Union européenne : Renaissance ou Sturm Und Drang*

Le président français Emmanuel Macron a appelé à une Renaissance européenne. Cet article examine les risques économiques potentiels que cette proposition présente pour les investisseurs étrangers.

Le 4 mars, le président français Emmanuel Macron s’est emparé de la bannière spirituelle de l’Union européenne (UE) et a plaidé pour une Renaissance de l’Union. Les principes fondamentaux de l’UE sont remis en question sur de nombreux fronts. Il y a une horrible bataille sur le Brexit à l’ouest, le mépris et le vitriol de l’Italie et de la Grèce au sud, et des attaques nationalistes contre les structures de l’UE à Varsovie, Budapest, et dans d’autres capitales. La tentative de Macron de raviver l’esprit européen est une tentative très répandue qui vise à répudier l’agenda populiste qui couve dans les États membres. Mais y aura-t-il une Renaissance, l’UE continuera-t-elle à centraliser le pouvoir et à inspirer l’unité européenne ? Ou y aura-t-il plutôt une période de dissensions et de conflits politiques ? Plus important encore, du point de vue du risque politique : quel sera l’impact du futur proche de l’UE sur les intérêts économiques du continent ?

Avenir de l’Europe : en contemplant la boule de cristal

Le processus du Brexit torturé du Royaume-Uni sert un objectif clair pour le reste de l’UE : les États membres et leurs populations ont constaté que le divorce avec l’Union est un processus douloureux et coûteux. Néanmoins, elle représente une manifestation extrême de l’insatisfaction croissante de nombreux électeurs européens quant à la direction que l’UE a prise. Les partis populistes, en particulier, se sont emparés du rôle de bouc émissaire de l’UE comme d’un stratagème politique pour obtenir des voix.

Se plaindre de la structure ou des politiques de l’UE est une tendance depuis de nombreuses années. Cependant, le ton est passé d’électeurs frustrés par la stagnation économique et aux prises avec la vague dramatique de l’immigration récente dans l’UE à un cri de cœur.

L’UE entre probablement dans une période difficile de stagnation bureaucratique et de débat public douloureux. La querelle publique de Macron avec la direction populiste en Italie est emblématique de cette lutte Sturm und Drang* (« Tempête et Passion » en allemand) en Europe. Les dirigeants progressistes, libéraux et orientés vers l’UE seront contraints de tenir compte des symptômes sous-jacents de la vague populiste. Stimulés à la fois par le mécontentement économique et par un fort désir de « tradition » (souvent simplement xénophobe dans ses multiples manifestations), les mouvements populistes contestent presque universellement le bien fondé et la direction de l’UE.

La tentative de Macron de déclencher un contre-mouvement est généralement bien accueillie par le public d’autres pays de l’UE. Cependant, le vitriol que lui ont versé les opposants politiques en France a fait ressortir que sa position d’incitation à long terme au renouveau européen est pour le moins fragile.

Les élections au Parlement européen en mai refléteront sans aucun doute cette divergence d’opinion sur l’avenir de l’Union. Certains partis se sont engagés à démanteler ou à dégrader la structure de l’UE pour faire avancer leurs propres programmes – et ils peuvent avoir les voix pour le faire.

A quels risques politiques les entreprises européennes sont-elles confrontées ?

Cette lutte pour l’orientation de l’UE déterminera également la manière dont elle se positionnera en tant que plate-forme économique vis-à-vis des autres grandes puissances commerciales au cours de la prochaine décennie. Les marchés concurrentiels de la Chine et des États-Unis sont, bien entendu, d’un intérêt particulier. Les récents appels à la création de « champions européen », en particulier dans le secteur des technologies, suggèrent que les dirigeants des États membres soient prêts à adopter une position plus protectionniste. Cela les aiderait à concurrencer les États-Unis et la Chine pour leur part du commerce mondial. En outre, que pouvons-nous attendre d’autre de la lutte interne pour renouveler ou réorganiser l’UE à la suite du « Brexit » ? Avec de fortes forces populistes qui dictent les termes du débat public, à quels risques politiques les entreprises seront-elles confrontées ?

La forteresse America encouragera une réaction similaire en Europe

La position ferme de l’administration Trump à l’égard de la Chine, qui a ralenti la croissance mondiale, pourrait enfin porter ses fruits en ouvrant la Chine, du moins sur le papier, à des conditions plus favorables au commerce américain. Bien que la guerre commerciale entre les États-Unis et l’UE ait été suspendue en attendant les discussions entre les délégations commerciales des deux partenaires, ces négociations ont peu progressé. Si les États-Unis utilisent des tactiques similaires avec l’UE, le conflit commercial qui en résultera pourrait s’éterniser pendant une longue période. À court et moyen terme, il y a un risque que d’autres barrières commerciales soient érigées à l’encontre des entreprises américaines et d’autres concurrents pour protéger les intérêts de l’UE.

Si l’on ajoute à cela les intérêts communs de l’Allemagne et de la France pour contester les États-Unis en matière de technologie et lutter contre l’influence d’entreprises américaines comme Apple, Google et Microsoft, le risque est grand que des méthodes de réglementation directes et indirectes (comme le RGPD) soient imposées pour limiter l’accès des États-Unis au marché européen.

Le droit de la concurrence va changer, ostensiblement en faveur de la consolidation de l’UE

En dépit des divergences de vues déchirantes entre les groupes d’intérêt des États membres, les gouvernements nationaux semblent déterminés à changer. Ils veulent restructurer le droit de la concurrence dans l’UE pour soutenir les fusions européennes afin qu’elles soient théoriquement plus compétitives. Étant donné que les questions sont complexes et ne semblent pas se prêter à l’alarmisme populiste, les efforts visant à soutenir la création de « champions européens » de l’industrie devraient rencontrer relativement peu d’intérêt ou de résistance du public. L’alliance franco-allemande est, sur cette question, stable et forte. D’autres pays se sont également engagés à réformer le système de concurrence, reconnaissant que ce système est dépassé. Avec le départ de la commissaire Vestager, la bureaucratie qui soutient les examens et les politiques de l’UE en matière de concurrence sera plus ouverte (et vulnérable) au changement.

Renforcement du contrôle des transactions financières et du rôle de la banque européenne

Les banques qui délocalisent leurs opérations hors du Royaume-Uni en raison du Brexit ont déjà été averties d’une augmentation prochaine de la surveillance, à mesure que le centre financier traditionnel de Londres se dissémine dans l’UE. Ces déménagements ont eu lieu à Francfort, Luxembourg, Paris et Dublin, entre autres. L’inquiétude croissante suscitée par le fait que les fonds russes sont blanchis par les banques des pays baltes et scandinaves signifie qu’il s’agit d’un domaine dans lequel les États membres et l’UE trouveront un terrain d’entente pour renforcer le contrôle et renforcer les règles sur les fonds étrangers entrant dans le système bancaire européen. Toutefois, un rôle accru et une plus grande autonomie de la Banque centrale européenne dans la politique monétaire ne sont probablement pas dans les cartes en raison des préoccupations des partis populistes quant à son rôle dans l’économie.

Le crépuscule du Brexit

Indépendamment des batailles politiques pour déterminer l’orientation de l’UE au cours des prochaines années – qu’il s’agisse de centraliser et de revigorer l’ « union sans cesse plus étroite », ou de décentraliser les pouvoirs aux États membres dans certains domaines – le processus de divorce douloureux auquel le monde a été confronté en Grande-Bretagne en vue de quitter le bloc sert bien une cause. Pour la plupart des observateurs, le fait de voir le Royaume-Uni lutter pour s’en sortir a refroidi leur ardeur à faire de même. Du point de vue du risque politique, le risque de fracturation de l’Union a diminué dans l’avenir immédiat. Si personne ne peut être certain de l’orientation que prendra l’UE, elle ira au moins de l’avant en tant qu’unité.

 

Kirk Samson – Global Risk Insights ; traduit par XPJ

*(« Tempête et Passion » en Allemand)





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