Pourquoi le président-acteur ukrainien est plus susceptible d’être une blague que la solution

 

Le peuple ukrainien en a tellement marre du nationalisme militariste et de la corruption endémique à Kiev qu’il a voté pour quelqu’un, n’importe qui, qui apparaisse comme étant un peu plus raisonnable.

La victoire éclatante de Vladimir Zelensky, l’acteur de télévision, aux élections présidentielles ukrainiennes, a fait naître l’idée que le conflit dans la région orientale de Donbas pourrait être résolu par une autre voie. La guerre en cours a paralysé tout le pays, causé plus de 13 000 morts et entraîné le déplacement de près d’un million de personnes de leur foyer.

M. Zelensky a appelé à des pourparlers directs avec la Russie afin d’aider à parvenir à un règlement politique. Potentiellement, cette attitude apparemment plus engagée à Kiev pourrait être la clé du rétablissement de la paix dans la région et de la reprise de relations normales avec la Russie. Moscou a réservé un accueil prudent à ces développements. Sa victoire écrasante est certainement une étonnante répudiation populaire de la mentalité anti-russe de son prédécesseur, Petro Poroshenko.

Mais il y a tant de contradictions et de paradoxes dans la récente élection présidentielle en Ukraine que les attentes devraient être plus prudentes.

Pour commencer, Zelensky, 41 ans, comédien populaire à la télévision, est un novice politique complet. Toute sa campagne électorale était vide dans tous les aspects de sa politique. Oui, il a dit qu’il voulait avoir des pourparlers directs avec Moscou pour mettre fin à la guerre de près de cinq ans dans l’est de l’Ukraine entre les forces étatiques et les séparatistes pro-russes. Mais quelques jours seulement avant son élection, Zelensky a dénigré la Russie comme un « agresseur » et décrit le président russe Vladimir Poutine comme un « ennemi ».

La décision prise cette semaine par la Russie d’accorder la citoyenneté aux Russes de souche de la région sécessionniste du Donbass en Ukraine a été fermement condamnée par Washington et l’Union européenne comme portant atteinte à la souveraineté de l’Ukraine. Moscou a déclaré qu’il s’agissait simplement de respecter les droits juridiques internationalement reconnus des personnes d’origine russe. Quoi qu’il en soit, M. Zelensky s’est également joint aux condamnations irréfléchies à l’encontre de la Russie au sujet de sa décision de délivrer un passeport.

Cela suggère que le nouveau président ukrainien est un « Poroshenko-Lite ». Le seul changement est un assouplissement de la rhétorique anti-russe qui a tant dominé le régime de Kiev depuis le coup d’État soutenu par la CIA en 2014 qui a marqué le début de la présidence de Porochenko.

Zelensky a déjà parlé de la mise en œuvre des accords de paix de Minsk signés en 2015, mais il s’est également contredit en disant qu’il n’accorderait pas l’autonomie politique au Donbass et n’accorderait pas d’amnistie aux combattants, ce qui signifie que la guerre contre la population russe par le régime Russophobe de Kiev va continuer. Il a aussi – honteusement – fait des commentaires publics valorisant apparemment le collaborateur nazi Stepan Bandera et les partisans fascistes de ce dernier.

Moscou a donc raison d’exprimer sa prudence quant à la portée politique du nouveau président ukrainien. Le Kremlin a déclaré qu’il attendrait des mesures concrètes et des changements de politique, plutôt que de baser son jugement sur les paroles insipides d’une star de la télévision devenue politicienne. Il y a ici une analogie avec le président américain Donald Trump et la façon dont son ascension à la Maison-Blanche n’a rien changé à la politique hostile de Washington envers la Russie.

La conclusion la plus claire à tirer est peut-être que les citoyens ukrainiens n’ont pas tant exprimé leur soutien à Zelensky – comment pourraient-ils le faire alors que son manifeste était si vide de sens ? – mais plutôt sa victoire écrasante était une répudiation massive du président sortant et la mentalité anti-russe à Kiev qui était une telle caractéristique de la présidence de Porochenko.

En d’autres termes, le peuple ukrainien en a tellement marre du nationalisme militariste et de la corruption endémique à Kiev qu’il a voté pour quelqu’un, qui lui semble un peu plus raisonnable. Même si ce candidat est un comique sans vision politique.

Au cours des cinq dernières années, l’État ukrainien dominé par Kiev n’a été qu’un régime fantoche pour Washington, l’OTAN et, dans une moindre mesure, l’Union européenne. Il a servi de fer de lance contre la Russie avec des provocations et des calomnies ignobles. C’est en fait une abomination du droit international et des principes démocratiques.

Rien n’indique que les choses vont changer fondamentalement sous la direction de ce nouveau président, en dépit d’une rhétorique apparemment plus raisonnable. Les espoirs des Ukrainiens en matière d’amélioration économique, d’élimination de la corruption des oligarques et de normalisation des relations avec leurs compatriotes dans le Donbass et en Russie seront probablement anéantis. Voter pour le comédien Vladimir Zelensky comme une sorte de sauveur pour leurs nombreux malheurs pourrait s’avérer être une blague très cruelle.

Le problème réside dans le fait que Kiev est un régime fantoche pour Washington qui a pour fonction de promouvoir un programme géopolitique anti-Russe. Zelensky n’est pas une solution ; son tour à la présidence n’est qu’une pause dans la calamité actuelle de l’Ukraine.

 

Strategic Culture Foundation (Editorial) ; traduit par XPJ





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