Neuf choses que nous ont apprises les élections générales espagnoles du 28 avril

À défaut d’offrir des surprises majeures, les élections générales espagnoles du dimanche 28 avril 2019 auront permis de tirer un certain nombre d’enseignements sur l’évolution des rapports de force chez notre voisin ibérique :

 

1) Pedro Sánchez et le PSOE ont réussi leur pari, qui consistait à profiter à la fois de la fragmentation de la droite en trois formations (PP, Citoyens et Vox) et de l’affaiblissement de la gauche « radicale » de Podemos. Avec 123 députés sur 350, les sociaux-démocrates sont certes loin d’atteindre la majorité absolue au Congrès mais aucune coalition ne pourra se faire sans eux. Cette victoire légitime a posteriori la motion de censure d’il y a un an environ, d’autant que les socialistes sont dominants à gauche avec la chute d’Unidas Podemos, qui passe de 71 sièges à 42. Pedro Sánchez a gagné partout (ou presque) : le PSOE arrive en tête dans la quasi totalité des communautés et villes autonomes et emporte une nette majorité au Sénat.

2) À droite, le panorama est sombre pour le Parti populaire (PP) de Pablo Casado. La formation chrétienne-démocrate espagnole passe en effet de 137 à 66 sièges au Congrès des députés – au profit de ses deux adversaires majeurs, les centristes de Citoyens (C’s) et les nationalistes de Vox. La douche est d’autant plus froide qu’avec 57 élus, C’s manque de doubler le PP.

3) Avec environ 10,2 % des suffrages exprimés, Vox fait une entrée remarquée au Congrès des députés, ce qui lui vaut 24 sièges. La soirée était pourtant mitigée pour ses partisans car ce résultat est en-deçà de ce que leur promettaient certains sondages (jusqu’à 40 élus, voire plus).

4) Pour gouverner, le PSOE a désormais deux options : une alliance avec les centristes de Citoyens ou une coalition avec Podemos et les séparatistes catalans de l’ERC. Avant le scrutin, Citoyens avait décidé de ne passer aucun pacte avec les socialistes. Les semaines à venir diront si chacun est disposé à manger son chapeau pour que les indépendantistes catalans n’aient pas la clef du futur gouvernement. Ces derniers risquent en effet de négocier très cher leur ralliement au PSOE.

5) La peur d’un retour des « franquistes », agitée par les socialistes à l’encontre de Vox, a fonctionné à plein régime. C’est ce qui explique que bon nombre de votants traditionnels de Podemos aient choisi de glisser dans l’urne un bulletin en faveur de Pedro Sánchez. Le concept de « vote utile » est donc un élément majeur de cette soirée électorale.

6) Les formations régionalistes enregistrent globalement un bon résultat en cumulé. Elles envoient en effet 36 élus au Congrès des députés si l’on compte les sièges de l’ERC, d’Ensemble pour la Catalogne, du Parti nationaliste basque, d’EH Bildu, de la Coalition canarienne, de la Coalition engagement et du Parti régionaliste de Cantabrie. L’on peut se lamenter à l’envi sur le système électoral espagnol, qui favorise ces partis. Pourtant, c’était aux grandes formations nationales de le modifier lorsqu’elles le pouvaient. Ce chantier est plus que jamais nécessaire si les électeurs espagnols désirent des résultats plus conformes à la volonté du peuple et à l’intérêt général.

7) Un coup d’œil aux résultats en Catalogne, car la forte hausse de la participation dans la communauté autonome (+ 11,97 %) a largement interpellé. Elle montre en tout cas que les électeurs de la région se sentent plus concernés par un scrutin national que par les référendums indépendantistes. Par ailleurs, bien que la gauche séparatiste de l’ERC l’ait emporté, au total, les formations sécessionnistes ne dépassent pas les 37 % des suffrages exprimés.

8) Podemos est devenu une formation marginale dans une bonne partie de l’Espagne. Elle sombre par exemple corps et bien en Castille-La Manche, en Castille-et-León, en Estrémadure et dans La Rioja. En réalité, le parti de Pablo Iglesias se replie sur son socle électoral : les grandes villes et la périphérie du pays. Il faut en tirer un enseignement majeur : Podemos a officiellement cessé d’être un parti espagnol pour être une collection de « confluences » venues de Barcelone, Bilbao ou Valence. Il est désormais clair que cette formation ne défend plus le bien commun mais des intérêts particuliers et des privilèges territoriaux.

9) Un dernier mot sur Vox. Le vote en faveur de ce parti reste concentré dans quelques communautés autonomes (Andalousie, Communauté de Madrid, Région de Murcie, notamment). Vox apparaît en fait comme un miroir inversé de Podemos à la fois dans son programme et sa géographie électorale. Toutefois, si Santiago Abascal veut réellement s’imposer à terme, il lui faudra conquérir un électorat plus large.

 

Source : L’Incorrect

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