Pourquoi personne ne parle de l’énergie nucléaire ?

Un silence assourdissant entoure l’énergie nucléaire. Pourtant, si l’on en croit l’alarmisme climatique actuel, l’avenir du monde ne tient qu’à un fil. En effet, les marches climatiques, virulentes, à Londres la semaine dernière, la Greta-Thunbergisation de la jeunesse mondiale et le nouveau documentaire Netflix de David Attenborough sont tous des symptômes d’un appel croissant aux armes. Selon eux, le changement climatique est réel et imminent et, selon les mots de la jeune Greta, ils « veulent que vous cédiez à la panique ».

La situation semble désespérée. Pourtant, en supposant que ce soit le cas, il semble y avoir une faille dans le raisonnement. Des politiciens comme Alexandria Ocasio-Cortez réclament un « Green New Deal », qui viserait à éliminer l’empreinte carbone de l’Amérique d’ici 2030 en « modernisant » chacune des 136 millions de maisons en Amérique, en réorganisant complètement l’infrastructure des transports du pays (publics et privés), et en garantissant simultanément, sans le moindre chiffrage, des soins médicaux pour tous, des aliments sains et la sécurité économique. En d’autres termes, un système complet qui s’approche plus du politiquement correct que de la réalité pragmatique.

Mais si ces gens se soucient vraiment de l’environnement et des dommages causés par les changements climatiques, pourquoi ne parle-t-on pas du nucléaire ?

Le nucléaire, totalement exempt de carbone, est donc une source d’énergie « propre » en termes de carbone. Le passage au nucléaire réduirait directement les émissions de carbone et représenterait donc une avancée significative, à l’exception de la phase de construction (qui créerait une dette carbone nominale unique à peu près équivalente à celle des fermes solaires). Elle a contribué avec succès à la décarbonisation des transports publics dans des pays comme le Japon, la France et la Suède.

On oublie aussi souvent que le nucléaire est le moyen le plus sûr de produire de l’électricité fiable (et bien plus sûr que le charbon ou le gaz) malgré les visions de Frankenstein sur les fusions nucléaires à la Tchernobyl, qui sont ridiculement exagérées et extrêmement rares.

Le nucléaire est également incroyablement fiable, avec une capacité moyenne de 92,3 %, ce qui signifie qu’il est pleinement opérationnel plus de 330 jours par an, ce qui est nettement plus fiable que le vent et le soleil combinés.

Enfin, alors qu’une préoccupation générale (légitime) à l’égard du nucléaire est qu’il crée un rayonnement dangereux, son utilisation émet en fait moins de rayonnement que, par exemple, la combustion du charbon. De plus, le problème posé par les déchets est plus psychologique et politique de nos jours qu’il n’est technologique. Malgré l’image d’eau verte et trouble inspirée des Simpsons, les déchets nucléaires ne sont en fait qu’une collection de vieilles barres d’acier ; les déchets nucléaires produits en Amérique au cours des 60 dernières années pourraient tous entrer dans un seul Walmart moyen. De plus, il est non seulement stocké en toute sécurité dans des fûts en béton et en acier au milieu des déserts, mais il perd également son rayonnement avec le temps et peut être recyclé pour prolonger de plusieurs siècles la durée de vie de la production nucléaire.

Il y a des réussites évidentes qui témoignent de la puissance du nucléaire. La France et la Suède, dont les émissions de carbone par habitant sont parmi les plus faibles du monde développé, sont toutes deux fortement tributaires du nucléaire (72 % et 42 %, respectivement) plutôt que de l’énergie éolienne ou solaire. La France a produit 88 % de son électricité à partir de sources sans carbone, et la Suède a obtenu un pourcentage encore plus impressionnant de 95 %. Dans le même temps, ces pays ont des prix de l’énergie parmi les plus bas d’Europe, alors que les pays à forte intensité d’énergie renouvelable, comme l’Allemagne et le Danemark, ont les deux prix de l’énergie les plus élevés du continent, sans qu’il y ait beaucoup de réduction de carbone par rapport à la France et la Suède.

Alors pourquoi, si des gens comme Mme Ocasio-Cortez se soucient autant du climat qu’ils le prétendent, sont-ils si aveuglément attirés par des propositions trop ambitieuses et irréalistes ? En effet, une quasi-utopiatisation des énergies renouvelables ne prend pas en compte bon nombre des problèmes qui y sont associés tout en négligeant les avantages du nucléaire.

L’énergie renouvelable n’est pas toujours fiable, comme nous l’avons mentionné (ce qui est logique si l’on considère le fait que le soleil ne brille pas toujours et que le vent ne souffle pas toujours). Lorsque la fiabilité de ces énergies renouvelables faiblit (les éoliennes ne fournissent que 34,5 % de l’énergie et les panneaux solaires 25,1 %, encore moins), des solutions coûteuses et très polluantes au carbone servent de secours.

Il y a aussi des problèmes écologiques. Les parcs éoliens et solaires ont besoin d’énormes quantités de terres déboisées et font souvent l’objet de protestations de la part des protecteurs de la nature locaux. L’électricité produite à partir de panneaux solaires sur les maisons individuelles, d’autre part, un plan que Alexandria Ocasio-Cortez semble approuver, est deux fois plus chère, ce qui la rend inabordable pour de nombreux ménages américains. Bien que le débat fasse rage, il y a également lieu de souligner le fait que les éoliennes représentent un danger grave pour les oiseaux rares et menacés tels que les aigles et autres oiseaux de proie. Elles menacent également la faune marine comme les marsouins et les récifs coralliens.

Lorsqu’on le compare plus directement à diverses formes d’énergie renouvelable, le discours penche également en faveur du nucléaire. Les fermes solaires nécessitent 450 fois plus de terrain que les centrales nucléaires ; les centrales nucléaires nécessitent beaucoup moins de matériaux pour leur production que les centrales solaires, éoliennes, hydroélectriques ou géothermiques ; et le solaire produit jusqu’à 300 fois plus de déchets dangereux par térawatt-heure d’énergie que le nucléaire.

Mais les enjeux ne sont pas seulement technologiques et écologiques. En effet, il existe un argument selon lequel les énergies renouvelables telles que le solaire et l’éolien deviendront de plus en plus efficaces et moins chères avec le temps, ce qui est certainement vrai (bien que certains experts contestent la véracité de ces allégations). Un autre problème, cependant, est que le contexte dans lequel elles sont promues, tel que le Green New Deal, se traduit souvent par une folie économique (il coûterait jusqu’à 90 billions de dollars selon certains). Il est frappant de voir comment le Green New Deal englobe non seulement les changements climatiques, mais aussi les soins de santé, les emplois et le logement.

En effet, il va bien au-delà de la simple lutte contre les problèmes auxquels notre environnement est confronté, en intégrant un programme beaucoup plus vaste de transformation socio-économique. Et c’est pourquoi certains, comme Michael Shellenberger (président d’Environmental Progress – une ONG pro-nucléaire de lutte contre le changement climatique), soutiennent que les politiciens de gauche tels que Mme Ocasio-Cortez idéalisent les énergies renouvelables : ils fournissent une façade environnementaliste pour une intervention gouvernementale accrue dans des domaines bien au-delà du climat.

Bien sûr, le nucléaire n’est pas parfait ; il est toujours très coûteux (bien que cela soit de plus en plus facile à résoudre par le biais d’une uniformisation et d’un long terme accrus), le risque de catastrophes du type Fukushima existe probablement toujours et les impacts environnementaux locaux sont des préoccupations auxquelles il faut répondre. Plus important encore, la volonté politique fait toujours défaut.

Bien que les secteurs public et privé aient dépensé ensemble 2 billions de dollars entre 2007 et 2016 en énergie solaire et éolienne, l’énergie solaire ne représentait encore que 1,3 % et l’énergie éolienne 3,9 % de la production mondiale en 2016. Fonctionnant à une échelle de 94 fois plus de subventions fédérales en Amérique pour les énergies renouvelables que pour le nucléaire, cette tendance semble insoutenable. Imaginez si elle avait plutôt été investie dans le nucléaire.

Au contraire, les « Ocasio-Cortez » du monde, qui sont de loin les plus bruyants en matière de changement climatique, devraient joindre l’acte à la parole. Bien que cet article soit loin d’être exhaustif et ne puisse rendre compte de toutes les nuances et complexités de la politique environnementale et énergétique, il semble qu’à tout le moins, le nucléaire mérite une place à la table si nous voulons sérieusement sauver notre planète.

Christopher Barnard

Source : CapX, traduit par Flavien





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