La Macédoine lève un obstacle sur son chemin vers l’OTAN, mais toute décision a des inconvénients à prendre en considération

Article de Alex Gorka de Strategic-Culture, traduit par Soverain

Après presque 27 ans de conflit, la Grèce et la Macédoine ont signé le 12 juin un accord historique pour rebaptiser cette dernière la République de Macédoine du Nord. Cela ouvre la voie à l’adhésion de Skopje à l’OTAN et à l’UE. L’accord doit encore être ratifié par les parlements des deux pays et être approuvé par référendum en Macédoine. Le processus ne se déroule pas sans heurts. Le président du pays a refusé de signer l’accord, il doit donc faire face à un autre vote au parlement. De surcroît, la police n’a pas encore étouffé les manifestations de rue.

En fait, l’Alliance de l’Atlantique Nord était prête à lancer les procédures d’adhésion lors de son sommet de 2008, mais le conflit sur le nom avec la Grèce a entravé le processus. L’OTAN peut lancer son invitation à devenir membre lors de son sommet des 11 et 12 juillet. La Macédoine a reçu son Plan d’action pour l’adhésion (MAP) en 1999. Le sommet de l’UE, qui doit se tenir les 28 et 29 juin, décidera s’il convient de donner le feu vert pour le début des négociations d’adhésion. Moscou est un partenaire commercial important pour Skopje. L’adhésion à l’UE signifie adhérer aux sanctions anti-russes et subir les pertes financières inévitables.

De toute évidence, l’OTAN veut accélérer le processus. Ses principaux dirigeants, y compris le Secrétaire général, ont exercé des pressions sur la Macédoine et la Grèce pour les encourager à lever le plus rapidement possible le principal obstacle à cette adhésion. Les responsables américains admettent ouvertement que Washington a joué un rôle silencieux dans le processus de résolution du conflit de nom entre la Macédoine et la Grèce. Le secrétaire d’État adjoint pour l’Europe et l’Eurasie, Wess Mitchell, estime que l’OTAN devrait être plus active dans les Balkans occidentaux afin de contrer l’influence de la Russie. « La Grèce et les États-Unis partagent fortement la même vision d’une intégration plus profonde des Balkans occidentaux dans les institutions européennes et euro-atlantiques », a déclaré l’ambassadeur des États-Unis en Grèce, Jeffrey Pyatt, quelques jours seulement avant la conclusion de l’accord.

Selon Richard Hooker, assistant particulier du président et directeur principal pour l’Europe et la Russie auprès du Conseil de sécurité nationale, l’administration Trump accueillerait favorablement l’entrée de la Macédoine dans l’OTAN. Kay Bailey Hutchison, ambassadrice des États-Unis auprès de l’OTAN, a expliqué que les États-Unis et leurs alliés sont en faveur d’une expansion comme moyen de maintenir ces pays hors de ce qu’elle a appelé « la sphère russe ». Elle pense que la Macédoine remplit les conditions et qu’elle est vraiment proche de l’adhésion. L’ambassadeur évite avec complaisance toute discussion sur la corruption galopante de la Macédoine et les tensions ethniques persistantes.

Il ne s’agit donc pas d’apporter une contribution à l’OTAN ou de respecter certaines conditions, le véritable objectif est de maintenir Moscou à distance. La Croatie et l’Albanie ont rejoint le bloc en 2009. Le Monténégro est entré en 2017. De nouveaux membres sont maintenant nécessaires pour rendre le processus inéluctable. En outre, la rivière Vardar relie l’Europe centrale et la mer Egée. Les plans d’expansion du projet gazier Turkish Stream comprennent le passage par la Grèce, la Macédoine, la Serbie et la Hongrie pour atteindre l’Europe centrale. Skopje en bénéficiera en tant que pays de transit. Il est dans l’intérêt des Américains de refuser cette voie à la Russie et à la Turquie, car elle ne veut pas de rivaux capables de contester les exportations américaines de gaz de schiste vers l’Europe.

Le pays enclavé de Macédoine ne peut offrir aucune contribution sérieuse à la puissance militaire du bloc, avec une armée de 8 000 hommes et aucune force navale ou aérienne. Ses systèmes et équipements d’armes sont obsolètes. Les normes inadéquates qui y sont appliquées posent un problème très grave. Cela signifie que militairement, la Macédoine est plus un fardeau qui doit être supporté qu’un atout. Et à l’heure actuelle, l’OTAN est confrontée à un désaccord permanent, car la majorité de ses Etats membres sont réticents à céder aux pressions américaines et à porter leurs dépenses militaires à 2 % de leur PIB.

Et ce n’est pas tout. Les conflits interethniques en Macédoine deviendront le casse-tête de l’OTAN. Skopje a un problème avec sa communauté ethnique albanaise qui représente un quart de la population du pays. L’Alliance de l’Atlantique Nord a séparé le Kosovo de la Serbie. Cela signifie que, selon un scénario potentiel, la Macédoine perdrait certaines de ses régions du nord-ouest qui ont une population à prédominance albanaise. Pourquoi pas ? Ils l’ont fait une fois – ils le feront encore. Ce sera une grande tragédie et un grave problème pour la Macédoine, mais pas pour l’Amérique, qui est obsédée par l’idée de chasser la Russie de cette région à tout prix.

L’espoir est que la Serbie puisse être rendue plus pro-occidentale et plus vulnérable aux pressions si elle est entourée de membres de l’OTAN. L’adhésion de la Macédoine servira cet objectif. Elle sera utilisée.

Mais l’adhésion compliquera encore plus le processus de prise de décision de l’OTAN. L’adhésion de Skopje a été bloquée par un seul membre – la Grèce. Un seul gouvernement détient un droit de veto sur l’alliance. Leurs intérêts ne coïncident pas toujours. Souvenez-vous de 2003, lorsque la France et l’Allemagne se sont opposées à l’invasion de l’Irak par les États-Unis, empêchant ainsi cette opération de devenir une opération de l’OTAN. Et si un petit pays comme la Macédoine bloquait une décision importante pour les Etats-Unis ? Un nombre accru de membres signifie un risque accru de blocage.

Ce que les gens de ce pays y gagneront n’est pas clair. Leurs intérêts nationaux seront éclipsés par les objectifs de politique étrangère d’autres acteurs majeurs.

Par conséquent, l’expansion au nom de l’expansion est une politique très douteuse qui ne profite ni à l’OTAN ni à la Macédoine. Le nombre sans cesse croissant d’Etats membres ne rend pas l’OTAN plus forte, bien au contraire. Skopje n’a guère besoin de la protection offerte par l’article 5 du Traité de Washington. Qui pourrait l’envahir ? Et tout le reste peut être réalisé avec un statut spécial au sein de l’organisation, ce qui laisse une plus grande marge de manœuvre pour des décisions indépendantes en matière de politique étrangère. L’adhésion a ses inconvénients, qui sont ignorés à la fois par l’OTAN et par la Macédoine. En fin de compte, l’intégration de Skopje dans l’OTAN ne semble pas être une décision gagnant-gagnant.

 

Article de Alex Gorka de Strategic-Culture, traduit par Soverain
Source : https://www.strategic-culture.org/news/2018/06/19/macedonia-removes-obstacle-path-nato-but-every-decision-has-downside-consider.html

Co-fondateur, traducteur et rédacteur sur Soverain.
Sympathisant de l’Action Française pour son école de pensée, de Debout la France pour l’embryon de rassemblement transpartisan, et de l’Union populaire républicaine pour ses analyses sur l’Union européenne.
Milite pour un large rassemblement des patriotes au delà des partis pour rétablir la souveraineté de la France sur les traités supranationaux. Être de droite ou de gauche c’est déjà se priver d’une partie de ce qui fait la France.