Les ajustements monétaires ne sortiront pas l’Europe du piège qu’est la croissance lente

Lorsque la Banque centrale européenne a annoncé la fin de l’assouplissement quantitatif en décembre, elle a envoyé un message très clair aux marchés et aux gouvernements : la fin des politiques monétaires expansionnistes approche, alors préparez-vous à ce qui va suivre.

C’est ce qui ressort clairement du communiqué de presse publié par la BCE à l’époque, laissant entendre que les taux d’intérêt pourraient commencer à augmenter dès septembre 2019.

Toutefois, plus récemment, le Conseil des gouverneurs de la BCE semble avoir fait marche arrière concernant son plan de resserrement de la politique monétaire. Compte tenu de la détérioration des perspectives économiques, les autorités monétaires de la zone euro ont clairement indiqué qu’elles maintiendraient les taux d’intérêt à leur niveau actuel au moins jusqu’à la fin de cette année. En outre, une nouvelle série d’opérations de refinancement à long terme débutant en septembre sera mise en œuvre afin de redynamiser le crédit bancaire.

Y a-t-il de bonnes raisons de repousser le retour à la normale de la politique monétaire ? Peut-être. Plusieurs organismes ont récemment mis en garde contre la possibilité d’un ralentissement économique dans la zone euro. En fait, la BCE elle-même a réduit ses prévisions de croissance pour cette année de 1,7 à 1,1 %. De même, la Commission européenne estime que l’Allemagne, la soi-disant locomotive de l’Europe, ne connaîtra qu’une croissance de 1,1 %, soit 40 % de moins que son estimation précédente.

L’indicateur de sentiment économique (ESI), qui mesure la confiance des consommateurs et des entreprises dans l’économie, est en baisse depuis 2017 et la croissance des investissements devrait ralentir en 2019.

Qu’est-ce qui entrave donc la croissance économique dans la zone euro ?

Le Brexit est l’une des raisons. Il ne fait aucun doute que le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne aura un impact négatif sur la performance de l’économie de la zone euro, surtout si les Brexiteers gagnent la bataille et obtiennent une sortie sans accord. Cela signifierait de nouvelles barrières tarifaires et non tarifaires des deux côtés de la Manche, ce qui affecterait les exportateurs. Cet impact serait sans aucun doute plus important pour le Royaume-Uni, dont le principal partenaire commercial est l’UE.

L’incertitude économique pourrait également influencer la faible croissance de l’Europe. Le lien de cause à effet entre les climats d’affaires très incertains et les récessions est particulièrement documenté par les économistes. Au lendemain des crises politique, économique et financière, les entreprises ont tendance à différer les nouveaux investissements en attendant de nouvelles informations sur la direction que prend l’économie, ce qui a un impact négatif sur la demande globale.

Dans le cas de la zone euro, l’indice ESI suggère que des épisodes tels que la guerre commerciale entre les États-Unis et l’UE, les manifestations antigouvernementales en France et la saga du Brexit ont accru l’incertitude économique, avec des répercussions sur la croissance.

Il convient de noter qu’en dépit des défis auxquels les économies de la zone euro sont actuellement confrontées, la situation actuelle est beaucoup plus solide qu’il y a quelques années. Le taux de chômage se situe à des niveaux presque historiquement bas. De plus, les pays qui ont déclenché la crise de la dette en 2009 sont maintenant en bien meilleure forme. L’Irlande a connu une croissance économique spectaculaire ces dernières années, tandis que le Portugal et l’Espagne ont considérablement réduit leurs taux de chômage. Même la Grèce, dont le PIB a chuté de 26 % entre 2009 et 2016, a réussi à équilibrer son budget et connaît actuellement une bonne croissance. L’exception à cette amélioration générale est l’Italie, qui semble être à la traîne.

Quoi qu’il en soit, la complaisance n’est pas une option. La zone euro connaît encore un certain nombre de problèmes structurels qui devront être résolus dans les années à venir. L’Espagne et la France ont à peine profité du vent arrière résultant de la faiblesse des prix du pétrole et des taux d’intérêt pour entreprendre les réformes structurelles qui leur permettraient de mieux faire face aux chocs à venir. En outre, le populisme gagne du terrain, l’Italie – la troisième économie de la zone euro – étant désormais dirigée par une coalition de populistes de droite et de gauche.

La BCE pourrait avoir de bonnes raisons de retarder le resserrement monétaire au moins jusqu’en 2020. Mais ne vous y trompez pas : la croissance économique à long terme ne dépend pas de la politique monétaire, mais des gains de productivité. Les pays de la zone euro n’auront donc pas d’autre choix que de mener des réformes visant à stimuler l’offre et la croissance s’ils souhaitent poursuivre leur croissance au cours de la prochaine décennie.

Luis Pablo de la Horra

Source: CAPX, traduit par XCN





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