Laissez les deux Corées régler leurs problèmes eux-mêmes

Article d’Eric S. Margolis, traduit par Soverain

C’est le printemps en Corée. La paix et l’amour ont éclos dans toute la péninsule montagneuse et les dirigeants des deux nations rivales cherchent à mettre fin à près de sept décennies d’hostilité.

On ne peut sous-estimer le désir ardent que ressentent la plupart des Coréens des deux côtés de la zone démilitarisée (DMZ) pour une certaine forme de réunification – ou du moins de rattachement – des deux nations. Étonnamment, la guerre de Corée de 1950-1953 n’a jamais été achevée par un traité de paix, de sorte que la Corée du Nord et la Corée du Sud sont en état de guerre malgré les tentatives passées d’y mettre fin. Durant cette guerre, 33 686 Américains sont morts et 128 600 ont été blessés, et les deux Corées ont déploré plus de 2 millions de morts. Les pertes chinoises ont été lourdes.

La DMZ est probablement la frontière la plus fortement militarisée au monde, avec des centaines de milliers de troupes musclées et des milliers de chars et de canons qui se font face les uns aux autres. J’ai vu peu de sites militaires plus impressionnants. Seule la frontière entre le Pakistan et l’Inde au Cachemire offre un spectacle martial et des menaces similaires.

Bravo aux dirigeants de la Corée du Nord et de la Corée du Sud pour avoir désamorcé les tensions entre eux. Tous deux méritent le prix Nobel de la paix. Kim Jong-un et Moon Jai-in ont fait un grand bond en avant en essayant de mettre fin à la guerre de Corée. La plupart des Coréens – à l’exception de l’extrême droite chrétienne et anticommuniste de Corée du Sud – sont ravis.

En tant qu’observateur et ami de très longue date de la Corée, je suis moi aussi ravi par le sommet amical Moon-Kim et je leur souhaite bonne chance. Mais je m’inquiète aussi du rôle de Washington.
Le président Donald Trump a assurément brisé la glace avec la Corée du Nord et a joué un rôle clé dans l’amorce des pourparlers de paix. Félicitations à lui.

Mais je crains également que la question dite de la dénucléarisation ne ruine les efforts visant à mettre fin à la guerre de Corée. Washington exige que la Corée du Nord rende des comptes et démantèle ensuite ses armes nucléaires sous la supervision des États-Unis. C’est la position clé des Américains.

Curieusement, tout en formulant ces exigences, les États-Unis poursuivent un nouveau programme de têtes nucléaires « plus petites », le B61-Model 12, conçu comme un pénétrateur de terre profonde et destiné à être utilisé contre des cibles tactiques. Ce programme de mille milliards de dollars est conçu pour la guerre et non pour la dissuasion. Ses détracteurs préviennent qu’il rendra une guerre nucléaire beaucoup plus probable.

La Corée du Nord, qui possède un petit nombre de missiles de longue portée à pointe nucléaire d’une fiabilité indéterminée, affirme sa volonté de « dénucléarisation » afin de satisfaire les exigences de Washington. Mais pourquoi ? La Corée du Nord exige la « réciprocité » de la part des États-Unis. Or à ce jour, rien n’indique que les États-Unis aient accepté de fermer leurs bases aériennes en Corée du Sud ou au Japon, de retirer leurs armes nucléaires de l’Asie du Nord ou de retirer tout ou partie de leurs 28 500 soldats en Corée du Sud.

L’administration Trump s’est convaincue qu’un accord à sens unique avec la Corée du Nord était possible. Ses partisans de la ligne dure, John Bolton et Mike Pompeo, sont considérés comme hostiles à toute concession américaine. Ils veulent que la Corée du Nord se rende sans condition, sans négocier. Tous deux sont des néoconservateurs craignant que les bombes nucléaires nord-coréennes ne se dirigent vers les ennemis d’Israël au Moyen-Orient. C’est précisément pour cette raison que les néoconservateurs ont saboté un accord entre Washington et Pyongyang sous le président Bill Clinton.

Les Nord-Coréens ont mangé de l’herbe depuis une génération pour acquérir des armes nucléaires. Les abandonneraient-ils juste pour une tape sur le dos de Washington ? La Chine pousserait-elle Pyongyang dans cette direction ? J’en doute fort. Le monde ne parle à Kim Jong-un que parce qu’il possède et peut livrer des armes nucléaires.
Bien des Sud-Coréens sont même fiers de Kim pour avoir fait reculer la puissance américaine.

Le président sud-coréen, Moon, a fait un travail courageux avec sa nouvelle « politique du rayon de soleil ». C’est un homme courageux et intelligent et un changement bienvenu par rapport aux anciens dirigeants de droite sud-coréens qui étaient totalement sous la coupe des États-Unis. Les Coréens parviendront beaucoup mieux à régler leurs nombreuses divergences s’ils sont autorisés à régler leurs problèmes sans ingérence lourde de la part d’étrangers, qu’ils soient américains ou chinois.

Un bon moyen de commencer serait que les États-Unis mettent fin à leur guerre économique punitive contre la Corée du Nord et cessent définitivement leurs exercices militaires provocateurs chaque automne.

Deux grandes puissances, les États-Unis et le Japon, n’ont pas hâte de voir la Corée réunifiée en une puissance de 80 millions de travailleurs. Ils continueront à remuer le pot coréen.

Eric S. Margolis

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