Un Instant de France #4 – Le père de la Table ronde

 

« Je pris l’ouvrage de ma bibliothèque. Il était épais et son cuir portait un dessin en son centre, représentant une coupe d’or sertie de rubis. Les souvenirs, de mon père me contant les aventures du Roi Arthur et de ses chevaliers, me revinrent en mémoire. Quand j’étais enfant, j’étais fasciné par Merlin l’enchanteur, le fier chevalier Lancelot et le souverain Arthur le juste. Mes amis, à l’époque, rêvaient, tout comme moi, de partir à l’aventure pour trouver le saint Graal. Les années ont passé et il est temps pour moi de perpétuer la légende du Roi Arthur et des chevaliers de la Table ronde auprès de mes enfants. »

Chrétien de Troyes

C’est vers 1130 que Chrétien de Troyes voit le jour en Champagne à Troyes, bien que ce dernier point soit hypothétique. On ne sait que peu de choses de sa vie jusqu’à son nom qui ne nous est révélé qu’à travers le prologue d’Erec et Enide, le supposé deuxième roman arthurien de l’auteur écrit en 1162, où il s’y présente comme Crestiens de Troies. Sa vie nous est inconnue jusqu’à 1160, année qui signe ses débuts en littérature avec les traductions de l’Art d’aimer et de quelques passages des Métamorphoses d’Ovide. Son premier roman, qui mettait en scène Tristan et Yseult, fut perdu tout comme trois autres de ses textes. En 1164, il écrit Clignès ou la fausse morte. À ce stade, il est important de préciser que plusieurs dates ultérieures sont proposées comme 1170 pour Érec et Enide, ce qui rend plus difficile encore de donner des dates précises pour ses romans.

Dans le prologue du Chevalier de la charrette, Chrétien affirme qu’il écrit l’ouvrage sous les ordres de ‘ma dame de Champagne’, c’est à dire de Marie de Champagne, fille d’Aliénor d’Aquitaine et de Louis VII. Cela nous renseigne sur son statut de poète à la cour de Champagne. Plus tard, dans le prologue de son œuvre inachevée, Perceval ou le Conte du Graal, l’écrivain nous affirmera être au service de Philippe d’Alsace, Comte de Flandre. Ces deux affirmations nous aident pour dater plus précisément ses romans bien qu’aucune certitude ne soit possible.

Perceval recevant l’épée des mains du Roi pécheur

Chrétien de Troyes meurt entre 1180 et 1190, ce qui serait la cause de l’inachèvement de Perceval ou le Conte du Graal. On situe alors Lancelot dans les années 1168, Yvain ou le Chevalier au lion en 1172. Ainsi s’arrêtent les informations dont nous estimons la véracité comme hautement possible. D’autres indications comme sa naissance dans une famille de la petite noblesse ne sont que le fruit de suppositions basées sur des descriptions, mais non données par le concerné.

Chrétien est considéré comme le ‘père du roman arthurien’ et ‘l’inventeur du roman médiéval’. Il instaure un nouveau schéma d’écriture, mettant en scène des chevaliers confrontés à un choix moral entre l’amour et leurs devoirs. Le parcours initiatique est au cœur de ses romans et chacun de ses héros devra s’accomplir en se surpassant lors d’épreuves physiques, morales et spirituelles, voire magiques, dans leur quête du Saint Graal, la coupe qui recueillit le sang du Christ. Dans chacun de ses romans, Chrétien représente la cour du Roi Arthur comme décadente où chaque chevalier rivalise pour acquérir plus de renom personnel, allant totalement à l’encontre de la chevalerie qui dicte qu’il faut se battre pour autrui et non pour soi. Chrétien présente donc la condamnation et la fin d’Arthur et des chevaliers de la Table ronde qui, pour certains, réussiront à se surpasser et à apprendre la valeur de la chevalerie, comme Perceval qui réussira à trouver le Graal. L’amour courtois est un des thèmes principaux de ses œuvres tout comme la religion, l’honneur et le fantastique.

Lancelot traversant le pont de l’épée

Aujourd’hui encore, l’œuvre de Chrétien de Troyes se perpétue en des versions modernes et revisitées de la légende du Roi Arthur, mais également par une reprise de ses codes d’écriture. En effet, beaucoup de films ou de romans accordent une très grande importance au parcours initiatique et à l’honneur, représentant des chevaliers des temps modernes ou de chevaliers futuristes armés, eux aussi, d’épées magiques comme Arthur brandissant Excalibur.

Excalibur, attendant la venue du souverain choisit par les Dieux

« Nul s’il n’est courtois ni sage, ne peut d’Amour rien apprendre […] »

– Extrait de la chanson: Amors, étançon et bataille de Chrétien de Troyes.