La mouvance populiste rencontre la technocratie bruxelloise

Article de Tom Luongo pour le site Strategic Culture, traduit par Soverain

Les choses bougent rapidement en Italie. A la minute où vous essayez d’écrire sur ce qui se passe, il devient obsolète avec le prochain gros titre. Donc, pour cet article, je veux prendre du recul et regarder le tableau dans son intégralité.

Parce qu’une fois que vous verrez les choses de cette façon, vous ne verrez plus jamais l’Union européenne de la même façon.

L’UE est plus que désespérée. Ils savent qu’ils ne peuvent pas laisser l’Italie quitter l’euro. Les mesures visant à empêcher le Mouvement des cinq étoiles (M5S) et la Ligue de former un gouvernement étaient aussi maladroites et vouées à l’échec que le sont les négociations du Brexit.

Et la raison est que vous ne pouvez pas gouverner sans le consentement du peuple. La présidence de l’UE travaille dur pour démoraliser les Britanniques face à l’inéluctable trahison du Brexit. George Soros est en train de payer activement une campagne pour la tenue d’un deuxième référendum.

Ils n’aimeront probablement pas ce résultat, s’il se produit, comme ils n’ont pas aimé le premier.

En Italie, ils utiliseront une stratégie similaire à celle qu’ils ont utilisée pour démoraliser la Grèce dans leurs pourparlers sur la dette en 2015, maintenant que les deux partis populistes ont été autorisés à former un gouvernement.

Mais il suffit de jeter un coup d’œil dans la péninsule ibérique pour voir ce qu’un gouvernement- cartel approuvé par l’UE entraîne au fil du temps. D’abord, des mouvements de sécession et de répression violente, puis un renversement politique.

La carrière politique du premier ministre espagnol Mariano Rajoy est maintenant terminée. Et la raison en est la répression brutale de l’indépendance catalane l’année dernière, alors qu’il était à la tête d’un gouvernement de type Vichy. Rajoy n’avait aucun mandat populaire pour gouverner. Il a simplement fait taire le mouvement indépendantiste catalan avec une violence démesurée.

Cet incident, ainsi que le consentement silencieux de l’UE, ont mis l’Espagne sur la voie qu’elle suit aujourd’hui, rejetant totalement les exigences de Bruxelles/Berlin en matière d’austérité du secteur public et de remboursement intégral de la dette.

Mais l’Espagne ne veut pas être gouvernée par Bruxelles, pas plus que la Catalogne ne veut être gouvernée par Madrid, surtout si Madrid est dirigée par quelqu’un dont les premières allégeances sont envers Bruxelles.

Prochain arrêt, Italeave

Avec le M5S et la Ligue forçant le président Mattarella à accepter la réalité, le leader de la Ligue Matteo Salvini prouve qu’il sait jouer la politique populiste jusqu’au bout.

Ces deux partis eurosceptiques ne peuvent pas être divisés au premier signe de rejet de la part des élites dont chaque jour de plus en plus d’Italiens se méfient. La Ligue a doublé son soutien en moins de cinq mois. Il commande maintenant un bloc d’électeurs aussi grand que M5S. Et cela leur donne un mandat encore plus fort pour faire face à la corruption à Rome.

Maintenant que Mattarella a plié, la phase suivante de l’attaque de Bruxelles contre l’Italie a commencé.

Le président européen Jean-Claude Juncker a commencé son récit, flemmard, digne du Club Med avant que le nouveau Premier ministre Guiseppi Conte ne soit assermenté. C’est une étape importante de gaslighting [NDLT : Attaque mentale] pour aider l’Allemagne à tenir la ligne sur l’austérité ruineuse imposée à l’Italie depuis 2011, qui n’a rien fait pour aider le pays et n’a fait que le creuser encore plus alors qu’elle porte le poids de la politique d’immigration désastreuse de la chancelière allemande Angela Merkel.

Juncker a dit :

« Mais je ne peux plus accepter que tout ce qui ne va pas dans le sud de l’Italie s’explique par le fait que l’UE, la Commission européenne n’en fasse pas assez », a-t-il déclaré lors d’une séance de questions-réponses à Bruxelles.

« Les Italiens doivent s’occuper des régions pauvres de l’Italie. Cela signifie plus de travail, moins de corruption, du sérieux.

« Nous les aiderons comme nous l’avons toujours fait. Mais ne jouez pas à ce jeu d’endosser la responsabilité à l’UE. Un pays est un pays, une nation est une nation. Les pays d’abord, l’Europe ensuite. »

Ces mots venant du même homme qui a dit : « Il ne peut y avoir d’opposition démocratique aux traités européens ». Le pays d’abord ? Je pense que Juncker en peut-être eu un verre de trop avant de passer devant ce microphone.

Non. Ce qu’il va se passer ensuite, c’est que Bruxelles va commencer à bloquer la restructuration de la dette et les règles budgétaires. Elle tentera de donner l’impression qu’elle négocie alors que rien de tel ne se produira.

Il y aura l’inévitable « honte de la dette » ainsi qu’un dénigrement culturel total. Le nouveau gouvernement doit être à l’abri de ces tactiques s’il veut survivre et mettre en œuvre son programme et laisser mijoter Bruxelles.

L’Italie sera, à terme, obligée de faire ce qu’elle a besoin de faire, d’amorcer le marché avec une nouvelle monnaie nationale, selon le plan de la coalition pour un Mini-BOT et d’expliquer clairement aux électeurs italiens que le seul moyen de reprendre le contrôle de l’Italie est de menacer de brûler toute la zone euro en la quittant.

Il y aura des contestations judiciaires. Des déclarations sulfureuses de gens comme Juncker, des politiciens allemands de tous bords, le président du Conseil européen Donald Tusk et le reste. Le FMI versera du sel sur les blessures et la presse européenne peindra les Italiens comme des paresseux sans scrupules mordant la main qui les a nourris ces sept dernières années.

Il y aura des mini-paniques et des vraies. Rien de tout cela n’a d’importance. Quand vous devez des milliards à la banque, ce n’est pas votre problème.

C’est celui de la banque.

Les difficiles concessions

Pour Salvini et Di Maio, leader de M5S, leur travail est de refléter ces tactiques et de les amplifier. La seule raison pour laquelle l’UE a maintenu l’Italie en vie n’est pas pour le bien de l’Italie, mais pour le sien. L’Italie aurait pu partir en 2011 ou la dette aurait pu être réduite, mais non l’intégrité de l’UE était prioritaire et Bruxelles a orchestré un renversement du gouvernement de Berlusconi pour donner un coup de pied dans le bidon jusqu’à aujourd’hui.

Ils doivent rappeler à tout le monde ce qui est arrivé à la Grèce, qui, trois ans plus tard, a encore besoin d’une restructuration de la dette, car avec un euro surévalué, la Grèce ne sera jamais compétitive sur le marché mondial.

Prolongez et faites semblant. Vaporisez et priez.

Salvini, qui sera le nouveau ministre de l’Intérieur de l’Italie, est le bon gars pour appeler les dirigeants bruxellois les autocrates maléfiques qu’ils sont. Il est maintenant bien placé pour renverser les règles de l’UE en matière d’immigration et leur enfoncer dans les yeux.

A plusieurs reprises.

La réponse sera un plus grand autoritarisme de la part de Bruxelles. Attendez-vous à plus de panique sur le marché, car la dette italienne ne trouvera pas preneur lorsque la BCE cessera d’acheter pendant quelques jours, comme la semaine dernière. Il s’agit de tactiques intimidantes et de menaces de poursuites judiciaires et autres.

Mais, cela rend tout simplement son travail et celui de Conte beaucoup plus facile de vendre une Italie indépendante et souveraine aux électeurs. Et, de plus, n’oubliez jamais qui est le premier perdant si la dette italienne échoue ?

Pas l’Italie. Ils peuvent en être libérés par la lire sur l’euro.

Le grand perdant est la BCE et l’UE car ils devront faire face aux lourdes pertes d’avoir acheté toutes ces ordures en pensant qu’ils pourraient s’en servir comme futur levier pour faire honte aux Italiens.

De l’autre côté, le président Trump presse Merkel, Juncker et al. sur les tarifs douaniers. Et si cela peut donner le résultat positif de pousser l’UE vers la Russie et la Chine tout en affaiblissant l’OTAN, cela renforce aussi la puissance des pays de Visegrad, puisqu’ils ne font pas partie de la zone euro.

La Pologne, la Hongrie et les autres pays bénéficieront tous des tarifs de Trump sur l’acier et l’aluminium, car les investissements s’y déverseront et affaibliront davantage les contestations juridiques de Merkel sur certains dossiers comme le mur frontalier de la Hongrie et ses lois anti-ONG et les modifications apportées par la Pologne à son système judiciaire.

Juncker évoque le beau-jeu sur le « pays d’abord », mais seulement lorsque cela va dans le sens des ambitions de l’UE.

Même si Juncker et.al. sont capables de briser à nouveau les Italiens et de les maintenir attachés à l’euro, ce sera une victoire à la Pyrrhus. Parce qu’il n’est pas possible pour l’Allemagne de continuer à soutenir l’ensemble de l’UE sans une réévaluation et une restructuration significative de l’ensemble du projet.

Et quand ils auront fini d’abuser de tout le monde pour gagner leur journée, plus personne ne voudra être gouverné par eux. Ils sauveront l’UE en forçant tout le monde à s’y noyer. D’autre part, Salvini et les Italiens feront à Bruxelles une offre quelle ne devrait pas refuser :

Allons-y, acceptez la responsabilité de toute l’Europe sur un même pied d’égalité ou nous faisons tout sauter.

 

Article de Tom Luongo pour le site Strategic Culture, traduit par Soverain
Tom Luongo est un homme politique indépendant et un économiste basé en Floride du Nord, USA

Source : https://www.strategic-culture.org/news/2018/06/04/populist-rock-meets-eu-hard-place.html

 

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