Victoires à la Pyrrhus ? 6 guerres commerciales qui affectèrent l’économie mondiale

Article de ZeroHedge, traduit par Soverain

L’escalade de guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine a fait la une des journaux, entraîné les marchés vers le bas et suscité les craintes d’une guerre commerciale de vaste ampleur à l’échelle mondiale, plusieurs pays réagissant aux nouveaux tarifs douaniers américains par des mesures de compensation.

Alors que le président américain Donald Trump a récemment déclaré sur Twitter que les guerres commerciales seraient « bonnes » et « faciles à gagner », l’histoire nous brosse un tableau très différent. Voici un aperçu des six guerres commerciales passées et des ravages qu’elles ont causés à l’économie mondiale.

Quand un pays (les États-Unis) perd plusieurs milliards de dollars sur ses échanges commerciaux avec la quasi-totalité des pays avec lesquels il fait des affaires, les guerres commerciales sont bonnes et faciles à gagner. Par exemple, quand nous perdons 100 milliards de dollars avec un certain pays et qu’il fait son mignon, on ne commerce plus avec lui-nous gagnons gros. C’est facile !

– Donald J. Trump (@realDonaldTrump), 2 Mars 2018

Les guerres de l’opium

Lorsque la Chine tenta de mettre fin au commerce d’opium au milieu du XIXe siècle – une activité illégale dont jouissaient principalement les commerçants britanniques et qui était à l’origine d’addictions généralisées et de problèmes sociaux – elle conduisit à un conflit armé.

Et, comme le rappelle cet analyste : « L’Angleterre est entrée en guerre avec la Chine parce qu’elle était contrariée par la fin de son trafic de drogue et la confiscation de sa drogue par les autorités chinoises. »

La Chine brûla plus de 20 000 caisses d’opium. Cela entraîna un conflit qui aboutit à la cession de Hong Kong aux Britanniques et l’augmentation du nombre de ports ouverts où les navires britanniques pouvaient commercer et stationner.

Un deuxième conflit éclata lorsque les forces britanniques – cette fois-ci rejointes par les Français – se battirent de nouveau pour étendre leurs droits commerciaux dans la région. Le résultat final fût l’établissement de plus de 80 nouveaux ports ouverts en Chine, la légalisation de l’importation d’opium et le droit pour tous les commerçants étrangers de voyager à l’intérieur du pays.

La guerre commerciale franco-italienne

Visant à encourager ses jeunes industries, l’Italie se tourna vers le protectionnisme en 1886, mettant fin à son accord commercial avec la France et imposant des droits de douane allant jusqu’à 60 % sur les importations françaises. La France riposta et les échanges commerciaux entre les deux pays chutèrent drastiquement.

Cela mena à l’adoption en 1892 de la Loi Méline mettant essentiellement fin à l’accord de libre-échange la France. Ce différend commercial eut également pour conséquence involontaire le rapprochement de l’Italie, de l’Allemagne et de l’empire austro-hongrois pendant la période précédant la Première Guerre mondiale.

Les guerres commerciales entre États-Unis et Canada

Le Traité de réciprocité canado-américain, signé en 1854, était un accord commercial entre les États-Unis et le Royaume-Uni qui s’appliquait aux possessions coloniales britanniques, dont le Canada.

Après la guerre civile américaine, ce traité fut aboli ; un acte qui lança des décennies de mesures commerciales donnant-donnant et de représailles tarifaires. Malheureusement pour les États-Unis, ses politiques protectionnistes menèrent à la fuite de ses entreprises – peut-être avec une douce ironie, au Canada.

À la fin des années 1880, environ 65 usines de fabrication américaines s’étaient délocalisées au Canada – et il fallu près d’un siècle pour que le libre-échange se développe de nouveau entre les deux pays.

La loi Hawley-Smoot

Certains économistes reprochent à la Loi Hawley-Smoot, en 1930, d’avoir exacerbé la Grande Dépression. Mise en œuvre dans le but de sauver les usines américaines, la loi augmenta les droits de douane sur plus de 20 000 marchandises importées différentes – et ce malgré une pétition signée par plus de 1 000 économistes et les menaces de représailles d’autres pays.

La loi ne relança pas l’économie américaine, comme l’avaient envisagé ses concepteurs. Au lieu de cela, on lui reproche la diffusion de politiques protectionnistes dans le monde entier et une chute d’environ 26% du commerce mondial au cours des années qui suivirent son approbation.

La loi Smoot-Hawley « fut un tel désastre qu’il influença la politique commerciale américaine pendant plus de 80 ans », a déclaré Joshua Meltzer, chercheur principal à la Brookings Institution (NDT : un des plus anciens think-tank américain), enseignant en droit du commerce international à l’Université Johns Hopkins ; « Personne ne veut le répéter. »

Après la Seconde Guerre mondiale, l’Organisation mondiale du commerce fut créée pour réglementer le commerce international et prévenir de nouvelles politiques commerciales destructrices.

La « Chicken tax »

La vente de poulets bon marché entre les États-Unis et l’Europe déclencha une guerre commerciale au plus fort de la guerre froide. La « guerre du poulet » éclata en 1963 lorsque la France et l’Allemagne se plaignirent de l’importation de poulets bon marché en provenance des États-Unis.

La France et l’Allemagne imposèrent des droits de douane sur le poulet importé des États-Unis, en représailles les États-Unis imposèrent à l’Europe une taxe de 25% sur les importations de combi Volkswagen, de fécule de pomme de terre, de dextrine et d’eau-de-vie.

Cette taxe causa un préjudice important au constructeur automobile allemand Volkswagen et elle continue aujourd’hui à s’appliquer aux importations de camions légers.

L’embargo contre Cuba

Le premier embargo commercial américain sur Cuba débuta en octobre 1960 et portait sur toutes les exportations américaines vers Cuba, à l’exception des médicaments et de certains produits alimentaires. L’embargo fut ensuite étendu en 1962 jusqu’aux importations américaines provenantes de Cuba. Le blocus fut ordonné par le président John F. Kennedy en opposition à la direction de Fidel Castro et son alignement sur l’Union soviétique.

Avec un certain niveau d’hypocrisie, quelques heures avant de signer l’embargo, Kennedy commanda une cargaison personnelle de 1 200 cigares cubains pour son propre plaisir. Plus tard, l’attaché de presse de Kennedy, Pierre Salinger, se rendit en Union soviétique et reçut 250 cigares cubains du dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev, qu’il ramena clandestinement aux États-Unis.

Le blocus de Cuba par les États-Unis est toujours en vigueur aujourd’hui et il faudrait une loi du Congrès pour le supprimer – ce qui serait hautement improbable, en particulier sous l’administration Republican.

Si l’histoire peut être un indicateur, il semblerait que les guerres commerciales ne soient pas si « bonnes » ou si « faciles à gagner » comme le prétend Trump.

En réalité, elles se traduisent rarement par d’importants succès pour qui que ce soit ; elles peuvent même parfois avoir l’effet contraire à celui désiré – et elles se révèlent être des victoires à la Pyrrhus dont les effets négatifs peuvent se faire sentir durant des décennies.

Article de ZeroHedge, traduit par Soverain

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