Qu’y a-t-il dans un Nom ? Tout et rien

Article de Wayde Madsen pour Strategic-Culture, traduit par Soverain

Tous les observateurs de la Grèce et de la MacĂ©doine s’accordent sur le fait que la majoritĂ© des deux pays se rĂ©jouissent que les gouvernements d’Athènes et de Skopje se soient mis d’accord sur un nouveau nom pour la MacĂ©doine. Après des annĂ©es de veto grecque pour rejoindre l’Union europĂ©enne et l’OTAN sous le nom de « RĂ©publique de MacĂ©doine », le gouvernement grec a acceptĂ© d’abandonner son opposition, tant que la MacĂ©doine changera son nom en « MacĂ©doine du Nord ». Les Grecs du Nord se sont toujours opposĂ©s Ă  l’utilisation de ce nom par la MacĂ©doine parce qu’ils pensaient qu’il reprĂ©sentait un objectif des MacĂ©doniens slaves et albanais pour revendiquer la rĂ©gion du Nord de la Grèce qui utilise Ă©galement le nom de MacĂ©doine.

Depuis que la MacĂ©doine a dĂ©clarĂ© son indĂ©pendance de la Yougoslavie il y a 25 ans, la Grèce a insistĂ© pour que les Nations Unies appellent le pays « l’ex-RĂ©publique yougoslave de MacĂ©doine », qui est devenu un acronyme connu sous le nom d’ARYM. Certains pays ont reconnu le pays comme Ă©tant la RĂ©publique de MacĂ©doine, tandis que d’autres ont optĂ© pour l’ARYM.

Les MacĂ©doniens ont Ă©galement revendiquĂ© Alexandre le Grand, un hĂ©ros national grec, comme l’un des leurs et ont donnĂ© Ă  leur aĂ©roport international le nom de l’ancien conquĂ©rant. Dans le cadre du changement de nom de la MacĂ©doine, l’aĂ©roport international Alexandre le Grand a Ă©tĂ© remplacĂ© par l’aĂ©roport international de Skopje. Les livres d’histoire macĂ©donienne doivent ĂŞtre modifiĂ©s pour reflĂ©ter le fait que les MacĂ©doniens du Nord ne sont pas des MacĂ©doniens anciens. Les MacĂ©doniens actuels, affirme Athènes, sont des Grecs du Nord ou « MacĂ©doniens de l’EgĂ©e ».

Les MacĂ©doniens, qui sont maintenant gouvernĂ©s par un implant de George Soros nommĂ© Zoran Zaev, subissent le mĂŞme type de changement culturel qui a Ă©tĂ© observĂ© depuis l’Ă©tranger sur la nation du Rwanda après que le gĂ©nĂ©ral Paul Kagame, un expatriĂ© rwandais de l’Ouganda, ait pris le pouvoir après un gĂ©nocide très sanglant en 1994. Le Rwanda a forcĂ© les Rwandais Ă  abandonner leur français natal pour l’anglais, le tricolore national Ă  la française a Ă©tĂ© remplacĂ© par un nouveau drapeau, et le Rwanda a rejoint le Commonwealth, qui est dirigĂ© par la reine britannique. La seule chose qui n’a pas changĂ© au Rwanda Ă©tait le nom du pays, bien qu’on ne pouvait pas faire fi du passĂ© de Kagame pour revenir au nom colonial de « Ruanda ».

La MacĂ©doine du Nord a fait l’objet d’un accord entre la MacĂ©doine et la Grèce après que plusieurs autres options ont Ă©tĂ© discutĂ©es. Les Grecs prĂ©fĂ©raient le nom de « RĂ©publique de MacĂ©doine Vardar », mais cela a Ă©tĂ© rejetĂ© par les MacĂ©doniens, qui prĂ©fĂ©raient « RĂ©publique de Nouvelle MacĂ©doine ». Le mĂ©diateur des Nations Unies a dĂ©clarĂ© qu’il y avait d’autres possibilitĂ©s pour ce nom, y compris la RĂ©publique de Haute MacĂ©doine et la RĂ©publique de MacĂ©doine (Skopje).

La Grèce a suggĂ©rĂ© beaucoup d’autres noms pour leur voisin du nord, y compris « Dardania et Paeonia », les anciens noms de la rĂ©gion ; Slavia du sud, la RĂ©publique de Vardar, la RĂ©publique des Balkans centraux et la RĂ©publique de Skopje. Les MacĂ©doniens ont proposĂ© la RĂ©publique constitutionnelle de MacĂ©doine, la RĂ©publique dĂ©mocratique de MacĂ©doine, la RĂ©publique indĂ©pendante de MacĂ©doine et la Nouvelle RĂ©publique de MacĂ©doine.

Les noms signifient maintenant tout dans une ère de « nouveau nationalisme ». L’ambassadeur des États-Unis en IsraĂ«l, David Friedman, ancien avocat de Donald Trump, a qualifiĂ© la Cisjordanie occupĂ©e illĂ©galement de « JudĂ©e et Samarie », un coup de pouce aux colons juifs illĂ©gaux qui veulent qu’IsraĂ«l annexe la Cisjordanie et qu’IsraĂ«l devienne un État d’apartheid Ă  part entière, les Palestiniens Ă©tant traitĂ©s comme des « untermenschen » (NDLT : « sous-homme », terme introduit par l’idĂ©ologie nazie) infĂ©rieurs. On rapporte qu’après avoir dĂ©placĂ© l’ambassade des États-Unis de Tel-Aviv Ă  JĂ©rusalem, l’administration Trump est Ă  la limite de la reconnaissance de JĂ©rusalem, y compris JĂ©rusalem-Est occupĂ©e illĂ©galement, comme capitale d’IsraĂ«l et de l’annexion par IsraĂ«l du plateau du Golan Ă  partir de la Syrie. Cela laisserait le ghetto palestinien en plein air de Gaza Ă  la merci de la rĂ©annexion israĂ©lienne. DĂ©jĂ , l’administration Trump qualifie Gaza de « sud d’IsraĂ«l ».

Il y a d’autres propositions de changement de nom. En 2017, le ministre sud-africain des Arts et de la Culture Nathi Mthethwa a dĂ©clenchĂ© un farouche dĂ©bat lorsqu’il a suggĂ©rĂ© que l’Afrique du Sud devienne « Azania », un nom d’origine grecque. Cette proposition a Ă©tĂ© ajournĂ©e rapidement par un gouvernement qui ne voulait pas que les soucis d’initiatives personnelles s’empilent sur tous ses autres problèmes. De mĂŞme, il y a peu d’intĂ©rĂŞt en RĂ©publique centrafricaine Ă  revenir au nom colonial français d’Ubangi-Shari, deux fleuves qui convergent dans le pays.

Les Sud-Africains voudront peut-ĂŞtre y rĂ©flĂ©chir Ă  deux fois Ă  Azania. Le Sud-Soudan a envisagĂ© d’utiliser ce mĂŞme nom lors de son indĂ©pendance du Soudan en 2011. Le monde pourrait-il survivre avec deux Azanias ? Pourquoi pas ? Il y a eu deux Congos indĂ©pendants depuis les annĂ©es 1960 – l’ancienne RĂ©publique française du Congo et l’ancienne RĂ©publique dĂ©mocratique belge du Congo (RDC). La RDC a changĂ© son nom en ZaĂŻre pendant la dictature de Mobutu Sese Seko, mais l’a changĂ© de nouveau après son Ă©viction lors d’une rĂ©bellion populaire. Les Sud-Soudanais ont apparemment aimĂ© le nom Sud-Soudan, après avoir rejetĂ©, avec Azania, les noms Nile Republic, Kush Republic et Juwama. Certains Sud-Soudanais veulent toujours un changement de nom, en faveur de Tochland ou de Savannah.

Si les militants indĂ©pendantistes se frayent un chemin dans le YĂ©men ravagĂ© par la guerre civile, le YĂ©men du Sud rĂ©apparaĂ®tra comme une nation indĂ©pendante et cela pourrait apporter un certain rĂ©confort au Soudan du Sud et Ă  l’Afrique du Sud, mais pas Ă  la CorĂ©e du Sud, qui, après la reconnaissance par Trump du Nord comme la RĂ©publique populaire dĂ©mocratique de CorĂ©e, ou RPDC, insistera maintenant pour ĂŞtre appelĂ©e la RĂ©publique de CorĂ©e ou « RDC ».

A l’occasion de son 50e anniversaire, le roi Mswati III du Swaziland – qui a 15 Ă©pouses, soit 12 de moins que le nombre connu d’ex-femmes de Trump – a proclamĂ© que le nom de son pays serait dĂ©sormais connu sous le nom d’eSwatini.

Le Kazakhstan n’est plus le Kazakhstan. Le prĂ©sident de la nation, Nursultan Nazarbayev, a dĂ©crĂ©tĂ© que la langue kazakhe ne sera plus Ă©crite en alphabet cyrillique mais en latin. « Qazaqstan » rejoindra dĂ©sormais le Qatar comme les deux seuls pays de la section « Q » de l’AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale de l’ONU. Nazarbayev n’aime pas non plus l’appendice « stan » sur le nom de son pays, il est en faveur d’abandonner « stan » et d’appeler son pays Qazaq Yeli, ou « Terre des Kazakhs ».

Certains politiciens au Kirghizistan veulent aussi laisser tomber la partie « stan » du nom de leur pays et le faire officiellement connaĂ®tre sous le nom de Kyrgyz Land ou Kyrgyz Zher, le nom en langue kirghize. Ces politiciens dĂ©plorent le fait que leur nation est souvent confondue avec le Kurdistan, qui, grâce Ă  la pression turque et irakienne, n’est pas un pays indĂ©pendant reprĂ©sentĂ© Ă  l’ONU. Les Kirghizes ont raison. Les Tchèques, en poussant le nom TchĂ©quie, ne semblaient pas s’inquiĂ©ter que certains confondent le nom avec la TchĂ©tchĂ©nie, une rĂ©publique autonome russe.

En 2013, la petite nation semi-insulaire du Timor oriental a annoncĂ© qu’elle changeait de nom pour Timor-Leste, en rĂ©fĂ©rence Ă  son histoire en tant que colonie portugaise. Pour ne pas ĂŞtre exclu de la nostalgie portugaise, le Cap-Vert a changĂ© son nom en Cabo Verde la mĂŞme annĂ©e.

Le prĂ©sident des Philippines, Rodrigo Duterte, a envisagĂ© la possibilitĂ© de changer le nom du pays pour quelque chose qui n’honore plus les colonialistes espagnols et leur monarque colonisateur, le roi Philippe II. Le Congrès philippin a pris l’initiative d’Ă©tablir une commission de changement de nom gĂ©ographique pour trouver un nouveau nom. L’une des idĂ©es flottantes est le nom Tagalog, Haring Bayan.

Les changements de nom de pays sont difficiles pour certains dĂ©taillants de marchandises. En 1997, l’American Safety Razor Company a rĂ©introduit la marque de savon Ă  raser « Savon Birman ». Mais la Birmanie Ă©tait devenue le Myanmar neuf ans plus tĂ´t et « Savon Myanmar » manquait d’un certain attrait. Tous les marchands de thĂ© de Ceylan ont Ă©tĂ© consternĂ©s en 1971 lorsque l’Ă®le a changĂ© de nom pour devenir le Sri Lanka.

Si le rĂ©fĂ©rendum sur l’indĂ©pendance en Nouvelle-CalĂ©donie en novembre de cette annĂ©e aboutit Ă  un vote majoritaire pour rompre les liens coloniaux avec la France et voler de ses propres ailes, le pays s’appellera Kanaky. Le nom est un hommage au peuple Kanak. Si le Groenland opte pour l’indĂ©pendance du Danemark, c’est au revoir le Groenland et bonjour Kalaallit Nunaat, le nom inuit du pays.

La rĂ©surgence du nationalisme Ă  travers le monde occupe les cartographes et les diplomates. Le changement de nom de pays est Ă  la mode et il n’y a aucun signe qu’il prendra fin bientĂ´t.

 

Article de Wayne Madsen pour Strategic-Culture, traduit par Soverain

Source : https://www.strategic-culture.org/news/2018/06/21/whats-in-name-everything-nothing.html

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