L’Initiative européenne d’intervention : une nouvelle force militaire voit le jour en Europe

Article de Alex Gorka traduit par Soverain

Les prédictions se sont réalisées sur l’émergence d’un nouveau groupe de défense qui changera le paysage de la défense européenne. Le 25 juin, les responsables de la défense de neuf pays de l’UE ont signé la création d’une nouvelle force appelée Initiative européenne d’intervention (IEI), qui est dirigée par le président français Emmanuel Macron. La nouvelle organisation disposera d’un budget commun et d’une doctrine établissant ses lignes de conduite pour l’action et la planification conjointe en cas d’imprévus dans lesquels l’OTAN ne sera peut-être pas impliquée. Le groupe comprend le Royaume-Uni, l’Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas, la Belgique, l’Estonie, l’Espagne et le Portugal. L’Italie pourrait adhérer bientôt. L’initiative n’est pas liée à la défense européenne commune de l’UE, qui inclut l’accord PESCO ainsi que l’OTAN. La Grande-Bretagne s’est toujours opposée à l’idée de créer une alliance européenne de défense, craignant qu’elle ne mine l’unité transatlantique. Aujourd’hui, elle a fait volte-face, à mesure que les dissensions avec les États-Unis se multiplient.

La nouvelle force devrait être beaucoup plus efficace que tout ce que l’UE a à offrir, avec un processus décisionnel rationalisé qui permettra une meilleure réactivité. Son nombre relativement faible de membres lui donnera plus de flexibilité par rapport à l’UE ou à l’OTAN. Par exemple, les quatre groupements tactiques militaires multinationaux de l’UE qui ont été créés en 2007 n’ont jamais été déployés.

Sa mission principale est d’offrir une réponse rapide aux crises qui pourraient menacer la sécurité européenne. Les opérations doivent être menées indépendamment du contrôle américain. Le Royaume-Uni restera membre de cette entité européenne de défense même après son départ de l’UE l’année prochaine. Le Danemark, qui conserve un statut spécial d’opt-out et n’a pas adhéré à PESCO, est signataire de l’IEI. Il s’agit d’une étape sur la voie de la création d’une véritable force armée européenne pour unir les participants non européens avec ceux qui gardent leurs distances par rapport à la dissuasion européenne dirigée par Bruxelles. Si le processus gagne du terrain, la Norvège, membre de l’OTAN qui n’est pas membre de l’UE, plus la Suède et la Finlande, qui sont membres de l’UE en dehors de l’OTAN, peuvent également envisager d’adhérer à l’IEI. La Suède et la Finlande sont déjà membres du Corps expéditionnaire commun du Royaume-Uni.

Cela affaiblira-t-il l’OTAN ? Dans une certaine mesure oui. Tout groupe de défense en dehors de l’alliance qui agit indépendamment l’affaiblit. En même temps, cela donne à l’OTAN l’occasion de se concentrer sur le théâtre d’opérations européen sans être distrait par d’autres points chauds. C’est les deux faces d’une même pièce. L’Afghanistan est un exemple de solidarité de l’OTAN, mais c’est aussi un exemple de la façon dont une crise qui se déroule en dehors de la zone de responsabilité principale de l’Alliance a affaibli la position de l’OTAN en Europe.

Les Européens ont participé aux opérations en Afghanistan et en Irak, conflits dans lesquels ils n’ont aucun intérêt, afin de satisfaire les Etats-Unis. La véritable menace pour l’Europe vient du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA). La création prévue de centres d’accueil des migrants en Afrique peut nécessiter une intervention militaire. Washington considère la crise des migrants en Europe comme un problème de grande envergure qui n’a pas d’impact direct sur ses propres intérêts en matière de sécurité nationale. L’OTAN oblige les Européens à se concentrer davantage sur la soi-disant menace russe que personne ne prend au sérieux, bien que la défense de ses propres frontières soit une question urgente.

L’Europe ne pourra jamais être véritablement indépendante si elle n’a pas la capacité d’assurer seule une défense efficace. Par exemple, l’UE a besoin d’une force frontalière commune pour prévenir l’immigration clandestine, qui est manifestement une menace réelle. Les intérêts du nouveau groupe et de la Russie ne sont pas en conflit. Loin de là. Si le gouvernement syrien soutenu par la Russie l’emporte finalement, le flux de réfugiés vers l’Europe diminuera considérablement. Certains migrants peuvent retourner dans leur pays d’origine. La Russie a un rôle important à jouer en Libye, autre origine de réfugiés. Ces intérêts coïncident, alors qu’à l’inverse, les Etats-Unis sont plus intéressés par la lutte contre l’Iran, ce qui exacerbera les tensions et incitera un plus grand nombre de personnes à s’installer en Europe pour échapper à la guerre. Si une opération internationale en Libye est approuvée par le Conseil de sécurité de l’ONU, l’IEI et la Russie peuvent agir ensemble, unis par un intérêt commun.

L’UE n’étant toujours pas en mesure de mener à bien ses projets, le projet mené par le président Macron a de très bonnes chances de créer un groupe européen qui deviendrait un acteur mondial indépendant. L’OTAN et l’UE sont déchirées par des conflits internes alors que l’IEI ne l’est pas. Ce groupe sera en mesure de faire face à des menaces réelles, et non imaginaires.

Il y a quelque chose de pourri sur la situation du Danemark, car les initiatives de défense de l’OTAN et de l’UE ne répondent pas aux intérêts de la défense européenne, forçant ces pays à chercher d’autres alternatives, comme l’IEI. La menace du croque-mitaine russe n’a pas réussi à faire oublier ces divergences. La quête continue. Quoi qu’il en soit pour l’alliance naissante, c’est très mauvais pour l’OTAN, car cette nouvelle arrive quelques semaines avant le sommet qui pourrait briser l’alliance et enterrer le concept tant vanté de « l’unité occidentale ».

Article de Alex Gorka traduit par Soverain

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