Entretien patriote (n°2) : Enzo Sandré

Pour poursuivre cette nouvelle rubrique d’entretiens sur Soverain, je propose aujourd’hui de nous intéresser à Enzo Sandré, responsable national de la jeunesse d’Action Française.

Soverain : Comment définiriez-vous succinctement l’Action Française ? Sa ligne idéologique ?

Enzo Sandré : L’Action française est un mouvement politique français fondé en 1898. A l’origine une simple ligue patriotique, le mouvement a pris son orientation royaliste grâce à Charles Maurras (1868-1952) qui l’a doté d’une méthode, l’empirisme organisateur[1] et d’un but qui en découle : l’instauration d’une monarchie traditionnelle, héréditaire, antiparlementaire et décentralisée.

Nous sommes nationalistes, en ce que nous considérons la nation comme le cercle politique le plus grand ayant prouvé sa viabilité. La forme de nationalisme que nous défendons est le nationalisme intégral[2], synthèse du nationalisme moderne et de la contre-révolution. En tant que nationalistes, nous visons l’indépendance et la puissance de la France, des thèmes chers aux souverainistes et aux patriotes. Nous les avertissons que sans monarchie, le déclin se poursuivra. La République corrode lentement mais sûrement la France et ruine les efforts des esprits de bonne volonté qui veulent la relever.

Nous visons donc le changement de régime et le préparons activement, en constituant un appareil politique apte à prendre le pouvoir et à assurer la transition avec le prince. Vous aurez plus de détails sur notre doctrine en consultant notre manifeste[3] et en explorant notre site.

Soverain : Quelle est la vocation de ce groupe dans la vie politique actuelle, compte-t-il aller un jour sur le terrain électoral ?

Enzo Sandré : Notre vocation première est d’instaurer une monarchie, par tous les moyens, même légaux. En découle une stratégie, dont le mouvement est l’émanation. Nous ne fermons aucune porte à priori. Si l’instauration monarchique est facilitée par une stratégie électorale, nous la mènerons. Elle ne saurait être la seule corde à notre arc.

Aujourd’hui, nos efforts sont focalisés sur le renfort de notre maillage territorial et sur la professionnalisation de notre recrutement. Notre mouvement est déjà une école de pensée et un centre de formation de cadres politiques reconnu. Désormais, nos sections ont pour ambition de se placer comme des acteurs incontournables de la politique locale. Une fois formés, nos militants ont pour vocation d’aller partout où leur intérêt et celui du mouvement se rencontrent, quel que soit leur métier, leur situation ou leurs cercles d’influence. Nous n’avons pas de rôle prédéfini dans la politique française. Tout ce qui est national est nôtre.

Soverain : Avez-vous constaté une augmentation particulière du nombre de militants royalistes ces dernières années ? À quoi cela est-il dû ?

Enzo Sandré : Depuis 2012, nous avons une croissance de 56% par an de nos effectifs d’adhérents. Pour les militants, c’est environ 1/3 en plus chaque année, dans les sections déjà établies ou bien dans les nouvelles sections que l’on ouvre fréquemment. Pour sa seule branche jeunes (lycéens, étudiants, jeunes travailleurs), l’AF compte 27 sections actives. L’ensemble du mouvement compte 3000 adhérents. Depuis quelques années, notre camp de formation estival atteint les 250 participants, chose rare pour un évènement de ce type en France aujourd’hui.

Cette croissance s’explique par l’augmentation et l’assainissement de notre notoriété, mais également par le renforcement du maillage local. De plus en plus de sections touchent de plus en plus de publics avec de moins en moins de préjugés négatifs sur nous. Le travail est loin d’être terminé, en témoignent les articles mal-informés ou malhonnêtes dont la presse nous gratifie régulièrement. Nous n’attendons pas de miracles, mais l’image que nous donnons conditionne la qualité de notre recrutement, aussi le jeu en vaut-t-il la chandelle. Notre ouverture à des thématiques nouvelles, inexistantes au temps de Maurras, comme l’écologie, est également un facteur de recrutement. Nous touchons de nouveaux publics, ce qui permet de diversifier nos effectifs et d’éviter l’entre-soi idéologique dans les sections.

Soverain : On constate une utilisation de plus en plus grande d’internet et des réseaux sociaux par les hommes politiques et groupes militants. Voyez-vous cela d’un bon œil ? Quelles formes peut prendre le militantisme royaliste en ligne ?

Enzo Sandré : Ce n’est ni bon ni mauvais, c’est une variable stratégique qu’il serait idiot de ne pas exploiter. Internet est un remarquable outil, ambivalent comme toute technique. Son principal défaut est d’être un véritable gouffre à énergie : les militants pourraient y dépenser tout leur temps, avoir le sentiment d’accomplir de grandes choses, mais ne pas avoir bougé d’un iota dans le monde réel. Le cyber-militantisme ne donne que des cyber-résultats.

Nous voyons Internet comme un levier, un démultiplicateur d’action réelles. La communication est au service de l’action et pas l’inverse. Nous sommes intransigeants là-dessus, étant un mouvement politique, pas une agence d’influence. Même les actions de guerre de l’information n’ont pas d’autre but que de faire avancer nos pions dans le réel. En bref : politique d’abord.

Un militant peut avoir une présence en ligne et être un cybermilitant, mais nous n’acceptons pas dans nos rangs les personnes qui ne sont que virtuelles. La rencontre physique, le travail sur le terrain et la confrontation au pays réel sont irremplaçables dans la formation d’un militant, puis plus tard, dans le travail du cadre que tout militant qui entre à l’AF est amené à devenir.

Soverain : En quoi l’élimination de la République au profit de la monarchie serait bénéfique pour l’avenir de notre pays ?

Enzo Sandré : Un roi possède une hauteur de vue qui lui permet d’avoir une vision à long terme, il bâtit pour ses successeurs. Il ne doit sa place à personne et peut donc être un arbitre efficace, chose impossible pour un président. Que dirions-nous si l’arbitre d’un match était le capitaine d’une des équipes ! Enfin, n’étant pas accaparé par la gestion courante, laissée aux ministres, mais aussi très largement aux régions, communes et autres corps, il peut se consacrer aux grands dossiers et au relèvement de la puissance française.

À l’heure des grands défis comme l’écologie, l’intensification de la guerre économique, le transhumanisme, les bouleversements géopolitiques et démographiques, un grand timonier à la barre n’est pas de trop. Ces défis ne sauraient être expédiés en 5 ans, par un chef de parti parvenu et pressé de se faire un nom. Il faut de la hauteur et de la continuité. Surtout, il faut l’adhésion de tous les français à un projet national, qui ne peut être incarné que par un homme au-dessus des partis.

Soverain : Il y a en Europe plusieurs pays possédant un système monarchique, par exemple la Suède, la Belgique, les Pays-Bas, l’Espagne ou encore le Royaume-Uni. Ils sont pourtant aujourd’hui touchés par les mêmes problèmes que nous, de l’individualisme consumériste à l’immigration en provenance du Sud. Comment analysez-vous ceci ?

Enzo Sandré : La monarchie ne fait aucun miracle. Gare à l’effet Disney : l’arrivée du Prince sur le trône ne règlera pas tous les problèmes du royaume. Le « politique d’abord » maurrassien avertit les patriotes que sans la monarchie, ils ne pourront pas avancer. Il n’a jamais signifié que le roi est omnipotent.

Combattre le consumérisme, l’immigration de masse, la perte d’identité, tout cela est légitime et nécessaire. Nous avertissons cependant les patriotes qui s’engagent dans ces causes maintenant que sans changement de régime ils seront d’éternels perdants, l’histoire le montre. Le politique d’abord est un appel à l’union : rendons à la France un régime qui ne lui nuise pas, ensuite seulement il sera temps de se consacrer aux urgences politiques.

Soverain : Que pensez-vous de la monarchie parlementaire ?

Enzo Sandré : L’État monarchique profite de la représentativité naturelle des corps intermédiaires (métiers, régions, courants religieux ou partisans, etc.) pour informer ses décisions. C’est en ce sens que nous sommes antiparlementaires : la monarchie n’a pas besoin de l’ersatz de représentativité qu’est l’Assemblée pour exister. Elle laisse vivre le pays réel, avec ses structures naturelles et ses milliers de républiques unies par le roi. Elle consulte qui de droit avant de prendre une décision.

Le parlementarisme est aveugle : en replaçant la belle vitalité des démocraties réelles par le sinistre jeu électoral et parlementaire, elle ne donne la parole qu’à une classe, la bourgeoisie. Le corps parlementaire est un excellent aperçu des intérêts des puissances d’argent, se drapant de légitimité électorale pour mieux trahir leurs électeurs. Les privatisations récentes, d’Aéroports de Paris à la Française des Jeux, le prouvent.

La monarchie parlementaire peut sans doute fonctionner dans certains pays, il ne viendrait pas à l’esprit d’un maurrassien de faire du pan-royalisme et de recommander la monarchie à la terre entière. Nous notons qu’en France, sa courte carrière fut un échec, contrairement à la monarchie capétienne, qui a su se renouveler du Moyen-Âge à l’Âge Industriel pour toujours rester en phase avec son époque. Cela nous suffit pour préférer l’original à la copie.

Soverain : Pourquoi considérez-vous plus légitime Jean d’Orléans que Louis de Bourbon pour prétendre au trône de France ?

Enzo Sandré : Depuis ses origines, l’AF soutient les Bourbon-Orléans, bien avant le début des prétentions de la famille de Don Luis. Si chacun peut se constituer son avis et son argumentaire personnel, la ligne du mouvement est claire. L’AF accepte dans ses rangs tous les avis personnels sur la question, mais ne tolère aucun écart dans les apparitions publiques. Le reste n’est que perte de temps et désunion.


[1] Lire « L’empirisme organisateur », À rebours, Stéphane Blanchonnet

[2] Lire « Le nationalisme intégral », À rebours, Stéphane Blanchonnet

[3] Lire « Notre manifeste », Action Française

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