Trump est-il en train de réunir un gouvernement de guerre ?

Le président Trump et le secrétaire à la Défense James Mattis. (Photo prise par le quartier-maître de 2e classe Dominique A. Pineiro de la marine américaine)

Note de Soverain : tous les regards sont actuellement tournés vers la Russie, le grand méchant loup que l’occident doit absolument combattre. Il ne faut surtout pas oublier l’Iran et le remaniement de gouvernement américain qui eu lieu ces dernières semaines et qui prouve que les néoconservateurs sont plus que jamais de retour. Les nouveaux hommes forts aux départements de la défense et à la sécurité nationale sont très hostiles (c’est un euphémisme de le dire) à l’égard de l’Iran (sauf peut-être seulement un général 4 étoiles). Plusieurs leaders appellent au fameux « regime change » que les Américains connaissent plutôt bien. Pat Buchanan est un journaliste et homme politique américain conservateur (à ne pas confondre avec les néocons) et nous livre ici un regard inquiet (et beaucoup de questions) sur les évènements dramatiques qui pourraient se passer en cas d’attaque des USA sur l’Iran.


 

Le dernier homme qui se tient entre les États-Unis et la guerre avec l’Iran est peut-être un général quatre étoiles affectueusement connu de ses marines sous le nom de « Mad Dog ».

Le général James Mattis, secrétaire à la défense, semble être le dernier homme dans la salle de crise (NDT : en Anglais, la « situation room« ) qui croit que l’accord nucléaire iranien vaut la peine d’être préservé et que la guerre avec l’Iran est une idée épouvantable.

Pourtant, à part Mattis, le président Donald Trump semble créer un cabinet de guerre. Trump lui-même s’est engagé à se retirer de l’accord nucléaire iranien – « le pire accord jamais conclu » – et à réimposer des sanctions en mai.

Son nouveau conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, qui a écrit un éditorial intitulé « To Stop Iran’s Bomb, Bomb Iran » (NDT : pour arrêter la bombe iranienne, bombarder l’Iran), a appelé à des frappes préventives et à un « changement de régime ».

Le secrétaire d’État désigné Mike Pompeo appelle l’Iran « un État policier voyou », une « théocratie despotique » et « l’avant-garde d’un empire pernicieux qui étend son pouvoir et son influence à travers le Moyen-Orient ».

Le chef arabe préféré de Trump, le prince saoudien Mohammed bin Salman, 32 ans, appelle l’ayatollah Khamenei iranien « l’Hitler du Moyen-Orient ».

 

Ali Khamenei – actuel guide suprême de la Révolution islamique

 

Bibi Netanyahu est monomaniaque sur l’Iran, qualifiant l’accord nucléaire de menace pour la survie d’Israël et l’Iran de « la plus grande menace pour notre monde ».

L’ambassadeur de l’ONU, Nikki Haley, se fait la porte-parole de tous.

Pourtant, l’Iran ne semble pas vouloir de guerre. Les inspecteurs de l’ONU confirment régulièrement que l’Iran respecte strictement les termes de l’accord nucléaire.

Alors que les navires de guerre américains dans le golfe Persique ont souvent rencontré des bateaux et des drones iraniens d’attaque rapide entre janvier 2016 et août 2017, cela s’est arrêté. Les navires des deux pays ont fonctionné pratiquement sans incident.

Quel serait le résultat de la destruction de l’accord nucléaire par Trump ?

La première serait l’isolement des États-Unis.

La Chine et la Russie n’abrogeraient pas l’accord, mais accueilleraient l’Iran dans leur camp. L’Angleterre, la France et l’Allemagne auraient à choisir entre l’accord et les États-Unis (NDT : on ose faire une prédiction difficile : la France s’alignerait…). Et si Airbus était obligé de rejeter les commandes iraniennes de centaines de nouveaux avions, comment cela irait-il avec les Européens ?

Comment réagirait la Corée du Nord si les États-Unis détruisaient un accord selon lequel l’Iran, après avoir accepté de sévères restrictions sur son programme nucléaire et permis des inspections intrusives, était privé des avantages promis par les Américains ?

Pourquoi Pyongyang, après nous avoir vus attaquer l’Irak, qui n’avait pas d’Armes de Destruction Massive (ADM), et la Libye, qui avait renoncé à ses ADM pour nous apaiser, envisageraient-ils de renoncer à leurs armes nucléaires, surtout après avoir vu les dirigeants des deux nations exécutés ?

Et si les cinq autres signataires de l’accord avec l’Iran continuent malgré nous et que l’Iran accepte d’en respecter les termes, que faisons-nous alors ?

Trouver un casus belli pour aller à la guerre ? Pourquoi ? Comment l’Iran nous menace-t-elle ?

Une guerre, qui impliquerait des navires de guerre américains contre des nuages de torpilleurs iraniens, pourrait fermer le golfe Persique au trafic pétrolier et provoquer une crise dans l’économie mondiale. Les djihadistes chiites anti-américains de Beyrouth, Bagdad et Bahreïn pourraient attaquer le personnel civil et militaire américain.

Comme l’armée et le Corps des Marines n’ont pas les troupes pour envahir et occuper l’Iran, devrions-nous réactiver le projet de changement de régime ?

Et si nous décidions de bloquer et de bombarder l’Iran, nous devrions détruire tous ses missiles antinavires, ses sous-marins, sa marine, son armée de l’air, ses missiles balistiques et son système de défense aérienne.

Et une attaque préventive contre l’Iran n’unirait-elle pas son peuple dans la haine contre nous, tout comme l’attaque préventive du Japon contre Pearl Harbor nous a unis dans la détermination d’annihiler son empire ?

 

 

À quoi ressemblerait le Dow Jones après une attaque contre l’Iran ?

Trump a été nommé parce qu’il a promis de nous tenir à l’écart de guerres stupides comme celles dans lesquelles des gens comme John Bolton et les républicains de Bush nous ont plongés.

Après 17 ans, nous sommes toujours embourbés en Afghanistan, essayant d’empêcher les talibans que nous avons renversés en 2001 de revenir à Kaboul. Après notre invasion de 2003, l’Irak, autrefois un rempart contre l’Iran, est devenu un allié chiite de l’Iran.

Les rebelles que nous avons soutenus en Syrie ont été mis en déroute. Et Bachar al-Assad – grâce au soutien de la Russie, de l’Iran, du Hezbollah et des milices chiites du Moyen-Orient et d’Asie centrale – a sécurisé son pouvoir.

Les Kurdes, qui nous ont fait confiance, ont été écrasés par notre allié de l’OTAN, la Turquie, et par l’armée irakienne que nous avons entraînée en Irak.

Qu’est-ce que Trump, qui nous a assuré qu’il n’y aurait plus de guerres stupides, est en train de penser ? Truman et Lyndon B. Johnson nous ont fait entrer dans des guerres qu’ils ne pouvaient pas terminer, et tous deux ont perdu leur présidence. Eisenhower et Nixon ont mis fin à ces guerres et ont été récompensés par des déculotées électorales.

Après sa victoire écrasante dans l’opération « Tempête du désert », Bush père s’est vu refuser un second mandat. Après avoir envahi l’Irak, Bush fils a perdu les deux chambres du Congrès en 2006, et son parti a perdu la présidence en 2008 au profit de Barack Obama qui était à l’époque contre la guerre.

Pour une fois que Trump semblait comprendre cette histoire…

 

Patrick J. Buchanan

Traduit de l’Anglais par Soverain

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