Une guerre contre l’Iran est imminente

Article d’Eric S. Margolis, traduit par Soverain

Le président Donald Trump et ses conseillers néoconservateurs tentent de provoquer une guerre avec l’Iran et la Syrie depuis de nombreux mois.

Les néocons font écho au cri de Caton l’Ancien, « delenda est Carthago » (NDT : « Carthage est à détruire ! »). L’Iran doit être détruit.

Jusqu’à présent, Téhéran et son allié Damas ont refusé de répondre aux incursions navales et aériennes américaines ou aux attaques aériennes croissantes d’Israël en Syrie. Mais la guerre des mots entre les Etats-Unis et l’Iran atteint aujourd’hui une phase critique.

La semaine dernière, Trump, qui a échappé au service militaire pendant la guerre du Vietnam, a proféré ses menaces les plus virulentes contre l’Iran, amenant le risque d’une guerre au point d’ébullition. Le 21 mai, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a lancé un véritable ultimatum à l’Iran lors d’une allocution devant l’Heritage Foundation, un influent et riche bras du lobbyisme israélien aux États-Unis.

Pompeo a fait 12 demandes totalement inacceptables à l’Iran qui ont été clairement conçues pour être rejetées par Téhéran. Depuis l’ultimatum de l’Autriche-Hongrie contre la Serbie en 1914, nous n’avons jamais vu un effort aussi clair pour déclencher la guerre. Téhéran a rapidement écarté Pompeo, le qualifiant de « gangster ».

Nous sommes désormais habitués à la rhétorique du sang et du tonnerre entre Washington et Téhéran. Mais cette fois, la politique de la Maison-Blanche est clairement dirigée par les néoconservateurs américains pro-israéliens désireux de voir l’armée américaine écraser l’Iran comme elle l’a fait en l’Irak.

L’écrasement de l’Iran laisserait Israël avec un contrôle sans entrave sur le Moyen-Orient et son pétrole – à moins que la Russie ou la Turquie n’interviennent contre Israël, ce qui serait très improbable. Certains pensent que la Russie et Israël – et les Etats-Unis – ont déjà conclu un accord pour diviser le centre du Moyen-Orient.

« Que les Américains viennent », m’a dit un militant iranien, « ils se casseront les dents sur l’Iran ». Haut en couleur mais très peu précis. Les Etats-Unis et Israël éviteront certainement une nouvelle campagne terrestre massive et coûteuse contre l’Iran, vaste et montagneuse nation qui était prête à subir un million de victimes au cours de la guerre de huit ans entamée en 1980 contre l’Irak. Cette atroce guerre fut déclenchée par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, le Koweït et l’Arabie Saoudite pour renverser le nouveau gouvernement islamique populaire iranien.

Le Pentagone a prévu une guerre aérienne de haute intensité contre l’Iran à laquelle Israël et les Saoudiens pourraient très bien se joindre. Le plan prévoit plus de 2 300 frappes aériennes contre des cibles stratégiques iraniennes : aérodromes et bases navales, dépôts d’armes et d’essence, dépôts de pétrole et de dérivés pétroliers, nœuds de télécommunications, radars, usines, quartiers généraux militaires, ports, ouvrages hydrauliques, aéroports, bases de missiles et unités des Gardiens de la révolution islamique.

Les défenses aériennes de l’Iran varient de faibles à inexistantes. Des décennies d’embargos militaires et commerciaux menés par les États-Unis contre l’Iran l’ont laissé décrépir jusqu’à être affaibli comme l’était l’Irak lors de l’invasion américaine en 2003. Les canons des chars iraniens datant des années 70 sont déformés et ne peuvent pas tirer droit, ses vieux missiles AA britanniques et soviétiques sont pour la plupart inutilisables, et ses anciens MiG et chasseurs chinois prêts pour le musée, notamment des anciens F-14 Tomcat construits aux États-Unis, des copies chinoises et maintenant obsolètes de MiG-21 et une poignée de F-4 Phantom vestige de la guerre du Vietnam qui fonctionnent à peine.

Le commandement du combat aérien n’est pas mieux. Tout l’électronique que possède l’Iran sera grillé ou explosé dans les premières heures qui suivrait une attaque américaine. La petite marine iranienne sera coulée dans les premières attaques. Son industrie pétrolière peut être détruite ou partiellement sauvegardée suivant les plans américains pour l’Iran d’après-guerre.

La seule façon pour Téhéran de riposter serait d’organiser des attaques commando isolées contre des installations américaines sans valeur au Moyen-Orient et, bien sûr, de bloquer l’étroit détroit d’Ormuz qui transporte les deux tiers des exportations de pétrole du Moyen-Orient. La marine américaine, basée tout près du Bahreïn, s’exerce depuis des décennies pour combattre cette menace.

La Chine s’engage à continuer d’acheter du pétrole iranien malgré le blocus américain prévu pour cet automne. Cela pourrait mettre les États-Unis et la Chine dos à dos.

Bien que l’Iran soit en mesure de bloquer certaines exportations de pétrole en provenance des États arabes et ainsi de faire monter en flèche les taux d’assurance maritime, il est peu probable qu’il soit en mesure de bloquer l’intégralité des exportations pétrolières s’il n’attaque pas les principaux terminaux pétroliers d’Arabie saoudite et du Golfe avec des troupes au sol. Durant la guerre Iran-Irak, aucun des deux camps n’avait été en mesure d’interdire complètement les exportations de pétrole de l’autre.

L’intervention directe de l’Occident dans une campagne terrestre majeure semble peu probable. Mais le plan de guerre des États-Unis et d’Israël viserait à détruire totalement l’infrastructure, les communications et les transports de l’Iran (y compris le pétrole), paralysant cette nation grande de 80 millions d’habitants et la ramenant à l’ère pré-révolutionnaire. C’était le plan pour l’Irak, la nation la plus industrialisée du monde arabe qui aujourd’hui est toujours en ruine.

Souvenons-nous des paroles du grand historien romain Tacite : « Où ils ont fait un désert, ils disent qu’ils ont fait la paix ».

Eric S. Margolis

Analyste et commentateur des affaires étrangères

Eric S. Margolis est un chroniqueur et auteur de livres primé et internationalement syndiqué. Ses articles ont paru dans le New York Times, l’International Herald Tribune, le Times of London, le Gulf Times, le Japan Times, le Wall Street Journal, le Khaleej Times, Lew Rockwell et d’autres sites d’information au Moyen-Orient et en Asie. Il est apparu en tant qu’expert en affaires étrangères sur CNN, BBC, ABC, France 2, France 24, Al Jazeera, CTV, CBC, CCTV China. Sa chronique Internet www.ericmargolis.com est consultée chaque semaine dans le monde entier. Il est l’auteur de deux livres à succès « War at the Top of the World – The Struggle for Afghanistan and Asia » et « American Raj, How the U.S. Rules the Mideast ». Vétéran de nombreux conflits au Moyen-Orient, Margolis a fait l’objet d’une apparition spéciale sur la chaîne britannique Sky News TV dans le rôle de « l’homme qui a raison » dans ses prédictions sur les risques et les enchevêtrements dangereux auxquels les États-Unis seraient confrontés en Irak. Il est membre de l’International Institute for Strategic Studies (Londres), du Explorers Club (New York) et du National Press Club (Washington, D.C.). Originaire de New York, il a une résidence à Toronto, mais passe une grande partie de son temps à voyager à travers le monde en affectation.


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