Quel débouché présidentiel pour le soulèvement des gilets jaunes ?

        Dans le présent développement, je propose une piste de débouché politique au soulèvement des gilets jaunes dans la perspective de l’élection présidentielle de 2022. Sans aucune considération de probabilité, ma spéculation est fondée sur l’idée que la majorité de la population n’est pas uniquement animée par des aspirations à canaliser mais aussi par le souhait de renouveler les pratiques politiciennes.

L’élection présidentielle de 2017 puis les élections européennes de 2019 ont montré sans ambiguïté l’existence d’un consensus élitaire pour le soutien au régime néolibéral dont l’Union Européenne est l’institutionnalisation continentale.

Depuis fin 2018, le soulèvement des gilets jaunes a montré l’existence d’une amorce de consensus populaire qui s’oppose frontalement au consensus élitaire. Pourtant, près de huit mois après, ce mouvement ne connaît pas d’issue politique perceptible malgré l’effondrement des partis classiques.

Il pourrait sembler naturel qu’un tel mouvement soit progressivement canalisé par les nouveaux partis souverainistes puisque l’UE est directement à l’origine de la paupérisation de la population. D’ailleurs, les intéressés ne s’y sont pas trompés :

  • l’UPR met régulièrement à disposition son studio de télévision pour des débats libres ;

  • les Patriotes ont fait liste commune avec une organisation issue des gilets jaunes pour les élections européennes.

La disposition générale n’est pas à la collégialité

         Sans préjuger de l’avenir, à ce jour, la convergence ne se fait pas. Est-ce en raison d’un déficit de notoriété ? Possible mais cette autre hypothèse m’intéresse plus : l’offre proposée n’est peut-être pas considérée par les gilets jaunes comme une réponse pertinente et légitime à leurs attentes.

Pour la pertinence, l’UPR, les Patriotes ou République Souveraine proposent tous leurs mesures en matière de démocratie et de justice sociale mais leur difficulté première reste de convaincre de l’impératif pressant du rétablissement des instruments de la souveraineté nationale. Pour cela, pas d’autre option que l’infatigable travail militant.

Toutefois, il est peu probable que l’affirmation de cet impératif soit reçue autrement que comme un argument technique, et à ce titre, peu à même de convaincre en masse. C’est plutôt l’après FREXIT qui doit être explicité. Sur ce sujet, force est de constater que les souverainistes ne sont pas encore audibles.

Pour la légitimité, malgré des différences programmatiques peu significatives entre les mouvements, il est péniblement évident que la disposition générale n’est pas à la collégialité. Ce n’est pourtant pas leur faire injure que d’affirmer que François Asselineau, Florian Philippot ou Djordje Kuzmanovic n’ont pas les épaules pour endosser l’uniforme du général de Gaulle. Qui les aurait d’ailleurs ?

Or, en l’absence de chef incontesté, impossible de rassembler sur un seul nom. Mais est-ce vraiment un problème ? Est-il si pertinent d’en revenir encore et toujours à la figure tutélaire de l’homme de la France libre ? Est-il assuré qu’une posture gaullienne affirmée emporterait l’assentiment d’une part importante de la population ? Pire : ne serait-ce pas prendre le risque d’être assimilé à Emmanuel Macron lorsqu’il s’essaie à incarner sa fonction avec la conviction d’un lycéen en représentation de fin d’année ?

Malgré leurs difficultés, rien n’indique que les français sont en attente d’une femme ou d’un homme providentiel. La revendication du RIC traduirait plutôt l’attente d’une participation plus directe à la vie publique, attente à corréler avec la très faible confiance accordée au personnel politique.

Ce n’est guère étonnant : la société contemporaine ne produit plus d’individus mentalement structurés selon une verticalité forte. Le paradoxe est que ce déficit relatif pourrait appeler un surcroît de verticalité mais qu’un tel surcroît est improbable puisque la société ne produit plus les individus ainsi structurés.

Quoi qu’il en soit, il est significatif que les mouvements qui contestent l’hégémonie des partis classiques fonctionnent précisément sur le consentement des militants à se ranger derrière une personnalité singulière. Pourtant, les résultats mitigés des élections de 2017 et 2019 tendraient plutôt à montrer que ce n’est pas une formule gagnante.

Le meneur a pour équivalent le médiateur

         Si les temps sont à plus d’horizontalité, ne convient-il pas d’examiner comment organiser des mouvements militants en conséquence ? Pour cela, nul besoin de chercher loin : avec l’indulgence du recul historique, lors de la campagne présidentielle de 2007, derrière les grands élans de fraternité civique de Ségolène Royal s’exprimait déjà l’intuition d’une demande d’autonomisation des citoyens.

Loin de moi l’idée de dresser le panégyrique de la candidate perdante. Néanmoins, il est à noter que la conception de son programme n’avait pas été assurée par les procédures usuelles des partis classiques mais par des « remontées de terrain » qu’a priori son équipe se chargeait de mettre en cohérence.

L’inspiration s’arrête là. Quinze ans plus tard, une personnalité crédible et fédératrice pourrait-elle prendre sur elle de créer une structure de coordination politique à visée présidentielle fonctionnant sur un mode participatif ? Une telle structure aurait pour objet premier de concevoir un programme en animant des groupes sélectionnés d’acteurs de la société civile, notamment issus des gilets jaunes.

On pourra objecter qu’en apparence, c’est assez proche de ce qu’est censé avoir été initialement la France Insoumise. Cela dit, il n’aura échappé à personne que ce mouvement est principalement le véhicule de son leader et qu’il est difficile de lui imaginer quelque avenir significatif sans lui.

Pour que l’horizontalité ne soit pas un vulgaire argument de communication mais bien un principe structurant, cette erreur est donc à éviter tout autant que l’écueil des utopies auto-gestionnaires : quel que soit son modèle, aucune organisation durablement opérationnelle ne fonctionne sans individus dont le travail est de faire travailler les autres.

Dans les organisations verticales, ces individus assument la fonction de chef. Dans les organisations horizontales, celle de catalyseur. Ainsi, de la verticalité à l’horizontalité, le directeur a pour équivalent le coordinateur et le meneur a pour équivalent le médiateur.

Dans l’actuel climat social, il m’apparaît improbable que les gilets jaunes déjà unis dans le rejet des dirigeants fassent un accueil enthousiaste à quelque personnalité qui leur promettrait de prendre en charge leurs demandes tout en attendant qu’ils s’alignent derrière elle. A vrai dire, cela n’est pas très conforme au caractère anarchisant du mouvement.

Par contre, une personnalité faisant preuve de la meilleure réceptivité qui leur proposerait d’animer des groupes de travail dans une démarche cadrée par un manifeste univoque tout en s’appuyant moins sur son autorité que sur leur autonomie rencontrerait peut-être plus de succès.

Dans ce scénario, le rôle des nouveaux partis souverainistes, bien que plus secondaire, n’en demeurerait pas moins important : coordonner les bonnes volontés est une chose mais former des cadres en est une autre. C’est un travail de fond et de long cours, d’autant que mener campagne ne s’improvise pas plus qu’exercer le pouvoir.

Alors, qui pourrait relever ce défi ? Qui l’accepterait ?





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