La Russie : souveraine et à l’abri des tempêtes financières

Article de Arkady Savitsky, traduit par Soverain

Au cours de sa campagne électorale, le président russe Vladimir Poutine a pris l’engagement de rendre la Russie moins vulnérable aux risques géopolitiques. Il a tenu parole. Le pays fait des progrès pour garantir sa stabilité économique et sa souveraineté financière.

Le processus de dé-dollarisation bat son plein. C’était une grosse surprise le mois dernier lorsque le monde a appris que les avoirs en titres américains de la Russie avaient chuté de 96 milliards de dollars à 48,7 milliards de dollars. Le 18 juillet, il a été rapporté que Moscou avait recommencé à vendre 70 % de ses bons du Trésor américain, ce qui ne lui laisse que 14,9 milliards de dollars sur ces 48,7 milliards de dollars.

Sanctions et guerres commerciales ? Oui, le recours par les États-Unis à des mesures punitives en tant qu’outils de la politique étrangère a motivé cette décision, mais ce n’était pas le seul motif. Cela s’inscrit dans le cadre d’une politique délibérée et à long terme visant à placer la Russie dans une position de force à l’échelle mondiale, en tirant parti du montant négligeable de la dette internationale du pays et de la disponibilité de ses importantes réserves d’or.

Moscou se détourne du dollar dans le but de diversifier ses réserves et de renforcer son indépendance économique. Elle accumule ses réserves d’or depuis 11 ans. L’or est considéré à juste titre comme un havre de paix qui protégera le pays contre les fluctuations et l’instabilité.

En 2017, la Banque centrale russe a plus que doublé le rythme de ses achats d’or, portant sa fraction à plus de 17 %, faisant de la Russie le leader mondial en matière de stockage de ce métal précieux. En mai 2018, les avoirs en or de la Banque de Russie ont augmenté de 1 % en mai pour atteindre 62 millions d’onces troy [NDT : 1 once troy = env 31,1g] d’une valeur de 80,5 milliards de dollars. Cette année, la Russie a dépassé la Chine pour devenir l’un des cinq premiers détenteurs mondiaux d’or, avec des réserves dépassant 1 900 tonnes. Au total, la réserve d’or russe a augmenté de plus de 500% depuis 2000.

Le pays est également le troisième producteur d’or au monde. Au cours des dix dernières années, elle a extrait plus de 2 000 tonnes d’or. La production annuelle devrait augmenter de 400 tonnes d’ici 2030.

Une autre façon de se protéger du dollar omniprésent est d’utiliser d’autres devises pour payer ses factures. Moscou et Pékin ont construit un système de paiement non monétaire. La Chine peut acheter du pétrole russe avec le yuan, sa monnaie nationale, que la Russie peut échanger contre de l’or à la bourse de Shanghai.

Les analystes de la Bank of America (BofA) Corp. croient que le marché boursier mondial est en proie à une crise qui fera écho aux événements de 1997-1998. Bloomberg cite les stratèges de la BofA, dirigés par Michael Hartnett, qui a écrit dans une note récente que « le désengagement des Etats-Unis, l’aplatissement de la courbe de rendement, l’effondrement de l’économie mondiale – tous des signaux d’il y a 20 ans ». La directrice générale du FMI, Christine Lagarde, est du même avis : « Les nuages à l’horizon… s’assombrissent de jour en jour ». Elle croit que « [l]e plus grand et le plus sombre nuage que nous voyons est la détérioration de la confiance provoquée par [la] tentative de remettre en question la façon dont le commerce a été mené, dont les relations ont été gérées et dont les organisations multilatérales ont fonctionné », faisant évidemment référence aux États-Unis. George Soros, le financier et magnat des affaires américain, pense aussi qu’une crise financière majeure se prépare, déclenchée par l’appréciation du dollar et la fuite des capitaux des marchés émergents. S’adressant au parlement allemand début juillet, la chancelière allemande Angela Merkel a évoqué le spectre d’une crise financière provoquée par les guerres commerciales lancées par les Etats-Unis.

Il semble que l’économie américaine soit maudite pour revivre une crise tous les dix ans, affectant ainsi le monde entier. En 1997-1998, la Russie a été durement touchée, mais elle a tiré les leçons de l’expérience et a pris des mesures pour se préparer en amont aux imprévus. Il semble y avoir une certaine sagesse derrière la politique de la Russie. D’autres feraient bien de s’inspirer du modèle russe. Christine Lagarde a qualifié la situation financière en Russie de « bonne nouvelle ». Dans son allocution au Forum économique international de Saint-Pétersbourg en mai, elle a fait l’éloge de la Russie pour « son admirable politique macroéconomique – épargner pour les temps difficiles, laisser flotter le taux de change, instaurer des objectifs en matière d’inflation et renforcer le système bancaire ». Le pays n’a pratiquement pas de déficit budgétaire, une balance commerciale solide et très peu de dette.

En effet, la Russie dispose de solides réserves qui protégeront le pays en période de crise, avec des réserves d’or qui ont atteint 461 milliards de dollars.

Dans le passé, les crises s’accompagnaient d’une baisse des prix du pétrole. Cette fois, c’est différent. La situation sur les marchés de l’énergie est favorable aux exportateurs. Les prix du pétrole devraient être assez élevés pour stimuler l’économie russe. Ce mois-ci, Morgan Stanley a augmenté ses prévisions pour le prix du Brent jusqu’à 85 $ le baril. Selon la Bank of America Corp., les prix du pétrole pourraient remonter à 100 $ en 2019.

La Russie s’est assurée de se prémunir contre les épreuves et vicissitudes économiques, les crises financières, les mesures de rétorsion ou d’autres menaces. Cela ne signifie pas qu’elle ne sera pas affecté du tout, mais elle se trouve dans une position beaucoup plus forte que les États-Unis et l’UE – ceux qui voulaient paralyser son économie par des sanctions et qui ont échoué. Qu’on le veuille ou non, il faut rendre à César ce qui est à César – le gouvernement russe et la Banque centrale sont passés maître dans l’art de rendre la Russie plus solide sur ses appuis, bien préparé à affronter l’avenir.

Article de Arkady Savitsky, traduit par Soverain

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