Retour de Nicolas Vanderbiest, ex-membre d’EU DisinfoLab – L’édito Rousseau #5

Le 14 novembre dernier, Europe 1 a choisi de parler du cas des gilets jaunes – un phénomène qui n’avait pas à l’époque toute son ampleur, les manifestations ayant démarré le 17 du mois – avec un invité tristement connu sur Twitter ; Nicolas Vanderbiest. Il s’agit du même homme qui était co-responsable, en août dernier, de l’O.N.G EU DisinfoLab, et qui a le plus relayé et défendu son dernier rapport d’études en date : « L’affaire Benalla – les ressorts d’un hyperactivisme sur Twitter ». Ce rapport avait fait parler de lui à l’époque parce qu’il était basé sur une collecte de données détenues par Twitter et jugées sensibles par nombre d’internautes. Certains ont même encore, dans leur pseudo, un numéro attribué par l’un des fichiers de classement, appelé communément « matricule ».

D’ailleurs, d’ici quelques jours, Soverain publiera un dossier contenant une analyse, par mes soins, de l’étude qu’ils avaient faite sur le phénomène Benalla chez Twitter. En attendant ce dossier, revenons à notre sujet.

Ce Nicolas Vanderbiest, à la réputation sulfureuse pour les raisons évoquées, était amené à s’exprimer sur le mouvement des gilets jaunes, un jour où les manifestations n’avaient pas encore eu lieu et les réseaux sociaux étaient à peine au début de leur sollicitation.

« Finalement il y a un certain flou puisque c’est une manifestation numérique, enfin on ne sait pas si elle aura des assises physiques, et si elle va porter des effets, et donc pour l’instant on ne sait que scruter des indicateurs numériques qui sont à notre disposition ».

D’abord, intéressons-nous au corps de la phrase : à la mi novembre on ne savait pas comment allait se traduire la manifestation des gilets jaunes dans le monde réel, puisque d’origine numérique.
Nous ne sommes ni les premiers, ni les derniers à le demander, mais la question est à nouveau posée : pourquoi invite t-on des personnes, quelles qu’elles soient, à s’exprimer sur des sujets qu’elles ne maîtrisent pas (même légitimement) ? Et, en l’occurrence, quel intérêt y a t-il à s’être exprimé sur une manifestation qui n’était pas encore arrivée à ce moment-là, surtout pour dire que l’on ne peut savoir quelle ampleur elle aura ? Cela pourrait donner du crédit à ceux qui soutiennent que les médias chercheraient à minimiser la participation à la manifestation…
Quant au « scrutage des indicateurs numériques qui sont à notre disposition », il fait bel et bien penser aux méthodes utilisées pour leur étude précédente, sur l’affaire Benalla et son traitement par Twitter.
Et, comme par hasard, le-dit Vanderbiest a publié il y a quelques heures un fil de Tweets se rapportant au traitement des manifestations des gilets jaunes par Twitter! En attendant le rapport de Soverain, vous pouvez vous documenter sur l’ancienne ONG dont Vanderbiest était membre, via le site des Crises.

Nicolas Vanderbiest : « on voit vraiment qu’on monte sur quelque chose de crescendo pour atteindre, aujourd’hui, 30 000 Tweets »
Animateur : « Ca on peut le quantifier […], ce caractère progressif ? »
N.V. : « Oui, uniquement sur Twitter, c’est-à-dire qu’aujourd’hui on est à 30 000 Tweets par jour alors que dans les premiers temps on était à 2 000 par jour. Donc forcément on peut le quantifier en terme de progression numérique ». « On a d’autres assises, puisqu’on a un autre lieu de ralliement qui est une pétition, qui est aujourd’hui rassemble 800 000 signatures, et qui peut nous indiquer qu’il y a vraiment quelque chose qui monte crescendo en termes d’indicateur. Mais un indicateur numérique ne veut jamais dire qu’il y a un déplacement puisque ce qu’on appelle ce « clactivisme » – c’est l’activation par le jeu des clics – et c’est toujours cette jonction entre numérique et physique qui doit s’opérer dans les mouvements sociaux ».

Le nombre annoncé de 30 000 Tweets par jours, tout comme le nombre de 2 000 par jour, ne semble apparaître dans aucun autre document publié sur internet à la même période. Cela semble penser que notre blogueur est passé par le même mode opératoire que pour son étude précédente : collecte de Tweets en lien avec le cas des gilets jaunes (collecte très probablement délimitée par une recherche par mots clés). Outre le caractère possessif voire intrusif de cette méthode, nous espérons que Vanderbiest aura eu, contrairement à EU DisinfoLab, la prudence d’affiner le résultat de sa recherche par mots clés en ôtant les Tweets anecdotiques, comme les blagues d’humoristes ou de Tweetos évoquant le thème au passage, au sein d’un sujet totalement différent.
Nous espérons aussi que cette fois là, 30 000 est réellement le nombre de Tweets, et non l’addition des Tweets et Retweets comme c’était le cas dans l’étude sur le cas Benalla, publiée alors qu’il était membre du même EU DisinfoLab. Cependant, il a la décence de se baser aussi sur autre chose que Twitter, avec la fameuse pétition qui selon lui a suivi la même évolution en crescendo. Mais si l’on se souvient de la méthodologie de la dernière étude de l’ONG belge qu’il co-dirigeait, ce n’est pas en rajoutant cette sympathique pétition qu’il améliorera sa rigueur scientifique…

À suivre en lisant son étude, si elle en vaut la peine.

Une fois que le rapport de Soverain sur l’étude d’EU DisifoLab sera publié, un lien vers celui-ci sera posté en lieu et place de cette phrase.

 

Olivier Rousseau.

 

Crédits photo : Twitter.

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