L’OTAN installe sa première base aérienne dans les Balkans occidentaux

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Les balkans occidentaux se révèlent être une zone stratégique pour les États-Unis.*

Article paru sur Strategic Culture, traduit par Soverain

L’OTAN estime que l’ouest des Balkans est une région d’importance stratégique. Le sommet qui s’est tenu les 11 et 12 juillet a spécifiquement exprimé son soutien aux aspirations euro-atlantiques des pays des Balkans. La Macédoine a été officiellement invitée à rejoindre l’alliance.

Pays composant les Balkans occidentaux*

À la veille du sommet, la Secrétaire générale adjointe de l’OTAN, Rose Gottemoeller, a souligné le fait que l’OTAN soutenait le processus de réforme au Kosovo, y compris la création de ses propres forces armées régulières. Cette idée bénéficie d’un soutien fort à Washington, bien qu’en établissant ses propres forces armées, le Kosovo serait en violation flagrante des accords internationaux existants. La résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies stipule explicitement qu’aucune autre présence militaire, à l’exception de la KFOR (NDT : Force pour le Kosovo, une armée multinationale mise en place par l’OTAN) et de l’armée serbe, ne sera autorisée sans le mandat du Conseil de sécurité des Nations unies. L’Accord de Florence (article IV des Accords de paix de Dayton de 1996) affirme que la stabilité régionale doit être maintenue avec l’aide de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et non de l’OTAN. La création d’une armée kosovare signifierait l’établissement d’une force régulière sur le territoire de la Serbie, qui est une des parties de l’accord de Florence.

L’OTAN a déjà permis au Kosovo de mettre sur pied une force de sécurité professionnelle, qui doit rejoindre le programme du Partenariat pour la paix (PPP), puis se transformer en une force armée régulière capable de répondre aux normes de l’OTAN. Cette idée est lancée à un moment où le concept de création d’une « Grande Albanie », qui comprendrait le Kosovo, des parties de la Macédoine comme Tetovo, la vallée de Presevo en Serbie et des parties du Monténégro comme Malesija, prend peu à peu forme.

Limites territoriales de la « Grande Albanie »*. Crédits : Libération

L’UE est également passée à l’offensive. La Croatie l’a rejoint en 2013. L’Albanie, la Macédoine, le Monténégro et la Serbie sont des pays candidats à l’adhésion à l’UE. La Bosnie-Herzégovine et le Kosovo sont signataires d’accords de stabilisation et d’association avec le bloc. En 2016, la Bosnie-Herzégovine a officiellement présenté une demande d’adhésion à l’UE.

Des efforts pour réduire la « dépendance » énergétique de la région à l’égard de la Russie sont en cours, en tant qu’élément d’une stratégie de mise à l’écart de Moscou. Le projet de gazoduc trans-adriatique est en phase de construction et s’étendra, à terme, de la mer Caspienne à l’Albanie et au nord, vers d’autres pays des Balkans occidentaux, ainsi que vers l’Italie. L’étape suivante est la construction d’un terminal flottant de gaz naturel liquéfié (GNL) à Krk, une île croate, faisant ainsi payer aux pays de la région beaucoup plus cher pour l’énergie américaine transportée par voie maritime que pour le gaz naturel russe fourni par gazoduc. Le projet à Krk doit inclure la Slovénie, la Hongrie, la Bosnie et la Serbie.

La déclaration conjointe OTAN-UE prévoit une coopération étroite entre les deux groupes, ce qui accroîtra l’influence occidentale dans la région. C’est ce à quoi la Russie s’oppose. Elle rejette la logique où cette région serait considérée comme un champ de bataille entre l’Occident et la Russie (qui lutterait pour y exercer son influence), forçant les nations de la région à prendre parti. La vérité, c’est qu’ils n’ont pas à le faire. Par exemple, la Serbie peut tirer des avantages significatifs en encourageant des relations complémentaires avec l’UE et l’EAEU (dirigée par la Russie).

Le rapport du groupe de réflexion américain Atlantic Council, intitulé « L’avenir des Balkans : une nouvelle stratégie américaine pour la région », publiée fin 2017, a attiré beaucoup d’attention. Il appelle l’Occident à redoubler d’efforts pour contrer l’influence de la Russie dans la région, y compris par le biais d’une présence militaire américaine permanente qui « ancrerait la capacité des États-Unis à influencer l’évolution de la situation ». Le camp Bondsteel au Kosovo, construit sur le sol serbe sans en consulter le gouvernement, ne semble pas suffisant. L’Heritage Foundation, groupe de réflexion conservateur américain se fait l’écho de ce point de vue, en offrant des lignes directrices visant à stimuler les efforts diplomatiques, économiques et militaires pour chasser la Russie de la zone tout en y faisant entrer les États-Unis. Enfin, les groupes de réflexion National Committee on American Foreign Policy et de East-West Institute ont publié en mai leur rapport commun intitulé « Il est temps d’intervenir dans les Balkans Occidentaux. »

Les recommandations de ces groupes de réflexion sont suivies de suggestions de la part des gouvernements. Voici l’exemple le plus récent. Le 4 août, le Premier ministre albanais Edi Rama annonçait que l’OTAN prévoyait de construire sa première base aérienne dans les Balkans occidentaux, près de la municipalité de Kucove, dans le centre-sud de l’Albanie. La construction doit commencer cette année. La nouvelle installation sera utilisée pour l’approvisionnement aérien, le soutien logistique, les patrouilles aériennes et la formation. La base sera également utilisée par les forces aériennes albanaises. La base de Bondsteel de l’armée américaine au Kosovo est utilisée par la KFOR, mais il lui manque une piste d’atterrissage pour les avions.

Le 2 août, le président du Kosovo, Hashim Thaci, déclarait dans un entretien aux services albanais de Voice of America : « La frontière du Kosovo avec la Serbie doit être redéfinie, voire corrigée. » Quoi qu’il ait voulu dire, aucune mention n’a été faite de la nécessité du consentement de la Serbie ou des procédures reconnues par les Nations Unies. M. Thaci se sent libre de faire de telles déclarations parce qu’il sent le soutien de l’Occident derrière lui.

En attendant, les tensions dans le nord du Kosovo augmentent suite au non-établissement, au Kosovo, de municipalités à majorité serbe ayant des pouvoirs autonomes limités, dont l’échéance était le 4 août. Le gouvernement de la province du Kosovo n’a pas tenu ses promesses. Une telle mesure est pourtant indispensable pour respecter les dispositions de l’accord de Bruxelles de 2013, conclu sous l’égide de l’UE, qui vise à normaliser les relations entre la Serbie et le Kosovo.

Les Serbes du Kosovo affirment qu’ils déclareront leur autonomie si les dirigeants du Kosovo ne parviennent pas à produire un projet de loi pour la Communauté des municipalités serbes (ZSO). Cet accord prévoit la fusion des quatre municipalités serbes du nord (Mitrovica Nord, Zvecan, Zubin Potok et Leposavic), lesquelles relèvent du droit kosovar. Ce district urbain aurait des pouvoirs sur le développement économique, l’éducation, la santé et l’urbanisme.

Le 4 août, le Premier ministre du Kosovo, Ramush Haradinaj, a averti les Serbes du nord de la province que leur « tentative potentielle de proclamer l’autonomie » recevrait une réponse, ce qui signifie évidemment le recours à la force. Le président serbe Aleksandar Vucic s’est engagé à protéger ses compatriotes résidant au Kosovo. La KFOR est dans un état de disponibilité au combat, parce que l’OTAN n’a pas réussi à prévenir un conflit entre le Kosovo et la Serbie.

La KFOR est entrée au Kosovo en 1999. Le gouvernement albanais de la province serbe dépend entièrement de l’Occident. Comme l’illustrent de manière convaincante les événements récents, après toutes ces années, rien n’a été fait pour résoudre les problèmes de la minorité serbe ou même pour se rapprocher d’une solution. Les divisions ethniques en Macédoine et au Monténégro demeurent. La Bosnie-Herzégovine est encore un pays divisé au bord d’un conflit armé. Les Balkans occidentaux ne sont pas devenus un deuxième Hong Kong ou Singapour, même après l’adhésion de certains pays de la région à l’UE. Ni les divisions ethniques ni les divisions religieuses n’ont été traitées avec succès après l’adhésion de plusieurs pays des Balkans à l’OTAN. S’il y a une menace extérieure pour la sécurité, elle vient bien de l’Alliance de l’Atlantique Nord, qui a prouvé qu’elle était prête à utiliser la force pour atteindre ses objectifs dans la région. Une base aérienne de l’OTAN en Albanie ne rendra pas la vie des gens ordinaires vivant dans les Balkans occidentaux meilleure ou plus sûre, mais elle rapprochera certainement le concept de « Grande Albanie » de la réalité.

Peter Korzun


*Note de Soverain : les images et les légendes sont ajoutées à titre informatif et n’apparaissaient pas dans l’article d’origine.

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