Russie et Vénézuela, ou comment payer avec de la géopolitique

Image d’archives de Nicolas Maduro et Vladimir Poutine (Yuri Kadobnov / AP)

En décembre dernier, lorsque deux bombardiers supersoniques russes Tupolev Tu-160 dotés de capacités nucléaires sont arrivés au Venezuela, il est apparu que l’alliance entre Moscou et Caracas, qui était davantage économique il y a quelques années, est aujourd’hui avant tout stratégique. Le commerce s’est effondré avec les années de crise dans ce pays d’Amérique du Sud, et la Russie risque de perdre des crédits pendant des années si le Vénézuela ne les paie pas. Depuis que l’esprit de guerre froide a été ravivé et que les Etats-Unis ont commencé à pousser le bouton des sanctions contre Moscou, le Kremlin doit jouer avec les cartes dont il dispose. Et l’une d’entre elles est le régime de Maduro.

L’arrivée des avions a suscité des inquiétudes à Washington. L’annonce de Donald Trump – la menace d’abandonner le Traité FNI pour l’élimination des missiles à courte et moyenne portée – était toujours d’actualité. D’autant plus que Maduro revenait d’une visite à Vladimir Poutine à Moscou, où il a renforcé son alliance et obtenu des investissements russes d’une valeur de 6 milliards de dollars. Le Tu-160 peut être armé de missiles nucléaires à courte portée et parcourir 12.000 kilomètres sans ravitaillement, assez pour atteindre le territoire américain.
La Russie possède ainsi dans le Vénézuela de Maduro une puissante carte stratégique.

C’était un défi pour la Maison Blanche, une façon de montrer ses muscles. Les experts militaires ont interprété dans le quotidien Nezavísimaya Gazeta de la capitale russe que l’objectif est d’inclure le pays sud-américain dans les missions à long terme de l’aviation russe. Pour augmenter encore l’inquiétude de Washington, les médias russes spéculent de plus en plus sur la possibilité que Moscou veuille créer une base militaire temporaire sur l’île de La Orchila, à 200 kilomètres au nord-est de la capitale vénézuélienne.

Pour toutes ces raisons, il importe peu que Caracas ne paie pas les crédits reçus de Moscou; c’est d’ailleurs ce que souligne l’économiste du Centre Carnegie Andréi Movchán à Nezavísimaya. Par exemple, un crédit datant de 2011 et chiffré à 4 milliards de dollars, qui étaient destinés à financer les approvisionnements russes en matériel industriel, a été restructuré à plusieurs reprises en raison de l’absence de paiement venant de Caracas.

Ainsi, en échange de son soutien géopolitique à Poutine, le Vénézuela de Maduro bénéficie d’un soutien économique de taille. Selon les données officielles, les échanges commerciaux entre les deux pays se sont élevés à 2,45 milliards de dollars en 2013. En 2017, ils ne sont plus que 68,4 millions, dont 99% correspondent aux exportations russes et incluent entre autres les céréales. L’année dernière, la Russie a envoyé au Venezuela 60.000 tonnes de céréales par mois.

Les accords que Maduro a conclu avec Poutine en décembre à Moscou garantissent un investissement de 5 milliards de dollars dans le secteur pétrolier vénézuélien et d’un milliard supplémentaire pour la production minière, en particulier l’or. En 2017, la compagnie pétrolière russe Rosneft a signé un accord avec Petróleos pour exploiter le pétrole brut vénézuélien. En retour, Maduro a reçu des avances avec lesquelles il a amorti la dette extérieure.

Source : La Vanguardia, traduit par Padam


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