Manifestations « le Mexique d’abord » à Tijuana : première crise à gérer pour AMLO?

Note de Soverain : Le « Pacte mondial sur les migrations » voté par l’ONU n’est pas du goût de tout le monde. Ironiquement, ce texte farouchement défendu par la France et Emmanuel Macron précise que « le pacte mondial réaffirme le droit souverain des États à déterminer leur politique nationale en matière d’immigration, et leur prérogative de régir l’immigration au sein de sa sphère de compétence nationale(…). », alors même que la politique migratoire des pays de l’Union européenne n’est plus gérée par les Etats souverains mais bien par la Commission européenne non élue. De nombreux pays rejettent ce texte, et certains se sont même retirés, comme les États-Unis en 2017. C’est dans ce contexte que le président mexicain fraîchement élu doit trancher le problème migratoire dans son pays, au risque de se mettre à dos une partie de son électorat.


Par Andrew Korybko – Le 27 novembre 2018 – Source orientalreview.org

Des manifestations anti-migrants « Prioridad Mexico » ont lieu ces jours-ci dans la ville frontalière de Tijuana.

La simple existence de ces manifestations porte à faux les attaques et dénis des médias traditionnels libéro-mondialistes, qui partent toujours du principe que toute opposition aux migrations illégales s’apparentent à du « racisme », du « fascisme », et/ou du « suprémacisme blanc ». Réfutée également, la croyance – foncièrement raciste en soi- que la société mexicaine serait politiquement homogène. Comme dans tout pays, les opinions des mexicains sont très diverses sur tous les sujets, et en particulier sur celui de l’immigration illégale, qu’elle concerne d’ailleurs celle des propres ressortissants mexicains ou qu’elle provienne d’autres états d’Amérique centrale. Dans le cas qui nous intéresse ici, les habitants de Tijuana s’inquiètent des afflux importants de migrants en provenance d’Amérique centrale, ainsi que des pressions socio-économiques et en terme de sécurité que risque d’induire sur la ville de Tijuana ces phénomènes migratoires, décrits en détail par Kelly M. Greenhill, chercheuse de l’Ivy League, dans son ouvrage publié en 2010 s’intéressant aux « armes de migration massive ».

Il n’y a rien de discriminatoire dans les inquiétudes que l’on peut avoir quant aux capacités d’absorption d’une population hôte envers une augmentation inattendue des immigrés. Pour dire les choses comme elles le sont, les inquiétudes des habitants de Tijuana apparaissent comme légitimes pour de nombreuses raisons. La ville de Tijuana a par le passé fonctionné comme zone de transit pour les migrants en chemin vers les USA, mais avec les mesures de sécurité renforcée aux frontières des USA décidées par Trump, cela pourrait changer : la zone pourrait bien devenir la destination finale de ces personnes. Il n’est pas totalement exclu de voir les mesures de sécurité américaines aller jusqu’à des fermetures temporaires de la frontière, en cas d’urgence, ce qui porterait un coup critique à l’économie locale. On peut comprendre que les habitants du Mexique n’aient aucune envie de subir ces conséquences pour le compte de migrants en provenance d’Amérique centrale, ce qui explique pourquoi ils sont dans la rue.

Manifestations « Prioridad Mexico » à Tijuana

Les circonstances font que ces événements se produisent juste avant l’investiture du nouveau président AMLO (NDT : Andrés Manuel López Obrador), prévue début décembre, ce qui pourrait bien constituer la première crise qu’aura à gérer son administration. Il est probable que les manifestations se poursuivront d’ici là, sauf à voir les migrants gagner le sol des USA ou retourner sur leurs pas. Obrador pourrait se retrouver face à un dilemme : se retrouver contraint à faire usage de la force, soit à l’égard des manifestants, soit envers les migrants, chacune de ces alternatives présentant un risque politique important. S’aligner avec les manifestants risquerait de lui aliéner la base électorale de gauche qui l’a porté à la présidence, mais prendre le parti des migrants pourrait susciter une importante réaction nationaliste et provoquer l’ire de Trump.

La plupart des observateurs ne l’auront pas vu venir, mais la Caravane de Migrants pourrait se révéler un problème plus important pour le président mexicain que pour son homologue américain.

Cet article constitue une retranscription partielle de l’émission radio context countdown, diffusée sur Sputnik News le vendredi 23 novembre 2018.

Source : Oriental Review, traduit par Vincent


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