Réflexions sur les perspectives économiques de l’Europe

 

Quelles sont les perspectives pour l’Europe ? C’était un sujet clé lors de deux conférences auxquelles j’ai pris la parole la semaine dernière : en Corée et sur les rives du lac de Côme, avec l’élite italienne du monde des affaires et des décideurs du monde entier.

L’économie mondiale ralentit. Les marchés financiers sont mitigés quant à l’avenir : les actions signalent un rebond de la croissance, les marchés obligataires s’attendent à une récession.

Le résultat devrait se situer quelque part entre les deux, la croissance mondiale étant plus faible que l’an dernier, mais suffisamment forte pour permettre une baisse des taux de chômage. Mais il se peut que les économies n’aient pas suffisamment d’élan et qu’elles aient besoin d’être stimulées par des mesures de relance, car les banques centrales abandonnent ou reportent leurs plans antérieurs de resserrement et les pressions s’accentueront dans plusieurs pays pour une augmentation des dépenses publiques ou des réductions fiscales. Un débat en Italie n’a pas porté sur la question de savoir si les banques centrales devaient faire plus – il y a eu un accord à ce sujet – mais s’il était possible d’accroître le volontarisme budgétaire, étant donné le niveau élevé des dettes partout sur la planète.

Ce ne sont pas seulement les perspectives cycliques immédiates qui génèrent de l’incertitude, mais aussi la vue à long terme. Une plus grande partie de la croissance mondiale provient de la région Indo-Pacifique, qui s’étend de l’Inde aux États-Unis. Dans ce contexte, l’accent est mis de plus en plus sur les relations du G2 entre les États-Unis et la Chine, qu’il s’agisse de l’attente d’un règlement de leur différend commercial maintenant ou de la façon dont ils pourraient faire face aux tensions géopolitiques probables dans les prochaines années.

En revanche, personne ne parle sérieusement d’un G3, car l’Europe, malgré sa taille économique, a les attributs d’une région à croissance lente dont la part dans l’économie mondiale continue à se réduire progressivement. En outre, avec l’imminence des élections au Parlement européen, les partis eurosceptiques sont de plus en plus conscients du fait qu’ils gagnent du terrain.

Toutefois, dans tout débat sur l’Europe, l’accent est mis sur le Brexit et sur ce que cela signifie non seulement pour le Royaume-Uni, mais aussi pour la zone euro. L’image du Brexit de loin n’est pas aussi bonne qu’elle pourrait l’être. Que ce soit sur le continent ou en Asie, ils sont témoins du chaos politique et d’un leadership incompétent à Westminster. Ce qui est tout aussi inquiétant, c’est que le gouvernement britannique n’a pas donné une vision globale positive de ce qui nous attend. La confiance que d’autres ont dans le potentiel à long terme de la Grande-Bretagne n’est pas à la hauteur, il semblerait, que chez nous.

Au cours des deux dernières années et demie, le Royaume-Uni a été préoccupé par le manque d’attention portée à son agenda national futur, essentiel pour faire du Brexit un succès. Les défis auxquels est confrontée la zone euro elle-même n’ont pas non plus fait l’objet d’une attention particulière. Son orientation future aurait dû renforcer la position de négociation du Royaume-Uni. L’un des thèmes abordés dans les discussions privées était le degré d’unité de l’UE, mais le peu d’expérience du Royaume-Uni dans ce domaine, face à des tensions évidentes, tant entre les pays qu’à l’intérieur même de ceux-ci.

En Italie, on a pu constater l’ampleur du fossé qui sépare le gouvernement actuel des entreprises ; ce n’est peut-être pas une surprise, car l’Italie est la seule économie occidentale où le revenu par personne est inférieur en termes réels (c’est-à-dire après l’inflation) à ce qu’il était en 2000.

Malgré cela, les intervenants ont estimé que la Banque centrale européenne (BCE) faisait du bon travail. Cela malgré le ralentissement de la zone euro l’année dernière, qui a été partiellement déclenché par un resserrement prématuré de la politique de la BCE, qui a commencé à retirer ses mesures de relance, ainsi que par une décélération du commerce mondial. Une certaine nervosité règne quant à l’avenir, mais les données les plus récentes laissent entrevoir une reprise conjoncturelle qui semble se dessiner dans la zone euro cette année, avec une croissance modeste.

Il était intéressant d’entendre les préoccupations de certains au sujet du récent sommet franco-allemand d’Aix-la-Chapelle. En outre, il a été noté comment l’Allemagne poussait ses candidats à deux des postes institutionnels les plus importants, y compris celui de chef de la BCE, dont le pouvoir grandit. Il convient également de noter la pression allemande pour que la zone euro adopte une politique industrielle pour faire face à la Chine, sur la base de la stratégie de l’Allemagne.

Les problèmes au sein de la zone euro sont trop souvent attribués à des facteurs nationaux et la solution proposée est généralement une plus grande centralisation. On peut le comprendre dans le cas des marchés des capitaux et de l’union bancaire, dont on a l’impression qu’ils sont freinés au niveau national. En ce qui concerne les banques, il ne fait guère de doute que les États-Unis et le Royaume-Uni sont en bien meilleure santé que la zone euro.

Il y a un débat similaire concernant la compétitivité, qui est considérée comme une compétence nationale, l’éducation et l’innovation étant deux des principaux moteurs. Une taxe efficace sur le carbone en est un autre exemple. On peut sentir que le défi séculaire est de savoir si le centre doit compléter ce qui se passe au niveau national ou s’il doit assumer la compétence pour cela. L’orientation future est claire, avec un transfert croissant de souveraineté des institutions nationales vers les institutions de l’UE.

Une question clé sous-jacente est de savoir comment le Royaume-Uni et la zone euro peuvent se positionner au mieux dans une économie mondiale en mutation et en croissance, et de plus en plus consciente qu’il faudra prendre des mesures plus radicales pour tenter de sortir de la phase de croissance lente que connaît l’Europe.

 

Gerard Lyons ; traduit par XPJ





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