Xi Jinping pense que la Chine est le seul État souverain du monde

Article de Gordon G. Chang pour le Gatestone Institute, traduit par Soverain

  • La tendance des récentes déclarations du dirigeant chinois Xi Jinping nous met en garde contre le fait que sa Chine ne veuille pas vivre dans le système westphalien actuel des États-nations ni même l’ajuster. De toute évidence, Xi pense le renverser complètement.
  • Pékin pense maintenant qu’il peut, en toute impunité, s’en prendre aux Américains. Au cours de la première semaine de mai, le Pentagone a déclaré que la Chine, depuis sa base de Djibouti, avait fait un tir au laser sur un avion cargo militaire C-130, blessant deux pilotes américains aux yeux.
  • L’attaque au laser dans la Corne de l’Afrique, loin de toute frontière chinoise, met en évidence la position non déclarée de Pékin selon laquelle les militaires américains n’ont le droit d’opérer nulle part et que la Chine est libre de faire ce qu’elle veut où elle veut. Et comprenons la sévérité de l’acte chinois : une tentative d’aveugler les pilotes s’apparente à une tentative d’abattre leurs avions, et une tentative d’abattre les avions est une revendication de la Chine sur le droit de tuer.

« J’entends d’éminents Américains, déçus que la Chine ne soit pas devenue une démocratie, prétendre que ce pays représente une menace pour le mode de vie américain », écrit Jimmy Carter le dernier jour de 2018 dans un article du Washington Post. Cette affirmation, nous dit Carter, est une « idée dangereuse ».

Il n’y a rien de plus dangereux qu’une idée du 39e président, même sur la Chine. La Chine, contrairement à ce qu’il a dit, menace non seulement le mode de vie de l’Amérique, mais aussi l’existence de la république américaine. Le dirigeant chinois Xi Jinping a, ces dernières années, fait valoir de façon extraordinaire que les États-Unis ne sont pas un État souverain.

Cette position à couper le souffle place les actions agressives de la Chine dans un contexte bien plus inquiétant.

Carter, et presque tous ceux qui commentent la politique étrangère chinoise, voient Pékin en compétition pour son influence dans l’ordre international actuel. Cet ordre existant, accepté pratiquement partout, est fondé sur le Traité de Westphalie de 1648, qui reconnaît la souveraineté des États individuels qui sont censés s’abstenir de s’ingérer dans leurs affaires intérieures respectives. Ces États sont maintenant en concurrence et coopèrent dans un cadre de traités, de conventions, de pactes et de normes, élaborés en grande partie après la Seconde Guerre mondiale.

De nombreux responsables politiques chinois pensent qu’ils ont le droit de dominer les autres, en particulier les peuples qui se trouvent à leur frontière. Ce concept sous-tendait le système impérial des tributaires dans lequel les États proches et lointains étaient censés reconnaître la domination chinoise. Bien qu’il n’y ait pas « d’ADN culturel » qui oblige les dirigeants communistes d’aujourd’hui à voir le monde comme l’ont fait les empereurs il y a longtemps, le système tributaire présente néanmoins, comme le souligne Stephen Platt de l’Université du Massachusetts, « un modèle tentant » d’un « passé nostalgique, mi-mythologisé, mi-idéalisé ».

Dans le passé, il n’y avait pas de frontières nationales fixes. Il n’y avait même pas de concept de « Chine ». Il y avait, comme l’écrivait Yi-Zheng Lian dans le New York Times, « un système de souveraineté avec en son centre l’empereur ». Autour de cela se trouvaient des anneaux concentriques. « Plus on s’éloigne du centre, moins le centre a de contrôle et moins on a d’obligations envers lui, » note Lian. Les Chinois, en fait, ont peut-être été les premiers à développer l’idée d’un monde sans frontières.

Bref, les empereurs chinois prétendaient avoir le Mandat du Ciel sur la Tianxia (NDT : Céleste Empire) ou « tous sous le paradis », comme ils se croyaient, selon les mots de Fei-Ling Wang de Georgia Tech, « prédestinés et obligés à commander et diriger le monde entier connu et accessible, en réalité ou en apparence ». Comme l’écrit le célèbre journaliste Howard French dans Everything Under the Heavens, « On peut affirmer qu’il n’y a jamais eu de conception plus universelle de la suprématie ».

Malheureusement, le dirigeant chinois actuel a l’ambition d’imposer le modèle de la Tianxia aux autres. Comme me l’a dit Charles Horner de l’Institut Hudson : « Le Parti communiste chinois reste déterminé à faire de la République populaire de Chine une dictature à parti unique, et c’est là son point de départ pour réorganiser le monde ». En d’autres termes, un État dictatorial pense naturellement au monde en termes dictatoriaux. La Tianxia est par nature un système dictatorial descendant.

Xi Jinping utilise le langage de la Tianxia depuis plus d’une décennie, mais récemment ses références sont devenues indiscutables. « Les Chinois ont toujours soutenu que le monde est uni et que tous les hommes sous le ciel sont une seule famille », a-t-il déclaré dans son message du nouvel an 2017. Il a recyclé les thèmes de la Tianxia dans son message du Nouvel An 2018 et y a fait allusion dans son dernier en date.

Xi s’est également servi des autorités chinoises pour expliquer l’impressionnante portée de son message révolutionnaire. Le ministre des Affaires étrangères Wang Yi, dans le Study Times, journal de la Central Party School, a écrit en septembre 2017 que la « pensée sur la diplomatie » de Xi Jinping – une « pensée » dans le jargon du Parti communiste est une importante masse de travail idéologique – « a innové et transcendé les théories occidentales traditionnelles des relations internationales des 300 dernières années ». Wang, avec cette référence temporelle, pointe très certainement le système westphalien des États souverains. Son usage du mot « transcendé », laisse entendre que Xi aspire à un monde sans État souverain – ou du moins pas plus que la Chine.

La tendance des récents commentaires de Xi nous avertit que sa Chine ne veut pas vivre dans le système westphalien actuel ni même le rectifier. Tout porte à croire que Xi envisage de le renverser complètement, en essayant de remplacer la cacophonie wesphalienne par l’ordre de Tianxia.

Xi ne se contente pas de faire référence à Tianxia dans ses discours, son régime emploie également des universitaires pour étudier son application au monde.

Il « agit » Tianxia également. En décembre 2016, sa Chine a saisi un drone de la marine américaine dans les eaux internationales de la mer de Chine méridionale. Le porte-parole chinois Yang Yujun a déclaré, selon l’agence officielle Xinhua News Agency, que l’un des canots de sauvetage de sa marine avait « localisé un engin non identifié » et l’avait récupéré pour « éviter que cet engin ne cause des dommages à la sécurité de la navigation et au personnel des navires de passage ».

En fait, les navires chinois avaient suivi pendant une longue période l’USNS Bowditch, un navire de reconnaissance non armé de la marine américaine. L’équipage américain, qui à l’époque tentait de récupérer le drone, a appelé à plusieurs reprises par radio les marins chinois, qui ont ignoré leurs appels et, à moins de 500 yards de l’embarcation américaine, se sont jetés à l’eau dans une petite embarcation pour la saisir. Les Chinois ont dit par radio au Bowditch qu’ils gardaient le drone.

Le lieu de la saisie, à environ 50 milles marins au nord-ouest de Subic Bay, était si près du rivage des Philippines qu’il se trouvait au-delà de la vaste revendication de la Chine concernant la « ligne en neuf traits ». Il n’y avait absolument aucune justification pour que la marine chinoise s’empare du drone. La prise intentionnelle de ce que le Département de la Défense a qualifié de « navire immunitaire souverain » des États-Unis a démontré que Pékin ne se croyait lié par aucune règle de conduite.

Pékin pense maintenant qu’il peut, en toute impunité, compromettre les Américains. Au cours de la première semaine de mai, le Pentagone a déclaré que la Chine, depuis sa base de Djibouti, avait fait exploser au laser un avion cargo militaire C-130, blessant aux yeux deux pilotes américains.

L’attaque au laser dans la Corne de l’Afrique, loin de toute frontière chinoise, met en lumière la position non déclarée de Pékin selon laquelle l’armée américaine ne peut opérer en tout lieu et la Chine peut faire ce qui lui plaît où bon lui semble. Et comprenons la sévérité de l’acte chinois : une tentative d’aveugler les pilotes s’apparente à une tentative d’abattre leurs avions et celle-ci affirme le droit de la Chine à tuer.

La Chine a été qualifiée « d’État trivial », un État qui ne cherchait rien de plus que « la perpétuation de son propre régime et la protection de son intégrité territoriale ». Ce point de vue sous-estime fondamentalement la nature du défi chinois. La Chine, sous Xi Jinping, est devenue un régime révolutionnaire qui cherche non seulement à dominer les autres mais aussi à leur enlever leur souveraineté.

Xi en ce moment ne peut pas contraindre les autres à accepter son audacieuse vision d’un monde centré sur la Chine, mais il en a averti le reste du monde.

Ensemble, ces événements signifient, une fois de plus, que Carter n’a pas réussi à comprendre un régime de ligne dure. Dans son éditorial, il met en garde l’Amérique contre le déclenchement d’une « guerre froide moderne » avec la Chine. Washington, en réalité, ne peut rien faire. Il y a déjà une lutte que Xi Jinping a rendue existentielle.

Article de Gordon G. Chang pour le Gatestone Institute, traduit par Soverain

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