Trois raisons pour lesquelles il n’y a pas lieu d’être pessimiste à propos du Brexit

brexit
La plupart des scénarios que nous proposent les politiques et les médias sont pessimistes voir catastrophiques. Voici 3 raisons pour lesquelles ce ne sera pas le cas.

Article paru sur CapX, traduit par Soverain

Quels sont les plus grands mythes sur lesquels repose l’UE ? En tête de liste se trouve probablement le bobard « l’UE c’est la paix », mais ce mensonge s’estompe au fur et à mesure que l’on constate que la transformation de nations diverses en une seule entité politique est en fait le terreau des tourmentes.

Une fois démystifié, c’est ainsi que se lit le discours de paix fédéraliste de l’UE : « Déchirons les frontières et unissons-nous avant que quelqu’un de moins bienveillant n’entre sur ce terrain périlleux. » Ce qui fait écho au récit de pratiquement tous les rois « impérialistes » du passé. Personne ne devrait s’étonner qu’à mesure que les pouvoirs de l’UE se sont accrus, les divisions européennes aussi.

Qu’en est-il du mythe selon lequel l’UE promeut la démocratie ? Dans les faits, ce mythe est bien compliqué à vendre, étant donné que la Commission non élue se trouve au sommet de la pyramide des pouvoirs à Bruxelles. Une commission qui suggère d’ailleurs « plus d’informations sur l’UE » à chaque fois que les électeurs n’approuvent pas l’agenda d’intégration, qui ne cesse d’ailleurs de s’accélérer. Nombreux sont ceux qui croient encore à ce mythe démocratique, alimenté par les pseudo-recherches menées par des universités financées par l’UE.

Mais le mensonge le plus important, même parmi les votants du Leave, est que l’adhésion à l’UE présenterait un énorme avantage économique net. Donc, si vous désirez en sortir, vous devrez argumenter que le coût en vaut la peine. Les rapports économiques avertissant que la sortie l’UE serait un acte de suicide économique ne manquent pas. Mais il y a trois raisons pour lesquelles de tels rapports catégoriques devraient être pris avec des pincettes.

Tout d’abord, les scénarios pessimistes oublient l’énorme revers économique de la tourmente politique liée à l’expansion de l’UE bien au-delà de son rôle démocratique. La poursuite de l’enchevêtrement de l’UE engendre une lutte politique perpétuelle contre un pouvoir centralisé tellement absorbé par sa vision des États-Unis d’Europe que ses dirigeants semblent véritablement convaincus que leurs manœuvres « tactiques » sont fondées. Il est fort peu probable que des dirigeants ayant un tel état d’esprit résolvent un jour le problème de la confiance en l’UE, du déficit démocratique de l’UE, de la bombe à retardement qu’est l’euro, du désordre migratoire de l’UE des luttes incessantes concernant les budgets des États de l’UE.

Quitter l’UE implique des prises de décisions politiques et économiques plus transparentes, moins de lobbying sournois, pas de parti « contre » le Royaume-Uni et des électeurs britanniques qui décident en définitive des actes toujours controversés mais nécessaires en matière d’équilibre sur le marché du travail, d’immigration et de relations extérieures. Cela signifie également que la question toxique de l’UE ne supplantera plus tout le reste. Il est certain que le fait d’en partir entraîne une certaine instabilité à court terme, mais le fait d’y rester signifie sans doute de l’instabilité à court terme mais très certainement pour les années à venir.

Deuxièmement, les scénarios pessimistes oublient comment l’UE favorise les géants du marché du travail, ceux qui disposent d’une bourse suffisamment importante pour financer une représentation permanente de lobbyistes bruxellois. Lorsque des groupes d’intérêt comme le CBI [NDT : le principal syndicat patronal ] et le TUC [NDT : un groupement de syndicats ] chantent du même hymne (corporatiste), cela augure généralement de mauvaises nouvelles pour les petits entrepreneurs, les emplois de demain et les créateurs d’impôts.

Comment cela se fait-il ? Parce que cela entraînera inévitablement un fardeau réglementaire difficile à avaler pour les entrepreneurs. C’est pourquoi, dans toute économie dirigiste, les grandes entreprises sont obligées de se contenter de ce qu’elles ont et de perdre leur avance, tandis que les suivants cesseront même avant d’avoir essayé.

C’est pourquoi tous les oligopoles tels que Goldman Sachs, JP Morgan et Morgan Stanley sont fortement en faveur du Remain. Et c’est pourquoi de nombreux entrepreneurs vraiment créateurs de valeur – comme James Dyson, Luke Johnson et Tim Martin – se rangent dans le camp du Leave.

Troisièmement, les scénarios pessimistes oublient les dépenses liées à un secteur public si fortement imbriqué dans le maillage européen d’intérêts particuliers qui, pendant des années, a été constamment biaisé en faveur du discours de Bruxelles. C’est bien entendu la raison pour laquelle les arguments critiques de l’UE – tels que ceux présentés dans cet article – sont généralement tout bonnement ignorés.

La partialité du système explique très probablement pourquoi M. Cameron et Mme May, qui ont tous deux construit leur carrière en suivant l’humeur qui prévaut à Westminster, ont fini par se rallier à l’idée Bruxelloise qu’une sortie serait catastrophique. Depuis des années, la plupart des conseillers du gouvernement débordent d’enthousiasme lorsqu’il s’agit de recueillir des renseignements dans les prestigieux centres de pouvoir fédéralistes de Bruxelles, mais n’ont mis les pieds à Leeds ou Swindon qu’avec réticence. Tous les gouvernements qui cherchent à s’éloigner encore plus de la réalité pratique finiront par en être à jamais déconnectés. Il s’agit là d’une recette infaillible aboutissant à de constantes mauvaises décisions gouvernementales et à un tarif qui rendrait insignifiantes toutes les discussions sur les droits de douanes.

La réalité de l’adhésion à l’UE est que l’exercice d’un contrôle de la hiérarchie a toujours été l’ennemi non seulement de la vitalité et de l’esprit entrepreneurial, mais aussi d’un débat public honnête. Le peuple britannique a courageusement défié ce pouvoir massif et centralisé et l’on pouvait craindre à un retour de bâton – dont une déformation de la vérité – ainsi qu’une réaction de rejet. Même pour la plupart des Remainers, la lutte pour rester empêtré ne semble pas être une lutte pour une chose positive, mais une préférence pour le monstre que nous connaissons. Ce type de campagne a rarement un sens économique. Tout comme il n’est pas très sensé de dépenser beaucoup d’argent pour de mauvaises choses.

Appuyer sur le bouton de réinitialisation, cela est censé. Le Royaume-Uni devrait le faire le plus rapidement possible. Non seulement pour les raisons déjà évoquées, mais aussi en raison d’un autre effet dynamique généralement exclu des modèles économiques pessimistes. Une fois que le Royaume-Uni sera vraiment hors de l’UE, la politique incitative des fédéralistes européens se transformera radicalement. Il n’y aura alors qu’un seul moyen pour l’UE de tirer un bénéfice économique du Royaume-Uni. Non pas en cherchant à maintenir le Royaume-Uni en son sein (et ce, avec les frais qui vont avec). Mais à travers, oui, le commerce.

Pour toutes ces raisons, repartir de zéro, une « rupture nette » serait vraiment le moyen le plus économe et le plus prudent de rebâtir avec succès les relations UE-Royaume-Uni qui ont été perturbées. C’est sans doute la seule façon d’éviter de perdre encore plus d’années au profit d’un état permanent d’incertitude sur les négociations.

Mark Brolin

Analyste politique suédo-britannique, économiste et auteur. Contributeur régulier au débat politique au Royaume-Uni (The Telegraph, CapX) et en Suède (la plupart des grands médias suédois). Auteur de « A State of Independence : Why the EU is the Problem not the Solution » (Endeavour) et « Sweden’s role in a changing Europe : 17 reasons for Swexit and a fresh international start » (Realia). Réside à Londres.


À l'attention de nos lecteurs:
  • Soverain a réalisé cette traduction d'article pour vous faire partager un point de vue bien souvent non abordé par nos médias francophones. Les propos tenus par l'auteur ne reflètent pas forcément la ligne éditoriale de Soverain; dès lors qu'un article traite un sujet de façon intéressante, cohérente et vérifiée, il a sa place sur notre site.
  • Tous les articles/auteurs ayant un parti-pris, nous attirons votre attention sur le fait, qu'ici comme ailleurs, vous devez faire preuve d'esprit critique, et croiser plusieurs sources d'informations pour vous faire un avis personnel sur un sujet/événement.
  • Cet article est soumis à la licence [Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International], vous pouvez donc le reproduire à des fins non commerciales.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.