos ennemis, vous appliquez la loi. Pour vos amis, vous l’interprétez. »

Dans le cas du Brexit, la « notification aux États-membres » de l’UE indique qu’elle ne respectera pas les principes de l’OMC. Le document sur les voitures, par exemple, dit que l’UE ne reconnaîtra pas les normes britanniques le matin du 30 mars 2019. Elle mettra en place des barrières réglementaires.

Cela viole l’éthique de l’OMC d’une autre manière fondamentale : ça prive le Royaume-Uni de la même courtoisie de « reconnaissance mutuelle » obtenue par d’autres partenaires commerciaux, et constitue donc une preuve prima facie d’un comportement discriminatoire illégal.  Il est peu utile d’argumenter que la Grande-Bretagne gagnerait une affaire en appel. Nous sommes dans une lutte au couteau. L’UE veut fermer la voie de sortie vers l’OMC.

Notez que l’UE a renié l’engagement de respecter les droits de la Grande-Bretagne en matière de marchés publics par le biais de l’OMC (puisqu’elle représente actuellement notre pays et que nous n’avons pas récupéré nos listes d’engagement de l’OMC), ce qui limite la capacité des entreprises britanniques à faire des offres pour des contrats de défense américains. C’est vraiment dommageable. Une manœuvre hostile.

Les gens réagissent différemment à ce type d’intimidation. A en juger par les attaques en meute contre le professeur Collins sur Twitter, il y a un point de vue fataliste au sein de la frange commerciale britannique selon lequel Bruxelles ferait bien sûr fi des lois de l’OMC – c’est-à-dire se comporterait comme un voyou international – et donc que la Grande-Bretagne devrait « redevenir réaliste » et renoncer à tout espoir d’une politique autonome ou d’un gouvernement autonome.

Ils n’ont pas beaucoup de sens de l’histoire, ou de Fingerspitzengefüh démocratique (NdT : mot allemand que l’ont pourrait traduire par « instinct »). Le genre de règlement qu’ils ont à l’esprit ne peut pas durer. Le Royaume-Uni serait un avant-poste colonial dans un système impérial, sans veto devant le Conseil ou votes au Parlement européen, avec encore moins de capacité à contrer les intrusions et les lois indésirables de Bruxelles qu’aujourd’hui.

Un tel état de fait garantirait un conflit dans l’avenir. Il exploserait probablement d’ici cinq ans, conduisant à un résultat encore moins appétissant pour les bremainers radicaux. Cela n’a de sens qu’en tant que jeu d’attente si vous calculez – comme Michael Gove – que la zone euro s’autodétruira lors du prochain ralentissement économique mondial et que le paysage politique de l’Europe aura bientôt un tout autre visage.

L’illusion parallèle est l’intérêt soudain des Brexiteers les plus radicaux pour le modèle norvégien de l’EEE. C’était une idée plausible il y a deux ans. J’étais ouvert à l’idée d’un tel refuge pour une période de transition, permettant à la Grande-Bretagne de s’extraire progressivement de l’UE et d’avoir le temps de négocier des accords commerciaux avec le reste du monde.

Compte tenu de ce que nous savons maintenant de la stratégie de la Commission, cela n’a plus aucun sens pour les Brexiteers. L’UE menacerait de bloquer l’accord de retrait définitif à moins que la Grande-Bretagne ne reste également dans l’union douanière, exploitant la question névralgique de la frontière irlandaise exactement comme elle le fait actuellement. Et avec l’union douanière, le piège se referme.

Il n’existe pas non plus de modèle standard de l’EEE. La Norvège est sui generis. L’UE utiliserait son influence pour imposer des concessions à tous les niveaux.

Je pense que la Grande-Bretagne serait confrontée à quelque chose de semblable à « la Norvège moins, moins » – impliquant presque toutes les obligations et contraintes de l’adhésion à l’UE, mais avec des droits considérablement réduits, et aucune issue. Tel est l’esprit de l’équipe de Bruxelles sous la direction de Martin Selmayr.

L’UE nous sera épouvantable jusqu’à ce qu’elle rencontre la résistance et soit confrontée aux coûts réciproques de la guerre économique. Ce n’est qu’à ce moment-là que les intérêts commerciaux freineront les troupes idéologiques.

La triste réalité pour les Brexiteers est que s’ils n’aiment pas le plan Chequers, ils doivent se mobiliser et se battre. Shanker Singham, ancien négociateur de l’OMC à l’Institute of Economic Affairs, affirme que rien ne peut être réalisé tant que la Grande-Bretagne s’accroche à la structure réglementaire de l’UE et à l’acquis communautaire.

« Nous sommes empêchés de conclure des accords tant que nous n’avons pas clairement retiré l’union douanière et le marché unique de la table. Personne ne veut nous parler. Au moment où le plan Chequers est sorti, nous avons cessé d’être d’une quelconque pertinence pour les États-Unis », a-t-il dit.

« Nous avons besoin d’un leader qui soit prêt à sortir de cette structure de transition, à franchir les barrières et à jouer dur avec l’UE. À ce moment-là, la cohésion en Europe s’effondrera », a-t-il déclaré.

Le gouvernement n’a pratiquement rien fait pour préparer un plan de repli de l’OMC dans les circonstances hostiles du sabotage illégal de l’UE, ce que les vieux colonels pourraient appeler un « débarquement amphibien en opposition ». Il devrait commencer immédiatement et à grande échelle.

Il est trop tard pour façonner l’infrastructure douanière pour le commerce normal de l’OMC avec la technique des règles d’origine. Notre seul choix à ce stade est de démanteler toutes les barrières tarifaires le 30 mars et d’opter pour le libre-échange unilatéral, le premier grand pays à tenter une telle expérience dans les temps modernes.

Cela pourrait se faire avec un retour progressif aux droits de douane après deux ans. Cela préserverait le pouvoir de négociation du Royaume-Uni pour les accords commerciaux avec l’UE et le reste du monde. Il devrait y avoir une certaine protection tarifaire et un soutien au secteur agricole.

Un fonds fiscal d’urgence de 4 à 5 % du PIB – jusqu’à 100 milliards de livres sterling – devrait être constitué et en partie préfinancé pour amortir le choc pour les secteurs vulnérables. Les projets d’infrastructure « prêts à démarrer » devraient être alignés et mis en route. Le ministère des Finances devrait être mis en attente d’une vague de mesures de relance.

Si ces mesures étaient prises, la Grande-Bretagne pourrait espérer éviter une mauvaise récession dans la première phase cruciale, contrairement aux parties exposées de la zone euro où les règles fiscales de l’UEM assurent la paralysie. L’asymétrie visible donnerait à réfléchir pour Bruxelles.

 

 

L’UE subira une pression colossale de la part de ses propres lobbies commerciaux pour sauver Airbus, des morceaux de l’industrie automobile et des chaînes d’approvisionnement interdépendantes, et pour sauvegarder leur excédent commercial de 90 milliards de livres sterling en Grande-Bretagne. Elle pourrait alors demander un accord de libre-échange avec la Grande-Bretagne dans les termes normaux de « reconnaissance mutuelle » sans aucune de ses revendications coloniales. Mais nous ne devons pas compter dessus.

Le gouvernement d’apaisement actuel est incapable de poursuivre une telle politique. La coterie de Theresa May est gelée par la peur et capturée par les intérêts du statu quo. Elle doit être mise sur la touche, et rapidement.

John O’Sullivan, de la National Review, demande aux « groupes de pression » (Ndt : les groupes internes aux partis britanniques qui peuvent faire pression pour faire changer la direction prise d’un parti politique) d’agir dans chaque circonscription conservatrice et de débusquer les députés sortants qui ont trahi leur programme électoral sur la question centrale de notre temps. Ceci amènerait le parti conservateur à se mettre au pas immédiatement.

Il est maintenant évident que la base conservatrice a perdu confiance dans la direction du parti. C’est intenable. Le Comité de 1922 doit faire face à cette crise et mettre en branle le mécanisme du changement. La ruée des événements a soudainement rétabli la cote de Boris Johnson. Si les députés conservateurs le choisissent pour être notre prochain premier ministre, qu’il en soit ainsi. La souveraineté britannique doit être rétablie.

 

The Daily Telegraph ; traduit par Soverain

 

Ambrose Evans-Pritchard est rédacteur en chef des affaires internationales du Daily Telegraph. Il couvre la politique et l’économie mondiale depuis 30 ans, basé en Europe, aux Etats-Unis et en Amérique latine. Il a rejoint le Telegraph en 1991, en tant que correspondant à Washington et plus tard correspondant pour l’Europe à Bruxelles.

En collaboration avec Ambrose Evans-Pritchard, Soverain traduit régulièrement quelques uns de ses articles afin de les mettre à la disposition des Français désireux d’avoir un autre angle de vue sur l’actualité européenne.

Les articles originaux de cet auteur sont disponibles sur le site du Telegraph à l’adresse suivante : https://www.telegraph.co.uk/authors/ambrose-evans-pritchard/
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