Où est donc passée la manif’ contre « la loi travail XXL » ?

Où est donc passée la manifestation contre « la loi travail XXL » ? Les médias n’en parlent pas dans leurs gros titres. Ai-je manqué quelque chose ? Y-avait-t-il un rassemblement d’ampleur hier dans toute la France ? Peut-être bien, encore faut-il chercher les informations car c’est bien un autre sujet qui intéressait les médias français (sans parler de l’annonce obscène par les grands journaux du dernier smartphone de la firme à la pomme) : la visite de Macron dans les Antilles après les passages dévastateurs des ouragans de catégorie 5, Harvey et Irma.

La gestion de ces ouragans hors-catégorie a été compliquée pour les autorités publiques comme l’atteste le bilan, lourd, de pertes humaines et matérielles. Ces passages apocalyptiques auront causé des milliards de dégâts. Les mauvais esprits, s’il en est, jugeront que Jupiter avait établi son agenda au moment opportun de ladite « loi travail XXL ».

La manifestation aura rassemblé péniblement entre 223 000 selon le gouvernement et 400 000 personnes selon la CGT. Alors que ce syndicat est très hostile à cette loi, les deux autres principaux syndicats (FO et CFDT) n’avaient pas appelé à manifester. Ce qui peut en partie expliquer cette faible participation. En partie seulement, car ces lacunes ne sont pas le seul fait des syndicats français. L’opposition au gouvernement est plurielle et est complètement désorganisée. Le Front National (FN) et la France Insoumise (FI) se détestent. C’est un fait.

Mais comment peut-on expliquer qu’un parti (la FI) ayant seulement une dizaine de députés à la représentation nationale soit le fer de lance de l’opposition ? Eh bien, la réponse est plutôt simple. Les Républicains (LR) sont plutôt timides – et c’est un euphémisme de le dire – sur l’application des ordonnances pour appliquer la nouvelle loi travail. En effet, les « constructifs », aile émanant de LR, se sont rapprochés de la République en Marche (LREM), favorisant incontestablement un brouillage supplémentaire des cartes sur la répartition des convictions politiques attachées aux partis majoritaires à l’Assemblée nationale.

Le FN, de son côté, est trop occupé à gérer ses crises intestines et sa gueule de bois post-électorale. Le parti de Marine Le Pen cherche à se refonder et est même prêt à changer de stratégie politique sur le dossier de l’euro, allant même jusqu’à abandonner toute sortie de la monnaie unique ou du moins en la repoussant à d’autres lunes. Les sondages disent que les Français veulent rester dans l’euro, écoutons les sondages et mettons nos convictions politiques fondamentales de côté ? Seul Philippot semble résister à ces pressions de changement radical de cap dans le parti frontiste. Le FN est-il encore véritablement un parti souverainiste en faisant une telle annonce ? Cet abandon – ou dirons-nous, cette forfaiture – du FN arrivé au second tour de la présidentielle n’est pas un simple égarement de communication. Non ! C’est une faute politique majeure qui fait tâche et remet en doute sa capacité à mener le combat idéologique sur le terrain économique face au rouleau compresseur en marche.

Alors la FI est la seule en position pour avancer sa stratégie sur l’échiquier politique de la rentrée 2017 mais du fait de sa faible participation et du manque flagrant de soutiens des autres acteurs de la société civile, le combat ressemble à celui de David contre Goliath. Elle a encore une carte à jouer avec une nouvelle manifestation le 23 septembre, veille du véritable lancement des réformes sur le code du travail.

Cette désorganisation anarchique de l’opposition laisse un boulevard au président Macron, qui peut gouverner la barre des réformes sans être inquiété. Il ne manquait plus qu’une catastrophe naturelle outre-Atlantique pour que l’opinion publique se désolidarise complètement des partis en opposition et laisse Jupiter gouverner dans le calme le plus olympien.