La Pologne souhaite que la France partage ses armes nucléaires et son siège au Conseil de sécurité de l’ONU

Note de Soverain : Même si cette proposition venant de la Pologne suggérant que la France partage son arme nucléaire et son siège au conseil de sécurité peut prêter à sourire, il est à noter que l’Allemagne est déjà en concertation avancée avec la France pour obtenir ce précieux sésame, ce que l’auteur du présent article a omis de préciser.


Article de Frederico Pieraccini pour Strategic-Culture, traduit par Soverain

Selon le ministre polonais des Affaires étrangères, Jacek Czaputowicz, la dissuasion nucléaire est le seul moyen pour les pays européens de démontrer leur souveraineté. Czaputowicz a proposé que la France partage ses armes nucléaires avec le reste de l’UE et lui cède sa place au Conseil de sécurité de l’ONU.

La Pologne et l’Ukraine ne cessent de provoquer les rires des observateurs internationaux. Après l’idée folle de ressusciter l’arsenal nucléaire ukrainien, c’est maintenant au tour de la Pologne d’envoyer des ondes de choc en Europe. Le ministre polonais des Affaires étrangères Czaputowicz a proposé que la France partage son arsenal nucléaire et cède son siège au Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU) à l’Union européenne. Il convient de noter que cette suggestion n’a même pas fait l’objet d’un commentaire officiel de la part de Paris, ce qui montre qu’il y avait peu de chances que l’idée polonaise soit prise au sérieux. Varsovie continue de s’opposer aux politiques intérieures de l’UE en matière d’immigration et d’austérité, tandis que dans le domaine de la politique étrangère, elle est d’accord avec des pays comme l’Ukraine et les États-Unis, en particulier la faction des néoconservateurs opposée à la Russie. S’il y a une particularité dans les propositions politiques qui viennent de Pologne, c’est une russophobie aiguë. L’idée d’accueillir une base américaine sur le territoire polonais et d’en assumer les coûts est une autre idée polonaise. Les Américains envisagent sérieusement de donner suite à cette offre.

Les Polonais et les Ukrainiens seraient prêts à se sacrifier au nom de leurs alliés pour avoir le privilège de pouvoir frapper l’ours. Heureusement pour eux, Paris, Londres et Berlin n’ont ni les capacités militaires ni l’intention suicidaire de défier Moscou avec des bases militaires permanentes à sa frontière. Ils ne souhaitent pas non plus partager leurs armes nucléaires avec d’autres pays de l’UE, ni s’engager dans des idées aussi farfelues qui menacent l’humanité comme le système américain Aegis Ashore ou le retrait prévu des États-Unis du traité sur les Forces Nucléaires à Portée Intermédiaire.

La proposition d’accorder à l’Union européenne le siège du Conseil de sécurité de l’ONU n’est pas une idée si farfelue si l’on considère l’évolution politique des 70 dernières années. Il est certain que le Conseil de sécurité ne représente plus l’équilibre des pouvoirs des années 1950. Le Conseil de Sécurité des Nations Unies (CSNU) est exactement comme une force de dissuasion nucléaire : une fois que vous l’avez, il devient pratiquement impossible d’y renoncer volontairement. Elle reflète un principe directeur des grandes puissances, selon lequel aucune concession ne doit être faite aux concurrents, alliés ou ennemis, en particulier sur des questions fondamentales et stratégiquement importantes à court, moyen et long termes.

Dans le contexte multipolaire actuel, un Conseil de sécurité sans le Royaume-Uni et la France aurait certainement plus de sens, surtout si l’UE, l’Inde et un représentant de l’Amérique du Sud se voyaient accorder des sièges à leur place, reflétant ainsi mieux la répartition du pouvoir dans le monde actuel. Il est clair que les motivations qui ont poussé Czaputowicz à faire cette demande à Paris n’ont rien à voir avec un effort de rééquilibrage des forces mondiales au sein du CSNU. Il semble plutôt qu’il s’agisse du énième exemple d’un pays d’Europe de l’Est fortement russophobe qui va à l’encontre des politiques de Bruxelles et s’oppose activement à Berlin et à Paris, pour finalement créer de nouvelles subdivisions au sein de l’UE.

La désintégration de l’Union européenne s’opère sur deux fronts : les affaires intérieures et la politique étrangère. Sur le plan intérieur, les politiques d’austérité qui découlent d’un manque de souveraineté économique, financière et monétaire continuent d’isoler Berlin et Paris des capitales européennes restantes, le groupe dit de Visegrád (République tchèque, Pologne, Hongrie et Slovaquie) menant le soulèvement. Sur le plan de la politique étrangère, la situation semble encore plus compliquée, avec des pays amis de Moscou, comme l’Italie et la Hongrie, qui tentent d’endiguer la russophobie ouverte de la Pologne, des pays baltes et même des Ukrainiens et Géorgiens non européens qui attisent les provocations.

Il ne faut pas oublier qu’il y a deux facteurs qui peuvent jouer en faveur de ceux qui poussent à la désintégration de l’UE. L’un est le sabotage du projet NS2 (North Stream 2), qui pourrait constituer une ligne rouge pour Berlin, étant donné qu’il aurait d’énormes répercussions financières et stratégiques sur l’approvisionnement énergétique. Il est probable que l’Allemagne utiliserait toutes les armes diplomatiques et économiques à sa disposition pour nuire aux pays qui tentent de saboter les plans de création de NS2.

Ce n’est pas un hasard si Czaputowicz, lorsqu’il a cité le projet NS2 comme exemple de confrontation entre la Pologne et l’Allemagne, a rapidement clarifié la situation en disant que Berlin et Varsovie voyaient tous deux en Moscou un rival politique à garder sous contrôle.

L’autre exemple (heureusement le plus lointain et le moins susceptible de saboter le NS2) concerne les battements de tambour de guerre en Ukraine, battus par des villes comme Londres et Varsovie. Ces pays n’hésiteraient pas à user d’une autre provocation contre le Donbass pour demander d’autres sanctions contre Moscou et ses entreprises, et peut-être même contre des entreprises européennes qui pourraient continuer à commercer et à coopérer avec la Fédération de Russie. De cette manière, les politiciens britanniques et polonais, d’une part, creuseraient davantage le fossé entre les pays de l’UE et la Russie. Mais d’un autre côté, ils risqueraient de briser le front uni qui sanctionne la Russie, en forçant les pays à rompre les rangs en raison des coûts économiques qu’ils supportent en participant à de telles sanctions.

La proposition de Czaputowicz pour le siège français à l’ONU, et en particulier pour le partage de la dissuasion nucléaire de la France, souligne les niveaux de folie atteints par des pays comme le Royaume-Uni, la Pologne, l’Ukraine et les Etats baltes, qui continuent à travailler avec acharnement sur une menace russe pourtant inexistante.

Article de Frederico Pieraccini pour Strategic-Culture, traduit par Soverain


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1 Commentaire

  1. La Pologne est en réalité le 2me porte-avion des intérêts américains sur le continent européen, et ce depuis la fin de la Guerre froide (par haine primaire et viscéral qu’elle porte à la Russie (ce qui est historiquement compréhensible)). Ce que Brzezinski et Jean Paul II ont commencé, Kaczynski termine. Le Groupe de Visegrad n’est en réalité qu’une illusion (écoutez des gens comme Romain Bessonnet par exemple sur cette question). Ce sont ses élites (dont le PIS) qui ont fait sauter la livraison des Mistral par la France à la Russie (avec l’aide de leur meilleur allié que sont les Etats-Unis). Et là, ils réclament l’arme nucléaire et le siège permanent du CSNU? Que les Polonais détestent les Russes je peux le comprendre, mais là c’est au-delà du crime. Pour la Pologne, la fin de la Guerre froide ne marque pas une « libération », mais plutôt le début d’un passage de témoin: càd on passe d’une souveraineté limitée à une autre. Que la Pologne ait des intérêts en Ukraine c’est d’un point de vue historique parfaitement compréhensible, mais ses ambitions géopolitiques au jour d’aujourd’hui sont extrêmement dangereuses. Si les dirigeants polonais actuels veulent une confrontation directe avec la Russie, qu’ils hésitent pas surtout. De toute façon, ils perdront si une guerre éclate.

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