Que penser de la liste Gilets Jaunes aux européennes – L’édito Rousseau #8

Mercredi dernier, la gilet jaune de l’Eure Ingrid Levavasseur a annoncé son intention de conduire une liste de gilets jaunes aux élections européennes prochaines. La candidature porte le nom de « Ralliement d’Initiative Citoyenne », formule ouvertement inspirée du Référendum d’Initiative Citoyenne défendu par les manifestants au veston fluorescent. Depuis, de nombreux gilets jaunes se sont désolidarisés de cette initiative politique, et ont même exigé que la jeune femme retire son gilet. Une liste ordonnée des dix premiers membres de la liste a été publiée quelques jours ce même 23 janvier, nous examinerons leurs cas de près. Un d’entre eux, ainsi que le directeur de campagne, ont mis fin à leur participation du fait des polémiques à leur égard.

 

#1 : Ingrid Levavasseur

Se définissant comme « gilet jaune modérée » et pour « l’arrêt de toutes les violences », Ingrid Levavasseur est d’abord aide soignante en soins palliatifs, puis auxiliaire ambulancier. Elle justifie par cette expérience, et son département d’exercice, sa déclaration « la désertification, je la connais, l’humain, je le connais, la souffrance, je la connais ». À 31 ans, elle vit seule avec des enfants. Ce sont d’autres gilets jaunes, parmi lesquels Christophe Chalençon, qui l’ont choisie pour les représenter sur les plateaux de télévision. Depuis, elle est une habituée des media, au point que BFMTV lui ait proposé un poste de chroniqueur. Poste refusé via un post sur Facebook.

STOPPPPPPP arrêtez avec vos messages cyniques, j'ai refusé cette offre !! Vous n'imaginez même pas le mal que vous…

Publiée par Levavasseur Ingrid Citoyenne En Gilet Jaune sur Samedi 5 janvier 2019

Elle affirme avoir voté Emmanuel Macron et ne pas regretter son choix, chose surprenante pour un gilet jaune. Autant avoir voté pour le candidat d’En Marche peut se comprendre au regard de la personne qui lui faisait face au second tour, autant il est difficile d’affirmer être gilet jaune et de ne pas avoir de regrets sur ce point. Enfin, elle a annoncé ne pas vouloir élargir la liste aux extrêmes, alors que certains gilets jaunes sont sympathisants de la France insoumise ou du Rassemblement national. Difficile alors d’affirmer,que la liste soit représentative du mouvement, voire qu’une liste puisse simplement prétendre l’être.

Sources : Marianne, Orange, page Facebook d’Ingrid Levavasseur.

#2 : Côme Dunis

Cet homme de 29 ans, vivant à Montargis, est directeur d’une entreprise de travaux de finition à Paucourt (dans le Loiret également). Il n’a jamais fait de politique avant de militer pour cette liste (pour laquelle il appelle à voter depuis le mois de décembre). On note également sa méconnaissance des traités : voici ce qu’il annonçait au micro d’Europe 1.

« Par exemple, Macron dit qu’il veut taxer les Gafa mais que l’Europe l’empêche. Pourquoi ça bloquerait en Europe ? […] Si la France veut le faire, on le fait ! […] On ne veut pas quitter l’Europe, on en a besoin, mais on veut que la France retrouve une part de souveraineté et que le citoyen soit au cœur de la politique du pays ».

Le lecteur régulier de Soverain saura pertinemment que les Recommandations du Conseil, distribuées chaque année à chaque Etat de l’UE par la Commission européenne, prônent au contraire le principe de diminution des taxes sur les capitaux, fortunes et grandes entreprises. Cela dit, ne blâmons pas si vite M. Dunis, parce que bien des hommes politiques semblent l’ignorer eux aussi.
L’on note par ailleurs qu’il a reproché au Président de la République, lors d’une de ses interventions télévisées, d’avoir signé le pacte de Marrakech au nom de la France, sans donner d’explication aux Français sur la nature et la composition du-dit pacte.

Sources : Europe 1, page Facebook de Côme Dunis

#3 : Myriam Clément

Elle a 41 ans, est comptable, et est introuvable sur les réseaux sociaux.

#4 : Frederic Mestdjian

Cet homme, à 39 ans, est chef d’une toute petite entreprise. Difficile de savoir précisément de qui il s’agit ; deux profils correspondent à ce nom sur Facebook et LinkedIn. Le premier dirige une entreprise, le deuxième en dirige une et est COO d’une autre.

Sources : LinkedIn

#5 : Brigitte Lapeyronie

Ancienne membre du Conseil National de l’UDI, âgée de 50 ans, elle est conseillère municipale divers droite de Nandy, en région parisienne, avec un de ses colistiers. Elle s’était faite remarquer pour avoir déposé un recours, visant à remplacer son étiquette « divers droite » par « divers » lors de l’élection. Le recours a été annulé du fait de son ancienne appartenance au parti de Jean-Christophe Lagarde.
Par ailleurs, elle semble être à l’origine d’une pétition lancée il y a deux mois sur Change.org visant à structurer les gilets jaunes, citant la possibilité de constitution d’un parti ou d’un syndicat ouvrier.

Sources : Le Parisien, Le Figaro

#6 : Ayouba Sow

L’on ne sait pas grand chose sur ce cariste de 41 ans, hormis qu’il est co-responsable de la tenue de la réunion de gilets jaunes dans les locaux du journal de Bernard Tapie, La Provence. Un des coorganisateurs, Hayk Shahinyan, est d’ailleurs le directeur de campagne de la liste, et est un ancien membre du Mouvement des Jeunesses Socialistes. Shahinyan vient d’ailleurs tout juste d’annoncer son retrait de la campagne des gilets jaunes.

Sources : Le Figaro

#7 : Agnès Cordier

D’après Le Figaro, cette « gestionnaire » de 45 ans aurait été coordinatrice du parti « Gilets jaunes, le mouvement ». Quoi qu’il en soit, cela ne semble plus être le cas, puisque la page Facebook dédiée au mouvement politique affirme son hostilité envers la liste que Mme Cordier a rejoint. Ce qui est sûr, c’est qu’elle indique sur LinkedIn être chargée de la qualité des procédures au Ministère des affaires sociales, et ce depuis 2018.

Sources : LinkedIn, Le Figaro

#8 : Marc Doyer (jusqu’à hier)

À 53 ans, ce directeur commercial était encore membre de la fédération LREM de l’Oise en novembre dernier. Une photo de lui a fait polémique sur les réseaux sociaux, puisqu’il portait un gilet jaune… par dessus un tee-shirt bleu à l’effigie du candidat Emmanuel Macron. Il a également eu une page à son nom sur le site du think tank libéral « France audacieuse », page retirée depuis. Les nombreuses critiques l’ont poussé à se désister de sa place sur cette liste. Il se définit aujourd’hui comme un « déçu de Macron, libre et En Marche, depuis longtemps pour les mouvements citoyens » dans la description de son compte Twitter. Celle-ci arbore toujours un lien vers son ancien site de campagne pour les législatives : il était candidat à l’investiture de la République en Marche dans son département.

Sources : profil Twitter de Marc Doyer, site internet de France audacieuse, BFMTV, Le Figaro

#9 : Barbara Turini

Discrète sur les réseaux sociaux, cette quadragénaire a fait ses études en région PACA, dans un BTS d’un lycée marseillais. Elle est présentée comme mère au foyer, mais selon BFM Business, elle serait gérante d’un total de huit entreprises, dont une a eu en 2015 un capital de près de trois millions d’euros.

Sources : Linternaute, BFM Business

#10 : Geoffrey Denis

Ce pompier de 39 ans a tenté en vain de se faire élire porte des paroles des Gilets jaunes du Nord. Il avait été le seul candidat d’une élection boycottée par les manifestants. Il n’a pas particulièrement été médiatisé hormis par la chaîne YouTube du Média. Pour le reste, il s’agit d’un gilet jaunes assidu des manifestations, et plus particulièrement des ronds-points.

Source : Le Figaro.

 

Suite à la publication de cette candidature aux élections européennes, plusieurs porte-parole du mouvement spontané ont montré leur hostilité à son égard : le groupe d’Eric Drouet affirme que « voter Gilets jaunes, c’est voter Macron », et Maxime Nicolle dénonce une liste d’ « opportunistes » et de « vendus ». Par ailleurs, Evelyne Liberal a clairement fait savoir, sur le plateau de l’Emission politique, qu’elle ne voterait pas pour la liste, et Benjamin Cauchy a estimé ne pas être sûr « que ce soit une bonne idée ». Notons aussi qu’une autre liste « gilets jaunes » semble toujours être en projet autour de Francis Lalanne. En revanche, peu de choses portent à croire que Jacline Mouraud sera candidate elle aussi.

Les 69 autres noms devraient être déterminés suite aux résultats d’un appel à candidatures suivi d’un vote. Seulement, le nombre déjà choisi de dix candidats ne semble pas être un hasard : si l’on prend en compte les sondages les plus favorables, et que l’on suppose que Debout la France n’augmentera pas son score, les gilets jaunes ne devraient s’offrir que douze eurodéputés au maximum (13% sur 86%, soit le cumul des listes au-dessus de 5% pour le sondage d’Elabe et BFMTV). Les autres sondages, eux, sont moins favorables à cette liste, avec 12, 8 et 7,5%. Et encore ; pour l’instant, aucun sondage n’a été publié depuis l’annonce de la candidature d’Ingrid Levavasseur. Le sondage de BFMTV avait été annoncé 24 heures plus tôt. Au regard des nombreux porte-parole de gilets jaunes qui s’en sont désolidarisés, puis des quelques membres de la liste qui l’ont quittée, l’on ne peut que penser que ce score baissera. Les noms des futurs députés européens gilets jaunes, s’il y en a, sont en réalité déjà tous connus, à part le potentiel remplaçant de Marc Doyer…

Parmi les critiques proférées, l’on note celles de certains manifestants, reprise par Alain Madelin et Eric Zemmour, selon laquelle la liste aurait été pilotée par l’Elysée. Cette théorie est très difficilement vérifiable, et donc pour l’heure, à la limite du complotisme. Mais il est plus difficile de contredire que la liste est emmenée par des personnes idéologiquement proches d’Emmanuel Macron. Nous n’avons pas en face de nous les opposés à 180 degrés que peuvent être notamment Eric Drouet ou Maxime Nicolle. Et surtout, la présence d’une liste Gilets jaunes impacte, dans l’état actuel des sondages, les principaux partis d’opposition : le Rassemblement National, la France insoumise et Debout la France. La présence d’Ingrid Levavasseur est donc, incontestablement, une aide pour l’exécutif, que ses principaux chantres n’ont pas manqué de saluer à leur façon.

Enfin, on note le refus de s’élargir « aux extrêmes », qui assure à la liste de ne pas être représentative de la contestation, si tant est que cela soit possible. Il est alors naturel que nombreux soient les gilets jaunes opposés à cette liste.

 

Olivier Rousseau.




3 Commentaires

  1. Une liste Gilets jaunes aux européennes ne sert à rien si ce n’est qu’à diviser les opposants à l’UE et faire le jeu du pouvoir en place. Etant entendu que leurs revendications sont incompatibles avec notre appartenance à ladite UE.

  2. « Si tant est », et non « si tenté ». Pour le reste très bonne description des faits.