Quel avenir pour l’Europe après le Brexit ?

Conseil de l'UE

Article de John Ashmore paru sur CapX, traduit par Soverain

Theresa May est revenue du Conseil européen de Salzbourg meurtrie, mais pas brisée. Dans le dernier revirement tout à fait prévisible de la saga Brexit, le président du Conseil, Donald Tusk, a sévèrement déclaré que le plan Chequers « ne fonctionnerait pas ».

Plus méprisant encore, le président français Emmanuel Macron, archi-fédéraliste, a qualifié de « menteurs » les partisans du Leave et a ridiculisé ceux qui prétendaient pouvoir « vivre facilement sans Europe ».

Dans un communiqué de presse à Downing Street hier, la colère de Mme May était palpable. « Tout au long de ce processus, j’ai traité l’UE avec respect », a-t-elle déclaré. « Le Royaume-Uni attend la pareille. Une bonne relation à la fin de ce processus en dépend. »

D’une certaine manière, il était logique que les propos de Macron arrivent exactement 30 ans après la mise en garde, dans son discours de Bruges, de Margaret Thatcher contre la tendance « fédéraliste et protectionniste » rampante qu’elle voyait envahir Bruxelles. Si l’on songe à l’Europe d’aujourd’hui, avec sa monnaie unique, sa constitution et les projets de création d’une force militaire, ses craintes semblent bien fondées.

Le discours de Bruges, bien qu’il soit devenu un argument phare des eurosceptiques, était pourtant loin d’être anti-européen. Comme Kai Weiss l’a indiqué sur CapX cette semaine, Thatcher voulait que travaillent ensemble, au sein de l’Europe, des États-nations mutuellement intéressés et économiquement libéraux.

Pour elle, il s’agissait d’essayer de transformer un arrangement essentiellement économique en une « utopie », souhaitée par peu de citoyens. Si elle était là aujourd’hui, la « femme sacrément difficile » serait certainement consternée par cette Europe dotée d’une monnaie unique, d’une propre constitution et même de projet de force militaire commune. Plus précisément, elle se battrait bec et ongles contre des gens comme Macron et leur vision d’une entité politique de plus en plus intégrée.

Au lieu de Thatcher, nous avons May, qui, malgré toute sa rhétorique de combat, a jusqu’à présent porté un mauvais coup à la sortie de la Grande-Bretagne. Dès le moment où elle a présenté ses propositions, il était évident que son plan Chequers ne réussirait pas – un méli-mélo qui n’a plu à personne et qui a coûté un temps précieux au premier ministre. C’est une marque de sa faiblesse et de son manque de compétence politique qu’elle a fait valoir, en dépit de ses défauts évidents.

L’histoire suggère que les deux parties se fraieront un chemin jusqu’à un accord de retrait, ne serait-ce que parce qu’au-delà de leurs acrobaties politiques, les deux parties craignent la perturbation potentielle du retrait du Royaume-Uni sans accord.

Mais le simple fait que May se débatte ne signifie pas que tout est rose de l’autre côté. Lorsque plus d’un dirigeant de l’UE commence à demander un deuxième référendum sur le Brexit, comme cette semaine, c’est un signe non seulement de frustration, mais aussi de crainte qu’un important protagoniste soit sur le point de quitter le club.

Et si Tusk peut se prélasser de « l’unité totale » de ses collègues au sujet du Brexit, il y a une faille claire et fondamentale entre la tendance fédéralisatrice de Macron et de la machine bruxelloise, et les intérêts des différents États membres.

Le plus exaspérant, c’est la manière dont la machine bruxelloise, aidée et encouragée par les députés européens, appelle à une centralisation et une intégration toujours plus poussées, tout en se montrant manifestement incapable de relever les défis à l’échelle continentale. De l’effondrement de l’économie grecque à l’incapacité de faire face à la crise des migrants, la Commission a mêlé un sentiment exagéré de son importance propre à un manque de sensibilité aux préoccupations des États membres.

Le fait qu’un personnage aussi grotesque que le Viktor Orban hongrois puisse se présenter comme une sorte de martyr de la cause des États-nations européens témoigne du ressentiment généralisé à l’égard de l’empiètement des États nations.

Ne vous y trompez pas, Orban est un bigot autoritaire et, comme Dalibor Rohac l’a affirmé de manière convaincante cette semaine, ceux que nous appelons vaguement la droite ne devraient pas se ternir en offrant leur soutien à son gouvernement.

Cependant, expliquer n’est pas tolérer. Orban n’est qu’un aspect d’un sentiment anti-fédéraliste qui résonne à travers tout le continent. Elle ne se limite pas non plus aux anciens États du bloc de l’Est.

Mais si les anti-fédéralistes cherchent une vision de l’Europe, ils seraient bien avisés de ne pas se rallier à un homme fort, mais de s’inspirer de la Dame de fer. Car c’est dans sa conception d’un groupe libre, prospère et coopératif d’États-nations que réside le meilleur avenir pour le continent.

John Ashmore





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