L’UE et le Japon signent un accord commercial historique et réorganisent la carte économique mondiale

Article paru sur Strategic Culture, traduit par Soverain

Une nouvelle ère s’ouvre pour l’UE et le Japon, champions du libre-échange mondial et des accords multilatéraux. Un événement marquant qui changera le paysage économique mondial a eu lieu. L’UE et le Japon ont signé un accord de libre-échange conséquent lors du 25ème sommet UE-Japon, le 17 juillet, en réponse aux récents événements géopolitiques. Les parties ont envoyé ce qu’ils appellent un « message clair » contre le protectionnisme. L’Accord de partenariat économique (APE) donnera un puissant élan à la croissance économique de ses signataires et fixera également des normes à leurs autres partenaires commerciaux.

L’APE crée une grande zone de libre-échange sans aucun droit de douane, englobant près d’un tiers du PIB mondial et 600 millions de personnes. Maintenant que l’accord a été signé, il s’appliquera également au Royaume-Uni pendant la période de transition de deux ans de Brexit qui débutera en mars 2019.

Cet accord de « super-commerce » affectera 40% du commerce mondial (jusqu’à 70% dans les secteurs de haute technologie). Une baisse des prix est susceptible de stimuler les dépenses et d’encourager la croissance. L’Union européenne exporte chaque année plus de 100 milliards de dollars (75 milliards de livres sterling) en biens et services vers le Japon. Les exportations agricoles de l’UE pourraient augmenter jusqu’à 180%.

Les industries japonaises de l’informatique, de l’électronique et de l’automobile devraient toutes en bénéficier. Les prix des voitures japonaises diminueront en Europe, à mesure que les droits de douane à l’importation seront progressivement réduits à zéro. L’APE comprend des dispositions modernes qui s’appliquent à la propriété intellectuelle, à la protection du droit du travail, à une procédure de règlement des comptes et à un engagement envers l’Accord de Paris sur le climat – celui que les États-Unis ont rejeté.

La nouvelle de la signature de l’APE contraste fortement avec les guerres tarifaires lancées par Washington. Le 15 juillet, le président Trump a qualifié l’UE « d’adversaire » qui profiterait des États-Unis au niveau du commerce. Les États-Unis ont secoué les marchés internationaux en menaçant une guerre commerciale avec la Chine. Washington a imposé des droits de douane de 25 % sur 34 milliards de dollars de marchandises chinoises, et Pékin n’a pas tardé à riposter. Dorénavant, les représentants de l’UE et du Japon feront front commun contre les droits de douane américains sur l’acier et l’aluminium. De son côté, la Chine propose d’unir ses forces à celles de l’UE pour faire face à la politique commerciale américaine.

Les États-Unis étaient en pourparlers avec le Japon et d’autres pays de la zone Asie-Pacifique au sujet de l’Accord de partenariat transpacifique (APT) avant que le président Trump ne prenne la décision de se retirer unilatéralement. Washington a abandonné les pourparlers sur le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (PTCI) et insiste pour réécrire l’ALENA.

Dans le même temps, l’UE et le Japon continuent de discuter de l’accord de partenariat stratégique (APS), le jumeau politique de l’APE, qui sera bientôt finalisé. L’APS consolidera tous les domaines dans lesquels les parties sont liées politiquement par un accord contraignant afin de faciliter les efforts communs sur des questions d’intérêt mutuel comme la Corée du Nord.

Bruxelles et Singapour se sont engagés à promouvoir la ratification de leur accord de 2014 sur le commerce et l’investissement d’ici la fin de 2018. L’UE prévoit de lancer des négociations de libre-échange avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande, faisant de cette alliance la force motrice qui anime le processus global d’intégration.

L’Accord économique et commercial global entre l’UE et le Canada (AECG NDT: plus connu sous son nom anglais CETA) est entré en vigueur en septembre 2017. Les onze autres partenaires de l’Accord de partenariat transpacifique, dont l’Australie, le Mexique et le Vietnam, ont signé un accord, qui a été rebaptisé Accord de Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP), en mars, laissant les États-Unis de côté. L’accord s’applique à un marché de près de 500 millions de personnes. Les États-Unis pourraient être les grands perdants, renonçant à une augmentation de 0,5 % de leur PIB (d’une valeur de 131 milliards de dollars). Si ces onze pays adhèrent à l’accord UE-Japon, le monde changera radicalement.

Il existe d’autres exemples d’intégration régionale dans le monde. Malgré les sanctions occidentales, la Russie fait partie de ce processus. L’Union économique eurasiatique (UEEA), dirigée par la Russie, a conclu un accord de libre-échange avec le Vietnam et négocie actuellement des accords similaires avec plusieurs pays, dont l’Inde, l’Iran, l’Indonésie et Singapour. En mai, un autre événement marquant a eu lieu qui n’a pas été mis à l’abri des projecteurs des médias.

La Chine a signé un accord de libre-échange avec l’UEEA à Astana, Kazakhstan. Cela fait de l’UEEA et de la Chine une zone unie entre l’Europe et le Japon. Les marchandises peuvent être transportées du Japon à la Chine par voie maritime, puis par train à travers le Kazakhstan, la Russie et le Bélarus jusqu’aux frontières de l’UE. Les deux entités commerciales pourraient facilement s’entendre pour que cela se produise. Le passage du Nord-Est, en Russie, pourrait également devenir une route commerciale pour le transport de marchandises du Japon vers l’Europe et vice versa.

Un nouvel ordre mondial est en train d’émerger sans les Etats-Unis. La proéminence de Washington s’estompe au fur et à mesure que le processus d’intégration mondial gagne du terrain et l’Amérique se met en retrait. Les États-Unis ne peuvent tout simplement pas imaginer un monde qu’ils ne dominent pas. Ils ont commis une erreur fondamentale en adoptant une politique de « bras de fer » et en insistant pour que les autres dansent à son rythme. Aujourd’hui, d’autres acteurs façonnent la carte du monde économique et politique, tandis que les États-Unis perdent progressivement leur statut de leader mondial essentiel à tout processus d’intégration.

Peter Korzun





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