Brexit : la vision à long terme

La Grande-Bretagne est aujourd’hui confrontée à un nouveau défi historique, et je suis convaincu qu’elle retrouvera son unité et sa détermination.

La vision bruxelloise de l’avenir de l’Europe est une illusion, et la Grande-Bretagne ne manquera pas d’alliés parmi les peuples d’Europe lorsqu’elle défendra sa souveraineté.

[…] Vous ne devez pas sous-estimer l’Angleterre. C’est un pays curieux, et peu d’étrangers peuvent comprendre son esprit. Ne jugez pas sur l’attitude de ce gouvernement. Une fois qu’une grande cause sera présentée au peuple, toutes sortes d’actions inattendues pourraient être prises par ce même gouvernement et par la nation britannique.

Ces paroles prononcées par Churchill furent adressées à Ribbentrop, ambassadeur d’Allemagne à Londres, en 1937, lorsque le gouvernement Chamberlain semblait incapable de définir une politique cohérente en réponse aux ambitions continentales du Reich. Elles me viennent à l’esprit quand je regarde l’incapacité de Theresa May à faire un choix clair dans ses négociations avec ce même continent réuni en Union européenne. Nous sommes tentés de nous moquer de l’indécision des dirigeants anglais, de leurs divisions et de leur irréalisme. Ne sous-estimons pas la Grande-Bretagne ! Le Brexit est considéré par beaucoup comme un caprice du peuple britannique, attiré par les fausses promesses de démagogues irresponsables, et dont les conséquences seront catastrophiques pour lui, mais insignifiantes pour le monde continental. Il se peut que, dans quelques années, les événements aboutissent à la conclusion contraire.

Je n’essaie pas de faire un parallèle entre Adolf Hitler et Jean-Claude Juncker, ni entre Ribbentrop et Barnier. Je ne compare pas non plus la domination brutale du Troisième Reich et l’expansion pacifique de l’Union européenne. Mais dans les deux cas, la Grande-Bretagne se retrouve seule face à un grand défi. Je parie qu’aujourd’hui, comme il y a quatre-vingts ans, ses divisions et ses hésitations ne dureront pas. Son peuple retrouvera son unité et son gouvernement sa détermination. Alors l’Union européenne, désormais si confiante en elle-même, verra de quelles « actions inattendues » la nation britannique est capable. Elle peut, à son tour, être confrontée à des défis qui mettront à l’épreuve ses propres forces.

Allons au-delà des apparences et des idées préconçues. Quel est « l’espoir européen » dont Monnet, puis Delors et maintenant Juncker ont été les architectes ? Une organisation collective dans laquelle nos nations abandonnent une partie de leur souveraineté à un collège de technocrates censés agir dans l’intérêt supérieur de l’Europe. Son objectif proclamé est la paix perpétuelle entre nos peuples et la prospérité partagée équitablement entre tous. Les événements récents ont montré qu’il y a une grande illusion dans l’ambition des technocrates. Mais leur erreur fondamentale a été, dès le début, d’avoir cru qu’il était possible d’arracher une partie de la souveraineté nationale sans chocs violents en retour.

Qu’est-ce qu’une nation ? Un mystère. La rationalité des experts bruxellois n’y a pas accès. Elle ne prend en compte que les aspects extérieurs tels que le produit national brut ou la balance des paiements. Nos nations d’Europe sont toutes nées dans l’obscurité d’une histoire très ancienne. Leur raison d’être est enveloppée dans la nuit des temps. Contrairement aux prédictions objectives, elles ont survécu aux pires épreuves que les siècles leur ont infligées. Leur but nous est inconnu. Elles sont sensibles à tout ce qui touche à leur souveraineté, même lorsque celle-ci semble inefficace. En prétendant avoir résolu ce mystère et fusionné les souverainetés nationales en une souveraineté de l’Union européenne unique et définitive, les technocrates de Bruxelles se fourvoient. Il n’est pas en leur pouvoir de soumettre à leur autorité des identités profondément ressenties.

La nation britannique vient de le prouver. Sa souveraineté était l’une des plus anciennes d’Europe et l’une des plus affirmées. Elle a toujours lutté avec ténacité contre les dangers internes et externes qui menaçaient de la réduire. Elle n’a rejoint le système bruxellois qu’après de longues hésitations. Elle s’est toujours opposée aux tentatives insistantes des technocrates d’étendre leur pouvoir aux dépens du Parlement de Westminster. Mais sa résistance obstinée n’était pas comprise. Il était préférable, dans les milieux continentaux, de la considérer comme une excentricité insulaire sans conséquence. Submergée par le sentiment d’une souveraineté de plus en plus étouffée, la Grande-Bretagne a décidé, il y a presque trois ans, de reprendre son destin en main. Elle savait que le prix serait élevé. Mais tant pis pour les avantages financiers et commerciaux que l’Union européenne était censée apporter ! Elle a choisi de sacrifier une partie de son bien-être si nécessaire pour retrouver sa liberté.

C’est le sens profond du vote populaire de juin 2016. Il mérite le respect. Imaginer que la nation britannique reviendrait en arrière pour préserver les subventions agricoles ou les exportations de véhicules, c’est ignorer la force de son aspiration à redevenir pleinement elle-même.

Aveuglés par l’idéologie bruxelloise, la plupart des dirigeants continentaux ne comprennent pas la véritable raison d’être du Brexit.

Au lieu de voir les choses telles qu’elles sont, c’est-à-dire un acte hautement politique, qui appelle également une négociation politique, ils ont laissé la Commission européenne et le Parlement européen prendre le dossier en main et ramener la question à leur niveau de compréhension, qui est limité à la négociation technocratique. La méthode de Barnier a d’abord consisté à fixer les modalités financières de la rupture du marché unique. Une fois cette question réglée, il a prévu de se tourner vers l’avenir et de développer un nouvel accord commercial entre l’Union européenne et la Grande-Bretagne. Dès la première étape, son approche s’est heurtée à des embûches politiques dont l’existence était passée inaperçue. Mais n’est-il pas étonnant que les technocrates trébuchent sur ce qu’ils ne comprennent pas ?

Au moment d’écrire ces lignes, nous ne savons pas si le traité qui doit sceller la fin de la première étape sera approuvé par le Parlement britannique. Mais ça n’a pas d’importance. Ce qui est profondément inquiétant pour l’Angleterre et les nations du continent, c’est l’absence de toute perspective politique dans les relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Aucun accord technique, aussi soigneusement négocié soit-il, ne peut combler un tel vide. S’il persiste, il est à craindre que la nation britannique, se sentant isolée et vulnérable, soit forcée de défendre sa souveraineté contre un continent qui la mine. Elle l’a déjà fait et le fera toujours.

Quel sera le résultat cette fois-ci ? La Grande-Bretagne ne manquera pas d’alliés parmi les peuples d’Europe dont les souverainetés sont réduites à néant et dont les aspirations sont contrecarrées par les technocrates de Bruxelles. L’Union européenne s’achemine vers un avenir d’autant plus incertain que la cohésion et la détermination sont maintenant de l’autre côté.

Michel Pinton

Source : Briefings for Brexit, traduit par XPJ

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