Quelle est la bonne réponse « européenne » à l’immigration ?

Article paru sur Strategic Culture, traduit par Soverain

La manière de gérer le flux inarrêtable d’immigrants sur le continent est devenue un sujet très controversé parmi les États membres de l’Union européenne. Les pays du noyau dur de l’Europe restent fermement convaincus que la bonne façon de traiter le problème est de réaffirmer les valeurs humanistes de tolérance, d’acceptation et d’accueil qui caractérisent traditionnellement la culture chrétienne occidentale. Il y existe cependant beaucoup de voix dissidentes. Émanant principalement des dirigeants politiques de l’ancienne Europe centrale et orientale, ils soutiennent que l’Europe devrait conserver intact son héritage chrétien démocratique en voie d’érosion du fait de l’afflux de migrants islamiques.

Au centre se trouvent les pays du sud de l’Europe, qui sont confrontés à des difficultés financières majeures, ajoutées à la plus grande vague d’immigration illégale. Malgré leur inquiétude face aux pressions auxquelles les sociétés grecque, italienne et espagnole sont confrontées, les gouvernements de ces pays cherchent un compromis entre la Green Card (NDT : visa de résidence permanente aux États-Unis) et le contrôle laxiste de l’immigration que Bruxelles brandit contre l’attitude défavorable que semble adopter l’Europe orientale, ainsi que les nouvelles forces politiques anti-immigration en Allemagne et en Scandinavie.

L’essence de la division réside dans un désaccord sur la nature et les croyances des immigrants. La position officielle de l’Europe est la suivante : « Les immigrants islamiques sont arrivés en Europe pour y rester ». Cela repose sur l’hypothèse implicite que la plupart d’entre eux rejoindront la main-d’œuvre européenne et contribueront à soulager bon nombre des problèmes économiques actuels. Les faits sur le terrain semblent toutefois remettre en question cette perspective. En Grande-Bretagne, 50 % des hommes musulmans et 70 % des femmes vivent actuellement de l’aide sociale. Dans son livre, The Slow Death of Europe » (2017)1, Douglas Murray revendique des résultats similaires sur l’ensemble du continent.

De même, les dirigeants d’Europe occidentale ne regardent pas l’Islam avec un air suspect. Un nombre important de musulmans, descendants d’immigrants venus de leurs anciennes colonies, résident déjà dans leur pays, de sorte que ces dirigeants ne considèrent pas l’islam comme une menace. Ils ont même fait des pieds et des mains pour rassurer le public que les actes de terrorisme djihadiste commis dans leur société n’étaient pas islamiques.

Un ancien premier ministre anglais a affirmé que ces actes de terreur horribles « n’avaient rien à voir avec l’islam ». Alors que les dirigeants de la France, de la Belgique et de l’Allemagne ont fait de leur mieux pour empêcher tout soupçon éventuel de retomber sur leurs communautés musulmanes, en rassurant le public que « l’Islam était une religion de paix » et que « les musulmans étaient des citoyens loyaux et respectueux des lois » qui ne différaient que peu de leurs autres sujets nationaux. La distinction conceptuelle entre les musulmans ordinaires dévoués et les islamistes djihadistes radicalisés est devenue un modèle courant dans la société occidentale multiculturelle.

La suspicion à l’égard de l’élitisme bruxellois, d’une part, et la méfiance généralisée à l’égard du comportement et des intentions des nouveaux venus musulmans, d’autre part, est profondément ancrée dans les rangs des Européens du Centre, de l’Est et de leurs élus. Des sentiments similaires sont de plus en plus courants chez les autochtones dans des pays comme la Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne et en Scandinavie. Ces opinions sont maintenant exprimées par des partis politiques remportant des succès électoraux. Certains d’entre eux, principalement en Autriche, en Italie, en République tchèque, en Hongrie et en Pologne, ont déjà pris les rênes du pouvoir. Pour la plupart de ceux-ci, les dirigeants de l’UE ne semblent pas sympathisants à l’égard des inquiétudes du public et les musulmans semblent incarner tous les attributs négatifs d’une sinistre force d’invasion.

Alors, comment devrions-nous considérer ces très sérieuses divisions ? Que peut-on faire pour combler les écarts et adoucir les différences ? Il ne peut y avoir de réponse sans prendre en considération l’essence même de l’immigration musulmane, ainsi que la question de sa compatibilité avec les valeurs et principes européens traditionnels. Les musulmans qui immigrent vers le nord sont-ils voués aux discours polémiques de l’Islam ? Comment ces milliers de personnes, qui sont censées avoir fui en craignant pour leur vie, peuvent-elles persuader l’Europe qu’elles n’ont pas l’intention de saper sa culture, ses traditions, ses valeurs et son héritage démocratique ? Sans réponses satisfaisantes à ces brûlantes questions, il n’y aura jamais de réponse européenne solidaire à l’immigration.

Ce qui est essentiellement remis en cause, c’est la nature même de la présence islamique. Les réfugiés souffrent-ils simplement, à la recherche de meilleures chances de survie ? Ce serait une toute autre histoire si l’on découvrait qu’ils avaient de fortes croyances religieuses embrassant les enseignements du Coran et des Hadiths (les communications orales traditionnelles attribués au Prophète) témoignant de la haine envers les « infidèles » et affirmant la nécessité de la lutte (djihad) pour convertir le monde entier à l’Islam. Ces deux images mentales montrent un monde bien différent quant à la façon dont les Occidentaux affronteront et traiteront les musulmans.

Il serait impossible de faire appel aux principes européens, si vous étiez face à un peuple méprisant vos valeurs et votre mode de vie et qui viserait à saper la démocratie occidentale pour la remplacer à terme par un régime théocratique soumis à la volonté d’une entité obscure et toute-puissante. L’Europe cultive le respect des droits de l’homme, la tolérance et l’acceptation de l’autre. Cependant, la réaction à adopter si le nouveau venu avait l’intention de détruire les principes sur lesquels reposent ses propres chances d’être un citoyen égal n’est plas claire.

Les paroles des pères fondateurs de l’Amérique, Thomas Jefferson et John Adams, ambassadeurs à l’époque, respectivement à Paris et à Londres, résonnent encore aujourd’hui pour les Européens. Ils écrivirent au Congrès à la fin de l’année 1780 au sujet d’une rencontre avec un représentant diplomatique des États barbares musulmans d’Afrique du Nord, qui gardait un certain nombre d’Américains en captivité :

« Nous avons pris la liberté d’enquêter sur les motifs de leurs prétentions à faire la guerre à des nations qui ne leur avaient fait aucun mal, et nous avons observé que nous considérions toute l’humanité comme nos amis qui ne nous avaient fait aucun mal, et qui ne nous avaient aucunement provoqués. L’ambassadeur nous a répondu qu’il était fondé sur les lois de leur Prophète, écrit dans leur Coran, que toutes les nations qui ne reconnaissaient pas son autorité étaient des pécheurs, que c’était leur droit et leur devoir de leur faire la guerre où qu’ils se trouvaient, et de faire esclaves tous ceux qu’ils pouvaient prendre comme prisonniers, et que tout musulman qui devait être tué au combat était sûr d’aller au paradis ».

La récente renaissance du radicalisme islamique, les atrocités commises par les représentants d’EI dans de nombreuses capitales européennes, ainsi que la persécution des chrétiens en Afrique et au Moyen-Orient, ont ravivé les souvenirs du passé et contribué à la méfiance avec laquelle les musulmans sont généralement perçus en Occident. Dans ces pays où les communautés musulmanes sont petites voire inexistantes, les attitudes pessimistes dominent le discours public. De même, dans le reste de l’Europe, le sentiment anti-musulman se renforce. La situation ne sera pas résolue tant que certaines questions ne seront pas clarifiées.

  1. Les musulmans devraient adhérer sans équivoque aux impératifs culturels et aux systèmes de valeurs des sociétés auxquelles ils se joignent.
  2. Les valeurs européennes d’humanisme, d’égalité entre les sexes, de respect des femmes, d’acceptation de l’État de droit et de limitations particulières des normes de la charia dans le domaine des devoirs religieux devraient être démontrées par ceux souhaitant entrer en Europe.
  3. La dénonciation nette des enseignements islamiques concernant la persécution des infidèles, des apostats et des athées/polythéistes devrait être adoptée.
  4. Tous les actes de violence et de terreur commis au nom de l’islam par les jihadistes salafistes devraient être vigoureusement condamnés. La communauté musulmane devrait manifester ouvertement son renoncement à toutes ces actions anti-européennes et anti-occidentales.

Seules de telles initiatives pourraient potentiellement commencer à atténuer les sentiments anti-musulmans en Occident et confirmer les arguments en faveur d’une réponse véritablement européenne à la migration musulmane.

Andreas Andrianopoulos

Note de Soverain
1 Douglas Murray n’ayant pas écrit Slow Death of Europe, l’auteur a sans doute confondu les deux ouvrages suivants :
The Slow Death of Europe, par Albert Jack
The Strange Death of Europe: Immigration, Identity, Islam, par Douglas Murray


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