Pas besoin de l’OTAN

Article de Craig Murray, traduit par Soverain

Un sommet de l’OTAN approche et amène Donald Trump en Europe, puis sur nos rives (NDT : à Londres), et amène avec lui l’habituelle demande pour qu’une plus grande partie de l’argent des contribuables soit donnée aux fabricants d’armes.

Pourtant, l’OTAN est une institution manifestement inutile. Son plus grand déploiement militaire, durant 12 ans en Afghanistan, aboutit à la défaite militaire dans plus de 80 % du pays, à l’installation d’un régime de poche dont la durée de vie est incertaine et à un vaste flux d’héroïne destiné à financer le monde criminel dans tous les pays de l’OTAN.

Production d'opium en hausse depuis 2002
Regardez ce tableau de près et souvenez-vous que l’occupation de l’OTAN commença début 2002.

En envahissant l’Afghanistan et en renforçant les seigneurs de l’héroïne, les pays de l’OTAN se sont déstabilisés.

Syrte après les opérations de l'OTAN
Voici Syrte après la « libération » de l’OTAN.

La deuxième plus grande opération militaire de l’OTAN fut l’attaque contre la Libye, où l’OTAN réalisa 14 200 bombardement à l’aide de munitions hautement explosives et dévasta l’infrastructure de la Libye et des villes entières.

La conséquence directe de la dévastation de la Libye et de la destruction de son infrastructure gouvernementale fut l’exode massif et incontrôlé de migrants, en particulier d’Afrique de l’Ouest, à travers la Libye et la Méditerranée, à bord de bateaux. Cela n’a pas seulement conduit à l’exploitation épouvantable et à la mort tragique de nombreux migrants, cela a fondamentalement affaibli les gouvernements et même les valeurs des Etats européens membres de l’OTAN, menant à une poussée populiste de droite dans une grande partie de l’UE.

En bref, en détruisant la Libye, les membres de l’OTAN se sont déstabilisés eux-mêmes.

 

Un bâteau de migrant sur la Méditerranée
Le résultat direct de la destruction de la Libye par l’OTAN.

 

Aujourd’hui, l’OTAN se concentre une fois de plus sur la « menace » initiale qu’elle était censée combattre : une invasion russe de l’Europe occidentale.

La Russie n’a absolument aucune intention d’envahir l’Europe occidentale. La notion même est aberrante. Elle n’exige pas que l’OTAN dissuade une menace qui n’existe pas.

La Pologne, la République tchèque et la Slovaquie ont à elles seules un PNB combiné aussi important que la Russie. Sur la base de la parité de pouvoir d’achat (PPA), si vous ajoutez l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie, ces États de l’Est continuent d’égaler la Russie sur le plan économique. Basé sur une PPA, le PIB combiné de tous les pays de l’OTAN est 12 fois plus élevé que celui de la Russie.

La Russie dispose d’une puissance militaire disproportionnée par rapport à sa taille, mais pas tant que ça. Les dépenses de la Russie pour sa défense représentent un sixième des dépenses de défense de l’OTAN, bien qu’elles soient légèrement plus efficaces parce que, malgré la corruption, une part moindre des dépenses de défense de la Russie va dans les poches des actionnaires des sociétés d’armement, des lobbyistes, des politiciens et autres donateurs bienveillants que ce qui se passe en Occident. Mais cela ne peut pas l’emporter sur le désavantage économique massif de la Russie. Rien ne peut le faire. La Russie est très bien placée pour se défendre, mais elle n’est pas en mesure d’attaquer les grandes puissances.

Les succès de la politique étrangère de la Russie, Crimée, Syrie et Géorgie, ne reposèrent pas sur une très grande puissance militaire – les puissances de l’OTAN l’emportent de loin sur elle – mais simplement sur une bien meilleure maîtrise de l’État. Et l’OTAN, malgré les milliers de milliards de dollars que les contribuables occidentaux y consacrent, n’a rien pu faire, bien que les actions russes en Crimée et en Géorgie aient été illégales au regard du droit international.

En fait, si quelqu’un n’a pas encore compris que notre célèbre arsenal nucléaire est une « théière en chocolat », c’est qu’il n’a pas fait attention. Lors des récentes crises de politique étrangère – y compris la question de la nucléarisation de la Corée du Nord – personne, nulle part, n’a jamais mentionné les missiles Trident comme faisant partie de la solution. Ils ne valent absolument rien.

La menace d’une attaque russe contre l’OTAN elle-même est inexistante. L’UE n’est pas officiellement une alliance militaire, mais l’idée que n’importe quelle partie du territoire de l’UE pourrait faire l’objet d’une invasion sans que le reste de l’UE réagisse est impossible sur le plan politique. Il est très clair que la politique de Vladimir Poutine est de réincorporer en Russie les petites régions frontalières, ethniquement Russes et actuellement dans les anciens États soviétiques. Mais cela a été abordé au coup par coup, en évitant une confrontation majeure. Il n’y a pas de menace pratique pour les États baltes dont la sécurité est déjà garantie de facto par l’adhésion à l’UE.

Le rôle de défense de l’OTAN contre la Russie est donc inutile, et ses grandes aventures militaires furent un désastre total.

Enfin, une pensée à propos de la Chine. Je ne peux pas penser à un parallèle avec la Chine de ces deux dernières décennies, où aucun pays de l’histoire n’a obtenu autant de prééminence économique dans le monde et montré si peu d’intérêt pour l’expansion militaire. L’invasion du Tibet s’est produite avant la croissance économique de la Chine, et le conflit en mer méridionale de Chine est loin d’être l’invasion de l’Irak. Je ne revendique aucune connaissance de la culture ou de la pensée chinoise, mais ils semblent se rendre compte que la domination peut être obtenue par des moyens plus subtils que ceux de l’épée. Cela va être quelques décennies fascinantes durant lesquelles la Chine dépassera rapidement les Etats-Unis parmis les superpuissances.

Craig Murray, traduit par Soverain





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