La culture du débat à l’université d’automne de l’UPR

L'une des tables rondes à l'université de l'UPR
L’une des tables rondes de l’université d’automne de l’UPR réunissait Édouard Husson, Coralie Delaume, David Cayla et Vincent Brousseau, sous la supervision de Lauriane Mollier.

Samedi 27 octobre, 7h00 sur le parking : il y a déjà du monde. On voit également quelques rares tentes de campeurs ayant affronté les premiers froids de ce milieu d’automne, arrivés cette nuit eux aussi, pour ne pas rater l’ouverture. Bien leur en a pris, car tout le monde est à l’heure et la file d’attente pour pouvoir accéder à l’intérieur est conséquente. Grâce à la magie de l’informatique, elle s’écoule rapidement, et l’on peut enfin découvrir à l’intérieur, dans une ambiance conviviale, la boutique UPR nous présentant divers objets militants. Sa place est adéquate, cette dernière étant destinée à financer une bonne part des dépenses du mouvement. En effet, « le parti du Frexit » ne bénéficie pas de financements publics et met un point d’honneur à ne pas s’endetter auprès des banques, en vue de la campagne pour les élections européennes de 2019 auxquelles il présentera une liste menée par son président-fondateur, François Asselineau. À noter la présence de personnalités comme Jean Bricmont ou Philippe Pascot, venu surtout en ami mais aussi pour présenter son dernier livre « Pilleurs de vies » au stand librairie, aux côtés d’autres ouvrages ayant trait à la construction européenne et à la géopolitique actuelle. Ainsi, dès l’entrée, nous sommes plongés dans les thèmes de prédilection du mouvement politique.

Mais il faut se dépêcher d’aller s’asseoir car les places assises sont vite remplies dans la salle, et votre serviteur ayant feuilleté trop d’ouvrages se retrouve quasiment au fond de la salle, aux deux tiers pour être exact. Heureusement, deux écrans géants disposés de part et d’autre de la scène permettent de voir d’un peu plus près les orateurs.

Pour la première fois, l’UPR accueille à un de ses événements un certain nombre de journalistes, soudainement intéressés par ce parti qui jusqu’à présent progressait seul, sans aucune couverture médiatique. La progression constante de cette formation politique depuis les élections présidentielles de 2017 lui permet de revendiquer aujourd’hui plus de 32 000 adhérents dont au moins 22 000 à jour de cotisation, comme tient à le préciser François Asselineau dans un souci de transparence. Désormais, ce nombre peut difficilement être ignoré par les médias, même ceux étant qualifiés de « grand public ». Ainsi lors de son introduction, François Asselineau a-t-il remercié malicieusement les équipes présentes de l’AFP, Libération, RT France, BFM TV, LCI et TF1 (qui lui a d’ailleurs consacré une interview depuis les lieux, diffusée au journal de 13h le même jour), et souligné l’absence sur les lieux des médias de l’audiovisuel public. Ce dernier point pose ainsi la question du manque de pluralisme des services publics par rapport aux médias privés, et cela renforce le sentiment (déjà bien présent chez les militants du mouvement) que ces médias donnent la parole à certains plus qu’à d’autres. L’UPR est aujourd’hui le seul mouvement s’étant présenté à des élections pouvant réunir, avec la FI, autant de monde pour une université…

Plus de 1100 personne étaient rassemblées.
Loin du net, près de 1200 sympathisants ou simples curieux étaient présents à Vallères, en Indre-et-Loire, pour assister à l’université d’automne de l’UPR.

La personnalité du modérateur de la matinée n’a sans doute pas été étrangère à l’intérêt médiatique soudain suscité par ce rassemblement (quoi que n’en étant pas la seule cause). En effet, il s’agit du jeune youtubeur et militant actif de l’UPR, âgé de seulement 17 ans, Aurélien Enthoven, fils de la célébrité Carla Bruni, elle-même épouse de l’ancien Président de la République Nicolas Sarkozy. Ce qui n’est pas anodin lorsque l’on parle d’un mouvement remettant ouvertement en cause les choix opérés par Nicolas Sarkozy en son temps, notamment en bafouant le vote des électeurs du référendum de 2005 par la ratification du Traité de Lisbonne en 2008.
Outre le buzz, l’UPR veut aussi montrer que la valeur n’attend pas le nombre des années en intégrant la jeunesse à ce qu’il voudrait être un renouveau de la politique. L’animation du second débat l’après-midi, a ainsi été confiée à Lauriane Mollier, autre jeune militante active et dont la chaîne youtube est également assez connue sur les réseaux sociaux.

Débat Todd/Asselineau : « La France va-t-elle disparaître ? »

La matinée débute avec le débat réunissant Emmanuel Todd et François Asselineau autour de la question : « La France va-t-elle disparaître ? ». Il existe manifestement entre eux une forme de consensus sur la nécessité absolue et urgente que représente pour la France la sortie de l’UE et de l’euro, mais l’évolution actuelle du monde suscite un débat très intéressant entre eux sur l’origine réelle et la nature de la domination actuelle que subit la France, et sur les moyens à mettre en œuvre pour mener à bien le Frexit salutaire.

Emmanuel Todd a tendance à considérer que l’élection de Donald Trump n’a fait qu’entériner un mouvement ayant commencé bien avant, et que l’intérêt des Américains n’est plus de favoriser coûte que coûte la « construction » européenne, mais vise principalement à rétablir la balance des paiements avec une Allemagne devenant un peu trop puissante et indépendante à leur goût. Les Allemands bénéficient d’excédents commerciaux assez conséquents au détriment des États-Unis, notamment dans le domaine automobile. Toujours d’après Todd, la domination la plus forte pesant sur l’hexagone vient en fait de l’Allemagne qui est en train d’asseoir son hégémonie sur la France par le biais de la construction européenne et de sa domination économique et monétaire. Sa proposition serait donc de sortir de l’UE et de l’euro, tout en restant dans l’OTAN, ce qui permettrait, en s’appuyant sur la proximité anthropologique et politique existant entre la France et les États-Unis, et sur l’intérêt de Trump à affaiblir l’Allemagne, de parvenir plus sûrement à un succès du Frexit. Selon lui, la France doit donc favoriser une neutralité vis-à-vis des États-Unis pour atteindre progressivement ses objectifs en se libérant étape par étape, la main-mise économique de l’Allemagne constituant la menace la plus urgente, tout en ne sortant pas de l’OTAN.

Pour François Asselineau en revanche, les États-Unis et l’Allemagne sont très étroitement liés, historiquement du fait même de la forte proportion, dans certains États, d’Américains d’origine germanique, et beaucoup plus récemment du fait que les dirigeants allemands renouvellent tour à tour l’« Alliance germano-américaine pour le XXIe siècle ». Celle-ci avait été signée le 27 février 2004 par le Président G.W. Bush et le Chancelier G. Schröder, ce qui témoigne de la vassalisation absolue en matières militaire et politique de l’Allemagne en faveur des États-Unis. Ces deux pays sont donc si liés l’un avec l’autre, que Trump ou pas, il ne faut pas se leurrer et considérer au contraire la sortie de l’OTAN comme une priorité de la France. En effet, l’organisation de l’Atlantique Nord est un des éléments centraux de la domination exercée par le système euro-atlantiste, et ce n’est qu’en se libérant économiquement et militairement que la France pourra retrouver son indépendance, et mener ses propres politiques. Renoncer, même provisoirement, à une sortie de l’OTAN, serait donc d’une part trahir les intérêts fondamentaux du pays, et d’autre part trahir les membres de l’UPR en leur proposant une entourloupe qui aurait pour effet de détruire le but même de la création de leur mouvement et qui par ailleurs desservirait la cause de l’indépendance nationale.

Table ronde Husson/Delaume/Cayla/Brousseau : « L’Allemagne va-t-elle quitter l’UE et l’euro ?»

Le débat de l’après-midi constitue une suite logique à celui de la matinée puisqu’il pose la question « l’Allemagne va-t-elle quitter l’UE et l’euro ? » à quatre intervenants : Édouard Husson, Coralie Delaume, David Cayla, et Vincent Brousseau. Là aussi, les interventions sont d’assez haute volée et permettent à tous les intervenants de faire valoir leurs points de vue, parfois très techniques et souvent contradictoires, sur de vastes sujets : l’état de l’Allemagne (stratégique, politique interne, ses positionnements par rapport à l’UE et la France) et le sujet de l’euro, avec une opposition assez forte entre certains participants. Ici aussi nous avons pu apprécier la diversité des points de vue, certains sujets étant d’ailleurs restés sans consensus. Parmi eux, on retrouve les questions portant sur l’euro et le système Target 2, et sur la responsabilité de la France par rapport à ses partenaires européens, compte tenu du fait qu’elle (ou plus précisément, ses « élites ») avait poussé fort la construction de l’UE et de l’euro et que bon nombre des problèmes actuels proviennent d’erreurs commises par les dirigeants actuels.

François Asselineau racontera ensuite, dans son discours de clôture, qu’au Japon lorsque l’on réunit dix personnes pour régler certaines questions contradictoires, ils en ressortent toujours d’accord, au contraire de la France où ils en ressortent avec d’autres sujets de débats soulevés, et presque encore plus divisés qu’en y entrant. C’est aussi ce qui fait la particularité française…

Les vidéos des entretiens seront sans doute très rapidement disponibles sur la toile, et permettront d’apprécier avec plus de recul la diversité des points de vue, et le respect des intervenants les uns vis-à-vis des autres bien que des désaccords, portant sur des questions urgentes et fondamentales aient persisté. On voit bien que certaines choses sont dès le départ clairement intégrées par tous les intervenants : le respect de l’autre, le refus d’user de mauvaise foi et de formules rhétoriques visant à prendre le dessus par ego, comme on peut si souvent le voir sur les plateaux télévisés, ce qui fait quand même beaucoup de bien pour qui s’intéresse à la politique aujourd’hui et soulage grandement le travail des modérateurs. On ne regrettera peut-être pas finalement, l’absence d’intervenants ayant été cordialement invités mais n’ayant pas répondu favorablement, ou pas répondu du tout, parmis lesquels Michel Barnier, Nathalie Loiseau, ou encore Jean-Luc Mélenchon, tous habitués des plateaux télé si caractéristiques des travers évités ce week-end.

Discours de François Asselineau

Avant une pause dîner conviviale permettant aux participants de refaire le monde devant un repas ou un sandwich, le discours de clôture de François Asselineau fait le point sur l’avenir du mouvement et lance avec détermination le début de la campagne des élections européennes. Ce discours est évidemment clôturé par une fervente « Marseillaise » entonnée par l’assemblée. Dans ce discours assez bref par rapport à ses habitudes, François Asselineau souligne l’attachement de l’UPR à promouvoir l’indépendance de la France à travers ses valeurs fondamentales de liberté, d’égalité et de fraternité qui font d’elle une référence politique et morale chez les peuples du monde entier. Il insiste aussi sur la nécessité absolue de lutter pour l’intégrité du territoire, notamment en Nouvelle-Calédonie, sujet qui intéresse particulièrement l’UPR, seul parti hexagonal d’importance à s’y intéresser au point d’être allé sur place pendant plus d’une semaine pour y promouvoir le « non » au référendum d’indépendance (alors qu’Emmanuel Macron déclare lui-même ne pas avoir d’avis sur la question), ainsi que sur l’urgence de lutter contre la prochaine trahison du « non-président » Macron et des hauts-fonctionnaires français qui signeront prochainement le partage avec l’Allemagne du siège permanent de la France au Conseil de sécurité de l’ONU, bientôt suivi par le partage de notre force de frappe nucléaire avec l’Allemagne également, ce qui fermerait ainsi définitivement une page de notre Histoire. Et assurément l’heure est grave, l’UPR semble manifestement être l’un des seuls grand mouvement politique ayant pris mesure de l’urgence de la situation.

À travers ce discours, on comprend bien que le mouvement se veut un large rassemblement dynamique, ouvert à la réflexion et au dialogue, en éveil sur les évolutions du monde, mais aussi ayant compris l’importance pour la France de s’appuyer sur ses valeurs fondamentales héritées de plus de 1400 ans d’histoire, en n’hésitant pas à faire valoir ses analyses, quitte à se démarquer d’autres partis « souverainistes », notamment en insistant sur la nécessité de la sortie de l’OTAN, de manière à pouvoir renouer des liens justes et équitables pour notre pays et avec le monde entier, sans aucune interdiction liée à des alliances.

Soirée de clôture du samedi

La soirée consacrée à la « désormais traditionnelle » tombola, récompense par des lots variés les plus chanceux qui se voient offrir certains des plus beaux objets de la boutique, mais aussi et surtout des médailles anciennes, des livres anciens, des produits locaux réunionnais apportés par des adhérents d’outre-mer, ou encore trois DVD de films « Bollywood », montrant l’attachement du mouvement à la diversité culturelle et à l’ouverture au monde. Le président de l’UPR prend à cette occasion un plaisir visible à présenter aux adhérents de son mouvement ces objets choisis par lui, alliant la culture au symbolique.

Votre serviteur n’assistant malheureusement pas aux débats du lendemain il ne pourra pas vous parler des problèmes des communes en France mais les débats seront sans doute publiés très prochainement, on l’espère.

En conclusion, on aimerait voir plus souvent des journées politiques comme celle-ci en ces moments cruciaux, où des sujets d’importance vitale pour l’avenir du pays sont abordés avec sérieux, dans une ambiance studieuse mais bon enfant où les traits d’humour restent présents et bien piquants par la force des choses, telle cette trouvaille, qualifiée de collector par Emmanuel Todd, de la définition du « non-président » Macron : « celui qui croit être Président mais qui n’a en réalité absolument aucun pouvoir, triste réalité politique de notre pays aujourd’hui. »


Note de Soverain : les retransmissions des débats ayant depuis été publiées, vous pourrez les retrouver sur la chaine Youtube de l’UPR.
La France va-t-elle disparaître, avec Emmanuel Todd et François Asselineau, animé par Aurélien Enthoven
L’Allemagne va-t-elle quitter l’UE et l’euro, avec Édouard Husson, Coralie Delaume, David Cayla et Vincent Brousseau, animé par Lauriane Mollier

Je suis un autodidacte ayant lu et écouté des analyses venant de plusieurs points de vue, et je me serais bien passé de devoir m’impliquer activement dans la vie politique, mais par la force des choses, j’ai fini par me dire que je n’étais finalement peut-être pas plus bête qu’un autre, et que la collectivité avait besoin de tous, et donc j’essaie de participer comme je le peux pour faire vivre le débat démocratique.


5 Commentaires

  1. Que cela fait du bien de renouer avec des débats politique de haute volée qui éclairent sur le pourquoi et le comment les faits que nous subissons aujourd’hui impuissants ont une source !
    Merci à l’UPR qui nous offre une magnifique alternative à la destruction de la France par des dirigeants sans conscience et sans pouvoirs!

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