Pourquoi l’énergie nucléaire est essentielle pour la Russie

Article de Vanand Meliksetian pour OilPrice.com, paru sur ZeroHedge, traduit par Soverain

En tant que premier producteur et exportateur mondial de gaz naturel et de pétrole, la Russie joue un rôle important dans la définition de l’agenda géopolitique mondial. Le récent accord avec l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) témoigne de la capacité de Moscou à fixer les prix. Cependant, dans un autre domaine de la production d’énergie, la Russie occupe une position encore plus dominante : le nucléaire.

L’industrie nucléaire russe est l’une des plus anciennes et des plus mûres au monde. Après la fin de la Seconde Guerre mondiale et le début de la guerre froide, la technologie nucléaire n’était pas seulement essentielle à des fins de sécurité en tant que moyen de dissuasion vis-à-vis du bloc concurrent, mais aussi en tant que signe de prestige. La première centrale nucléaire raccordée au réseau fut ouverte en 1954 en URSS. Plus tard, trois pays dominèrent la construction de centrales nucléaires dans le monde : La France, les États-Unis et l’Union soviétique.

La chute du communisme et la fin de la guerre froide réduisirent considérablement le développement de la technologie nucléaire du successeur de l’Union soviétique : la Fédération de Russie. En 2007, le Président Poutine signa un décret qui créa une holding gouvernementale destinée à consolider le secteur national de la technologie nucléaire publique. La spirale descendante s’est progressivement inclinée et le secteur se révela être un succès retentissant.

Le carnet de commandes de Rosatom, société d’État russe, a constamment augmenté jusqu’à atteindre 300 milliards de dollars au cours des dernières années. Actuellement, 34 réacteurs dans 12 pays sont en construction, tandis que plusieurs autres États ont manifesté leur intérêt. Le carnet de commandes représente une part de marché globale de 60 % de l’ensemble des centrales nucléaires en projet ou en construction.

Projets russe de centrales nucléaire dans le monde.

La Chine possède également un secteur nucléaire civil ambitieux où le plus grand nombre de réacteurs dans un seul pays est en construction. Le développement des exportations de technologies nucléaires de Pékin, représente des risques à long terme pour Rosatom. Cependant, malgré les progrès significatifs réalisés par les concepteurs chinois, les réacteurs russes restent populaires dans le pays asiatique – comme en témoigne l’approbation récente de quatre autres réacteurs lors d’une cérémonie d’État à Pékin.

La technologie nucléaire civile russe fait appel à une multitude de clients grâce à des accords attrayants. Pour beaucoup, les centrales électriques seront les premières de leur histoire et plusieurs sites dans le monde se trouvent d’ailleurs en développement. Dans la plupart des cas, les offres nucléaires russes sont attrayantes car Rosatom assure à la fois le financement et la gestion quotidienne des centrales électriques ainsi que la construction et l’expédition du combustible nucléaire. En plus de cela, Rosatom offre des rabais beaucoup plus importants que ses concurrents.

Auparavant, le secteur nucléaire civil était dominé par des entreprises occidentales : Areva et Westinghouse (acquise par Toshiba). Le grand succès de Rosatom à l’étranger, conjugué à une baisse de la demande de technologie nucléaire civile en Occident, a entraîné une diminution des revenus de ces entreprises. Westinghouse a même déposé son bilan, mais a réussi à conclure une entente avec ses créanciers pour résoudre certains de ses problèmes financiers.

Cependant, Rosatom – et donc Moscou – est également confronté à des risques. Si tous les plans se déroulent comme prévu, l’entreprise russe sera exposée à une montagne de déchets nucléaires dont elle est (dans certains cas) contractuellement obligée de s’occuper. En outre, les déchets dangereux doivent également être protégés contre le vol, avec une menace réelle de terroristes ou de criminels.

Le fort soutien de Moscou à ses champions nationaux dans différents secteurs tels que le pétrole et le gaz (Rosneft et Gazprom), la défense (Rosoboronexport) et l’énergie nucléaire (Rosatom) n’est pas uniquement basé sur des récompenses financières. Des accords de haut niveau dans ces secteurs cruciaux confèrent également au Kremlin une influence diplomatique dans les pays concernés.

Par ailleurs, le secteur de l’énergie nucléaire civile est très sensible à la perception du public. Les changements d’attitude peuvent rapidement stopper ou faire reculer les développements. Les multiples méthodes de production d’électricité offrent des alternatives aux responsables au cas où l’option nucléaire tomberait en désuétude. La catastrophe de la centrale de Fukushima est l’exemple le plus récent des relations d’amour-haine du monde envers l’énergie nucléaire civile. L’effondrement de la centrale électrique japonaise a radicalement changé la politique énergétique des troisième et quatrième plus grandes économies du monde : le Japon et l’Allemagne. En conséquence, la demande de gaz naturel liquéfié (GNL) et les investissements dans les énergies renouvelables ont explosé dans ces pays au cours des dernières années.

Bien que le carnet de commandes de Rosatom soit déjà bien rempli et que plusieurs commandes potentielles pourraient être conclues dans un avenir proche, des événements imprévus peuvent sérieusement entraver l’évolution de cette situation. La nature à haut risque du secteur de l’énergie nucléaire présente d’uniques facteurs d’atténuation, contrairement à d’autres secteurs de la production d’électricité. Étant donné la forte dépendance du secteur de l’énergie nucléaire vis-à-vis de sa réputation et de sa sécurité, une seule erreur ou accident pourrait briser la série gagnante de Rosatom du jour au lendemain.

Vanand Meliksetian


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