Que penser du futur sommet Poutine/Trump ? Les États-Unis abandonnent les rebelles syriens à leur propre sort

Article de Tom Luongo, traduit par Soverain

Plus je pense à un sommet Trump-Poutine, plus je pense qu’il se focalisera sur la Syrie. Si les rapports de ce matin sont vrais (ce qui n’est probablement pas le cas), que Trump ne souhaiterait pas se représenter en 2020 mais plutôt faire son travail, quelle qu’en soit la signification, en un seul mandat, alors c’est incontestablement le sujet de plus haute importance entre Poutine et lui.

Jusqu’à ce week-end, c’était juste mon souhait personnel. Il n’y avait aucune preuve à l’appui mais maintenant il se pourrait qu’il y en ait.

Au cours du week-end, Sam Heller a publié une prétendue lettre de l’ambassade des États-Unis à Amman indiquant que les rebelles syriens de la zone de désengagement à Dara’a ne devraient plus s’attendre à un soutien de la part des États-Unis.

Cette lettre, si elle est réelle, arrive au moment même où l’armée arabe syrienne lance son offensive pour reprendre la région. Plus remarquablement, nous n’avons pas entendu un seul mot de la part d’Israël pour dénoncer cette situation, si ce n’est le fait que l’Iran ne soit pas impliqué.

Mais, avec les forces du Hezbollah sur le terrain et toujours pas de frappes aériennes par les Israéliens, je dirais que la campagne pour regagner la zone jusqu’au Golan et la frontière jordanienne a la faveur de chacun.

Cela, selon moi, expliquerait pourquoi Trump insiste sur la tenue d’un sommet avec Poutine en juillet. Aucune autre question qui les obligeraient à parler tout de suite n’est pressante. Et, comme les preuves de bonne foi de Kim Jong-un avant son sommet avec Trump, ce dernier offre à Poutine une certaine sérénité sur la Syrie.

Cela montre aussi que peu importe à quel point il exagère en pensant qu’il établit la politique dans la région, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu est à la merci de ses deux bienfaiteurs, américains et russes.

Et cette lettre lui indique tout ce qu’il doit savoir sur les limites du soutien des États-Unis aux ambitions régionales israéliennes.

La campagne Dara’a est une occasion parfaite pour les deux dirigeants de montrer leur volonté de mener et d’assurer le comportement de leurs mandataires l’un envers l’autre.

En même temps, cependant, les choses se compliquent à Deir Ezzor, où l’armée arabe syrienne sonde maintenant ouvertement les zones autour de la base américaine d’Al-Tanf. Selon Elijah Magnier, des milliers de soldats russes se rassemblent à Palmyre pour faire pression sur les Etats-Unis afin qu’ils abandonnent cette base.

De plus, maintenant que la partie utile de la Syrie (la région la plus peuplée du pays) est libérée, à l’exception du nord, la Russie ne vise plus une victoire partielle au Levant. C’est pourquoi le Sud se révèle être une nécessité à libérer.
La Russie a de plus importants projets dans le Levant : lors de ma visite à Palmyre et ses environs, la présence de milliers de troupes russes était frappante. Cela indique que Moscou envoie de nouvelles infanteries et forces spéciales en très grand nombre. Cette présence importante n’a pas été communiquée.

Au même moment, une frappe majeure contre les Unités de mobilisation populaire irakiennes (Hachd al-Chaabi) qui a tué au moins 20 soldats au poste frontière d’Al Qa’im (à l’extrémité est de la carte) a été revendiquée par les Israéliens, mais l’Irak n’y croit pas un instant. Les États-Unis ont défendu ardemment leur position à Deir Ezzor comme monnaie d’échange dans les négociations pour l’avenir de la Syrie et comme moyen de pression sur l’Iran.

Mais le problème, c’est que les Kurdes, sous les ordres des Forces démocratiques syriennes, savent maintenant que les États-Unis ne peuvent pas leur assurer un avenir indépendant ; ils sont venus à la table de négociation avec le gouvernement Assad récemment. Cela ébranle la position américaine à l’est de l’Euphrate.

Assad et Poutine ont essayé d’obtenir des États-Unis qu’ils abandonnent Al-Tanf en échange du retrait du Hezbollah à Dara’a, en vain. Ainsi, il semblerait maintenant que Poutine tente le tout pour le tout avec ces troupes à Palmyre pour soutenir l’Armée syrienne libre alors qu’il fait pression sur la frontière imposée par les États-Unis autour d’Al-Tanf (en vert sur la carte ci-dessus).

Je pense que cette force est là pour contenir toute contre-attaque désespérée par des militants récemment formés par les États-Unis à Al-Tanf. Leur présence augmente la probabilité que la ligne rouge du conflit direct entre les États-Unis et la Russie soit franchie.

Alors que les unités spéciales d’Assad se chargent rapidement des rebelles à Dara’a, la nécessité pour Trump de négocier un accord pour ses troupes en Syrie devient urgente avant que la situation ne devienne incontrôlable.

Rappelez-vous ce que je dis toujours, les États-Unis ne négocient que lorsqu’ils perdent. Peu à peu, la situation en Syrie se rapproche de cet inévitable constat : les Etats-Unis finiront par être chassés de Syrie, à la fois par les avancées actives de l’Armée arabe syrienne et de ses alliés et/ou par la défection des alliés des Etats-Unis, i.e. les kurdes des Forces démocratiques syriennes.

La Turquie a déjà quitté le navire et avec la réélection d’Erdogan, il y un léger doute sur l’amélioration les relations de la Russie et de l’Iran avec elle après une tentative de coup d’État, puis une attaque de guerre hybride contre sa monnaie et son infrastructure financière.

Trump a toujours besoin de repartir victorieux de ses rencontres avec Poutine et en Syrie il a cette occasion. Il peut déclarer la victoire sur État Islamique à Dara’a et dans le désert du sud-ouest de la Syrie.

La négociation d’un retrait des troupes d’Al-Tanf est la première partie d’un accord vers une nouvelle réalité multilatérale qui réduit la menace future de l’Iran pour Israël, ce dont il s’agit de toute façon aujourd’hui.

Je ne pense pas qu’il y ait, officiellement, beaucoup plus de chose à la table des négociations, malheureusement. Trump est toujours pleinement engagé dans des guerres commerciales pour imposer des changements substantiels dans la façon dont le commerce mondial fonctionne. Ainsi, il offrira des concessions sur Nordstream 2 et des sanctions sur Rusal, la société d’État russe d’aluminium, pour que Poutine renonce à son soutien à l’Iran et ses « ambitions nucléaires ».

Cette approche façon Kissinger à ne rien offrir et attendre en retour ne fonctionnera pas puisque Poutine a toutes les cartes en main sur ces questions. Le scénario le plus probable serait un accord similaire à celui de Singapour qui viserait à retirer les troupes américaines en Asie centrale, y compris en Afghanistan et en Irak, en échange d’une garantie de sécurité de la part de Poutine sur la présence de l’Iran en Syrie.

Cela peut éventuellement déboucher sur une nouvelle discussion sur les ambitions nucléaires de l’Iran. Mais, ne vous y méprenez pas, Trump a la main faible ici, tout comme il l’avait avec la Corée du Nord. Il semblerait néanmoins qu’avec le recul de l’affaire Russiagate, il pourrait avoir suffisamment de champs pour commencer à distribuer quelques cartes.

Tom Lungo

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