Scission au Front national, le retour aux origines ?

Florian Philippot quitte le Front national. Surprise ? Fallait-il en douter après tout ? Ces semaines passaient avec cette même tension, ce même flou des idées, cette bouillie intestine. Philippot, finalement, fait le choix du départ, fidèle à ses convictions souverainistes, la fuite à deux cent à l’heure du parti lepeniste devenait inévitable. Plus qu’un combat entre deux personnalités fortes du mouvement, le cas Philippot était devenu, à travers ces péripéties frontistes, un combat idéologique, un combat à mort post-électoral.

La ligne souverainiste tenante de la dédiabolisation du FN s’effritait et prenait du plomb dans l’aile. Philippot cherchait à ouvrir le débat, à poser les problématiques déterminantes pour la stratégie à suivre. Gaulliste, il se voyait déjà rassembleur au nom d’un déterminant impérieux, atmosphérique, comparé à ces querelles intestines : l’intérêt supérieur de la France. Hélas pour l’ancien militant chevènementiste, le destin du FN était déjà tout tracé par les barons du parti alors en position de force, l’immigration est le sujet numéro 1, le sujet fondamental ; le souverainisme suivra disent-ils.

Philippot, lassé de ces divergences et de ces tergiversations claque la porte, comme bien d’autres avant lui. Certains crieront sur les toits « bouc-émissaire post électoral », « gauchiste » voire carrément « traître ». Peu importe, l’énarque est fatigué de ces guerres internes contre-productives, lui ce qu’il veut selon ses dires, c’est la liberté et l’indépendance de la France. Le souverainisme à l’état pur. Une idée que le FN n’a jamais su incarner et qu’il ne pourra jamais proposer selon les dirigeants de l’aile radicale du front, ou plus exactement qu’ils voient repoussée aux calendes grecques. L’identité française d’abord, la liberté ensuite ? Voilà la question de fond qui est posée au parti frontiste. Plus qu’une question, ce basculement idéologique cristallisera le nouvel ADN du parti. Les proches de Philippot prétendent que l’identité et la souveraineté sont les deux revers de la même médaille, les barons pensent qu’il faut hiérarchiser.

Philippot parti, un certain nombre de cadres du FN vont prendre le chemin de la sortie. Un nous intéresse particulièrement : Philippe Murer, le conseiller économique et environnement du Front. Il est le seul économiste qui pouvait conseiller le front et ses positions sont connues de tous, il souhaite défendre la classe moyenne et les petits salaires. Il souhaite la sortie de l’euro, condition indispensable pour dérouler la souveraineté par la suite et donc sécuriser l’identité française. Eh bien tout cela s’envole, le FN se dit en refondation. Mais ce séisme politique au sein de son parti lui fait prendre de l’élan seulement pour mieux reculer. On imagine assez mal la reprise du discours souverainiste avec l’absence de la ligne Philippot qui impulsait ce courant au sein du FN.

Aujourd’hui, le souverainisme à droite de la sphère politique en prend un coup. Philippot souhaite faire une opération qui n’est pas nouvelle, à savoir la jonction des « républicains des deux rives » que Chevènement rêvait mettre en place il y a bientôt 20 ans, déjà. Sur RTL, il déclarait alors : « Nous devons réunir les patriotes de droite et de gauche, c’est l’intérêt de la France ».

Le travail est titanesque, les crispations sont immenses entre les deux ailes souverainistes (Philippot, Dupont-Aignan à droite, Mélenchon à gauche et Asselineau au milieu de tout ça). La guerre des égos va probablement encore une fois, rendre la tâche immense impossible à accomplir. Tous vont devoir trouver le bon berger, encore faut-il le trouver…

Macron a en effet réussi à rassembler autour de sa personne et de son projet l’ensemble des européistes – ou du moins une grande partie -, les souverainistes doivent réaliser la même opération s’ils espèrent un jour arriver au pouvoir. Le Conseil national de la Résistance pendant la seconde guerre mondiale avait un objectif impérieux, libérer la France du joug nazi. Les souverainistes doivent comprendre qu’il faut se rassembler au-delà des clivages et autour d’un objectif commun : sortir de l’Union européenne, car c’est bien de celà qu’il s’agit. Le souverainisme n’est-il pas une doctrine politique ayant pour but de préserver l’autonomie politique d’un pays dans l’exercice de sa souveraineté ? On ne peut pas se prétendre souverainiste et tolérer la primauté d’un ordre juridique supranational sur le droit de son pays. Ou alors, nous parlons d’une chose totalement différente.