Un Instant de France #3 – le tombeau de nos anciens rois

Ceci est un article qui est une réponse, en bonne et due forme, au tweet de Clémentine Autain, députée de la onzième circonscription de Seine-Saint-Denis pour la France Insoumise.

« Le jour tant espéré arriva. L’empereur vint s’enquérir de l’état du bâtiment. Entièrement décarrelé, le toit dépouillé, les vitraux dérobés depuis 1794, la bâtisse faisait peine à voir et pourtant, une intrigante aura s’en dégageait. Quelque chose nous contemplait depuis l’unique flèche qui fendait le ciel. Je n’étais pas superstitieux mais nous ressentions tous un poids titanesque sur nos épaules, celui du temps et des grandes figures qui reposaient au sein de l’édifice. La pensée de l’empereur lui était intime, pourtant je pouvais imaginer sans nul doute la raison de sa décision. Il était l’empereur de notre pays, impossible de le voir reposer autre part qu’aux côtés de ses pairs qui ont dirigé la France. Sa place serait ainsi, pour toujours, aux côtés de son peuple.  »

Il est toujours délicat de se prononcer sur un sujet aussi important. Qu’est-ce qui caractérise le plus la France  ? Qu’est-ce qui la personnifie  ? Qu’est-ce qui la fait vivre à travers les âges  ? De grands personnages ont fait vivre notre pays et l’ont développé. Néanmoins, il serait judicieux de s’attarder aux bâtiments qui entremêlent histoire et personnification. Des bâtiments, non réputés pour leurs constructeurs, comme Gustave Eiffel pour sa tour qui porte son nom, mais bien pour leur grandeur qui a traversé les âges sans faiblir. Dans cette époque où certains préfèrent, à raison ou à tort, se projeter dans l’avenir, il est bon que certains rappellent notre passé. La basilique cathédrale de Saint Denis est un pont immémorial qui a traversé l’histoire de France.

En effet, c’est au 5e siècle que nous pouvons parler d’église et non de nécropole gallo-romaine. Déjà à l’époque, le lieu revêt d’un grand prestige, comme en témoignera la découverte du sarcophage de la reine Arégonde, épouse de Clotaire 1er et donc, belle-fille de Clovis, en 1959. C’est la première personnalité royale à y élire domicile, la première d’une longue liste.

C’est après maints voyages à Rome que Fulrad, le quatorzième abbé de Saint-Denis, tire son inspiration pour reconstruire l’édifice, conformément au vœu de Pépin le Bref, qui souhaitait bâtir à neuf l’antique basilique, en 754. Malheureusement, il meurt avant le début des travaux et la consécration du lieu se fera le 24 février 775, en présence de Charlemagne le Grand. Le prestige de la basilique est tel, que Charles II le Chauve s’appropriera le titre d’abbé de Saint Denis, en 867. Il fortifiera également l’édifice devant la menace Viking, en 869.

C’est à partir du règne de Louis VI que les rois de France se rendent à la basilique pour y dresser fièrement l’oriflamme de Saint-Denis, qui était l’étendard du roi de France en temps de guerre de 1124 jusqu’à la fin du Moyen-Age, juste avant de partir en croisade ou en guerre. Le 22 août 1291, une bulle du pape Nicolas IV, confirmant elle-même une bulle de Célestin III, accorde aux religieux de Saint-Denis le privilège de n’être soumis à aucune sanction canonique, émanée de qui que ce fut, hormis de leurs abbés, sans une licence spéciale du souverain pontife, montrant à nouveau le statut particulier de la basilique de Saint-Denis.

Les sacres des reines de France eurent lieu en général à la basilique. Selon le Cérémonial du sacre des rois de France, de Pons Augustin Alletz un compilateur de littérature français, paru à Paris en 1775, l’église a vu 29 princesses sacrées reines de France. Mais si l’édifice de Saint Denis est si connu, c’est surtout pour une raison. C’est le lieu de repos de nombreux souverains français, depuis Dagobert 1er à Louis XVIII. Bien que quelques rois mérovingiens et carolingiens y ont prit demeurent, c’est bien avec les robertiens et les capétiens que la nécropole royale obtient son statut définitif de rassemblement des sépultures royales. Ainsi, à l’exception de Philippe 1er, Louis VII et Louis XI, tous les rois capétiens y reposèrent. Peu à peu, ce n’était plus le privilège des rois et des reines de France. Ce fut également l’honneur des membres de la famille royale et de grands serviteurs du royaume, les rois, les autorisant à reposer à leurs côtés pour les honorer.

Gisants de la basilique de Saint-Denis.

 

La basilique est plus qu’un bâtiment s’élevant dans une cité française, c’est un témoin éternel de la grandeur de notre pays. Une égide providentielle qui garde les gisants de notre histoire passée. Sans jamais faiblir à sa tâche et contemplant encore notre belle nation. C’est un bastion, une ode dirigée à chacun de nous. Dans une époque où certains se jettent à corps perdu dans l’avenir et tournent en dérision ce qui fut notre grandeur, il est normal que d’autres se tournent vers le passé pour tenter d’insuffler à nouveau, une petite étincelle de cette gloire d’antan. La basilique de Saint-Denis est un sanctuaire inviolable. La tombe de nos souverains passés. Et même si en 1793, les révolutionnaires ont jeté dans des fosses communes, les dépouilles de 42 rois, 32 reines, 63 princes et 10 serviteurs du royaume (Dont Louis VI et Marie Antoinette furent identifiés et retrouvèrent leurs places sous la restauration.) ce bâtiment demeure un sanctuaire. Il serait inconcevable d’aller profaner le cimetière d’un crématorium au prétexte que les tombes soient vides de leurs occupants. Il serait inconcevable d’aller profaner la Cathédrale Notre-Dame de Paris. Il est ainsi bon de rappeler, à ceux qui feignent l’ignorance ou le dégoût au nom d’une idéologie, qu’un pays ce n’est pas qu’un peuple, des bâtiments ou une histoire. C’est une âme qui pulse en toute chose dans ledit pays. Elle s’incarne dans ses habitants, dans ses coutumes, ses mœurs, mais elle imprègne également les bâtisses. La basilique de Saint-Denis n’est pas une exception à la règle et mérite autant de respect que la Tour Eiffel, si ce n’est plus de par son caractère sacré et si unique.

Exceptionnellement il n’y aura pas de citation, car aucun mot ne pourrait, avec assez de respect, décrire le sentiment éprouvé quand nous contemplons notre histoire. Et je ne suis pas assez hautain pour insulter un pan de notre histoire.

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