Trump et Juncker : L’art du no-deal

Article paru sur Politico, traduit par Soverain

Rien de ce que les deux hommes ont convenu ne reflète un changement de politique.

En dépit de l’amour et des baisers, le président américain Donald Trump et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker ont convenu de laisser les choses telles qu’elles étaient.

Après une réunion de trois heures et demie mercredi, Trump a promis à Juncker qu’il « retarderait l’application de nouveaux tarifs douaniers » sur l’Europe. En échange, Juncker a assuré au président américain que l’Europe importerait plus de soja américain et faciliterait les importations de gaz naturel liquéfié.

« Je suis venu pour un accord ; nous avons conclu un accord », a déclaré M. Juncker lors d’une apparition conjointe à la roseraie de la Maison-Blanche, après la réunion.

Cependant, rien de ce que les deux hommes ont convenu ne reflète un changement de politique – pour l’instant (ils ont accepté des mesures à plus long terme telles que la création d’un groupe de travail pour travailler à la réduction des tarifs douaniers).

Pour faire simple, l’UE a proposé ce qu’elle allait déjà faire. Et en échange, les États-Unis ont accepté de ne pas faire ce qu’ils n’avaient pas encore fait.

Même si Juncker voulait stimuler les importations de soja américain, il ne pourrait pas faire grand-chose.

Prenez le soja. Le secteur de l’élevage de l’UE dépend fortement des importations pour nourrir son bétail, et les entreprises du Continent ont effectivement augmenté leurs achats de soja américain.

Mais ce n’est pas à cause de ce que les fonctionnaires de l’UE ont fait. C’est le résultat de la guerre commerciale que Trump a commencé avec la Chine.

Les droits de douane chinois sur le soja américain ont encouragé leurs importateurs à passer des États-Unis aux producteurs brésiliens et argentins. Cela a fait monter les prix en Amérique du Sud et les a fait baisser aux États-Unis.

« Il y a une réalité sur le marché libre : le soja américain est beaucoup plus attractif, beaucoup plus compétitif que d’autres produits », a déclaré Alexander Döring, secrétaire général de la FEFAC, le lobby européen de l’alimentation animale. Il a ajouté que la sécheresse dans une grande partie de l’Europe du Nord et de l’Argentine avait également accru la demande de soja américain.

Conférence de presse de Juncker
Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne. Crédit : Jim Lo Scalzo/EPA

Même si Juncker avait voulu stimuler les importations de soja américain, il n’aurait pas pu faire grand-chose.

Il n’y a pas de droits de douane de l’UE sur le soja américain. Et Bruxelles n’a pas le pouvoir de dire aux entreprises privées européennes ce qu’elles doivent acheter.

« Nous ne sommes pas l’Union soviétique », a déclaré Jean-Luc Demarty, directeur général du commerce à la Commission européenne, lors d’une réunion privée jeudi, selon deux personnes présentes dans la salle.

André Sapir, expert commercial au sein du groupe de réflexion Bruegel, s’est dit en accord. « Ce n’est pas une vraie affaire, c’est juste le marché qui fonctionne », a-t-il dit.

Il en va de même pour l’autre promesse de Juncker, concernant le gaz naturel liquéfié (GNL).

Les États-Unis exportent déjà du GNL vers l’Europe. Les forces du marché détermineront en grande partie si sa part augmentera à l’avenir.

« Le processus est piloté par les marchés, ce qui signifie que le GNL américain arrivera en quantités plus importantes lorsque le prix sera plus attractif », a déclaré Marco Giuli, expert en politique énergétique au think tank European Policy Center.

« Je ne prendrais pas cette déclaration aussi sérieusement » – Marco Giuli

M. Juncker a déclaré lors de la conférence de presse que l’UE investirait dans davantage de terminaux GNL. Mais cela non plus n’est pas nouveau.

L’UE a promut les infrastructures de GNL depuis des années, dans le cadre de ses efforts de diversification de l’approvisionnement en gaz russe, en particulier dans les pays d’Europe centrale et orientale qui dépendent depuis longtemps de leur ancien maître soviétique. Ces dernières années, de nouveaux terminaux GNL ont été mis en service en Pologne et en Lituanie.

« Ce que je dis, c’est qu’il n’y a pas eu d’avancées », a dit Giuli.

Emmet Livingstone et Kalina Oroschakoff, avec la contribution au reportage de Hans von der Burchard





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