Un Instant de France #5 – Le combattant de la tolérance

« J’étais assis, devant son bureau, la plume immaculée en main. Prenant mon temps pour tremper le bout dans l’encrier, d’une main tremblante par la teneur des mots, l’ancien chancelier dictait son dernier document. Quelques jours auparavant, ce fût une signature pour démissionner de sa charge de chancelier de France et maintenant, son testament prenait forme. Il se savait à la fin de sa vie et n’avait pas à rougir de son œuvre devant l’Éternel. C’est avec beaucoup d’honneur que je me chargerais de faire respecter les dernières volontés de Michel de l’Hospital, mon grand-père.  »

C’est entre 1503 et 1507 que Michel de l’Hospital nait, au château de la Roche à Chaptuzat, une commune du Puy-de-Dôme. Il suivra Charles de Bourbon dans son exil en Italie, accompagné de son père. Et c’est à l’université de Padou qu’il fera ses études et deviendra professeur de droit civil. Il deviendra auditeur de la Rote à Rome, un des trois tribunaux catholiques, ce qui lui vaudra un grand renom.

Il rentrera en France en 1534, sans un sou, et sera conseillé par Pierre le Filleul, l’Archevêque d’Aix et gouverneur de Paris, de se marier, ce qu’il fera en 1537 en épousant Marie Morin, fille de Carole de Montmirail et de Jean Morin. Nommé chancelier de France par le roi François II, le 1er mai 1560, Michel de l’Hospital deviendra le principal collaborateur de la régente, Catherine de Médicis. Alors que la crise entre protestants et catholiques s’intensifie, le chancelier obtiendra que les questions religieuses soient débattues au colloque de Poissy, qui s’est tenue du 9 septembre au 14 octobre 1561. Il tentera d’harmoniser les points de vue des deux camps, mais, se heurtant au fanatisme catholique et protestant, il échouera. En janvier 1562, Michel réussira à promulguer l’édit de janvier, accordant le droit, aux protestants, de se rassembler pour leur culte au sein des faubourgs des villes et à la campagne.

Rendant compte de la situation financière du royaume devant le parlement de Paris, le chancelier prévoit de faire accepter un nouvel édit qui incite à vendre des biens du clergé pour éponger les dettes colossales de la France, afin d’expulser les Anglais hors du Havre et pour payer l’armée. D’abord totalement hostile, le parlement s’inclinera et acceptera l’édit du 13 mai 1563. Par la suite, le chancelier s’évertuera à simplifier le droit français et l’histoire lui attribue l’essentiel des édits promulgués entre 1563 et 1567. Il aurait également joué un rôle décisif lors de l’assemblée du Conseil élargi, où y siègent les princes de sang, les grands officiers et présidents des parlements, qui s’ouvrit en 1566 à Moulins et qui débouchera sur l’ordonnance de Moulins, rédigés par Michel de l’Hospital. Cette ordonnance stipule que les parlements ne pourront refuser d’enregistrer les édits ou ordonnances ni de les faire appliquer, même si les remontrances qu’ils pourraient présenter sur ses lois étaient rejetées. Cette ordonnance a inspiré le régime actuel du Code civil français.

Influencé au départ par les idées de concorde religieuse de ce dernier, après l’échec du colloque de Poissy, son évolution le conduit à accepter une tolérance civile, solution politique qui correspond à son profond respect des libertés de conscience. Son gallicanisme le pousse à tenir des positions fermes concernant l’indépendance temporelle de l’Église et de la couronne vis-à-vis du pape, et explique sa rupture en 1564 avec le cardinal de Lorraine, le même qui influença le pouvoir quatre ans plus tôt pour aider Michel à devenir chancelier. Sa volonté ferme de protéger à tout prix l’équilibre instauré par l’édit d’Ambroise, un traité de paix signé le 19 mars 1563 par Louis de Condé, Duc d’Enghien et prince de sang de la maison Bourbon, et par Anne(1) de Montmorency, chef de l’armée catholique et grand maître de France, pousse Michel à une certaine violence. Cependant il échoue à nouveau dans ses tentatives d’apaisement du conflit. Rêvant d’un concile national impossible, il se heurte rapidement à la difficulté d’application de l’édit d’Ambroise et au manque de tolérance de ses compatriotes.

La bataille de Saint-Denis, le 10 novembre 1567, marque l’apogée de cette guerre sanglante et a gardé une issue indécise. Bien que le prince de Condé fut repoussé, Anne de Montmorency trouva la mort. Un autre traité de paix, nommé la paix de Longjumeau, apparaît comme l’ultime tentative de sauver la France de cette guerre civile. La colère gronde à nouveau dans le camp catholique, et leur tentative manquée de capturer deux chefs protestants, ravive les feux de la guerre. Michel de l’Hospital rendra les sceaux peu après que la troisième guerre de religion fut débutée. Il rédigera un long mémoire au roi pour justifier sa politique, avant de démissionner de sa charge, le 1er février 1573. Son départ finira d’enterrer la politique de tolérance civile. Il s’éteindra le 13 mars 1573 au château de Belesbat à Boutigny-sur-Essone, après avoir dicté son testament à son petit-fils, Michel Hurault.

Michel de l’Hospital fut un grand juriste français qui a vécu à une des périodes les plus troublées de la France. Il a tenté, comme il a pu, de préserver l’ordre civil. Ce faisant parfois insulter et souvent relier aux rangs des protestants, car sa femme et sa fille s’étaient converties, il continua son combat, ne souhaitant privilégier aucun camp. Il échoua face au défi de son siècle à cause des forces qui s’opposaient. Aujourd’hui encore, un goût de déjà vu s’immisce en chacun de nous. Mais cette fois, la guerre civile prend une tournure qui dépasse les frontières de notre pays. En effet, ce n’est plus deux mouvements au sein d’une même religion qui se cherchent querelle, mais bien deux religions, deux façons de vivre, deux visions du monde. Bien sûr, la guerre d’aujourd’hui n’est pas ouverte comme ce fût le cas au 16e siècle, mais elle fait des morts, tous les jours. Michel de l’Hospital avait choisi la voie la plus noble, mais il ne récolta qu’échec sur échec. Peut-être que la folie est en fait de répéter la même erreur, encore et encore, en croyant que le résultat sera différent. Cependant, son combat politique était animé d’une volonté sans faille mais le poids de l’Histoire était trop lourd pour une seule personne.

« Ôtons ces mots diaboliques, noms de partis, factions et séditions, luthériens, huguenots, papistes, n’échangeons le nom de chrétiens ! »

Extrait du discours de tolérance de Michel de l’Hospital, devant les états généraux d’Orléans, le 13 décembre 1560.

1 : À l’époque, le prénom Anne est un prénom épicène (masculin et féminin)

Écrivain, amoureux de l’histoire de la France et gamer à ses heures perdues. Curieux personnage que voici, vagabondant d’un genre à l’autre, d’une idée à une autre, ne se ralliant qu’à ceux qui aiment la France.

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