L’urgence d’un renouveau républicain

La Liberté guidant le peuple. Huile sur toile d’Eugène Delacroix réalisée en 1830

Note de Soverain : Antoine Berranger est référent adjoint du mouvement « Les Patriotes » en Loire-Atlantique. Issu de la gauche républicaine, il a soutenu Jean-Pierre Chevènement et son Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) avant de rejoindre Florian Philippot. La laïcité est un de ses sujets de prédilection.

[Note préliminaire: Cet article est une ébauche, plan d’un projet plus ambitieux et bien plus détaillé]

Le 23 mars 2018, le terrorisme frappait une nouvelle fois, à Trèbes et Carcassonne.
Au delà des mesures nécessaires immédiatement pour contrer ce terrorisme, il faut clairement en identifier les causes sous-jacentes pour en finir avec le mal de l’islamisme radical qui ronge notre pays.

Il s’agit, selon moi, d’un net recul de la République qui ne peut plus assurer son rôle émancipateur permettant de construire le liant de la citoyenneté. Renouer avec les valeurs républicaines permettrait donc de retrouver cette cohésion, tout en permettant à chacun de vivre selon ses convictions – étant entendu, bien sûr, dans le cadre légal défini par la République.

Par dogmatisme marxiste, beaucoup de laïcs refusent de voir dans la radicalisation autre chose que le fait religieux, et, s’interdisant légitimement de leur trouver des excuses, s’empêchent d’en analyser les raisons profondes. Dans cet article, il ne s’agira pas de trouver de quelconques excuses sociologiques aux terroristes, ce qui nous ferait dériver sur une pente bien glissante, mais d’essayer de trouver les raisons inhérentes à cette rupture républicaine pour essayer de les corriger, ce qui, de facto, devrait permettre de résoudre en partie le problème du fanatisme religieux qui nous assaille.

Laïcité, République & Souveraineté

Il convient de définir comment ces trois concepts s’articulent avant de continuer, pour que mon propos soit le plus clair possible. La laïcité, issue des Lumières, de Jean Bodin, Voltaire, Montesquieu, Mirabeau,.. est une forme d’émancipation, une quasi-transcendance permettant à l’homme de devenir citoyen en gommant, dans un espace civique, les différences particulières. Cela permet de créer une unité citoyenne, nécessaire quand les femmes et les hommes qui la composent sont différents, et de créer ainsi un peuple souverain dans cet espace. La laïcité est par conséquent une condition nécessaire à la souveraineté, elle même condition nécessaire à la République. Une laïcité sans souveraineté serait alors sans objet (même si elle permet bien des choses, notamment l’émancipation des femmes), et si elle fait autant débat ces derniers temps, c’est parce qu’elle s’effondre sur elle-même n’étant plus soutenue par des revendications souverainistes ; la République et la démocratie s’effondrent avec elle.

Un renouveau républicain, qui renouera avec la souveraineté permettra donc de redonner tout son sens à la laïcité.

Citoyenneté contre « Vivre Ensemble »

De nos jours, nous ne parlons même plus de citoyenneté, mais de « vivre ensemble », qui pourrait se définir comme « vivre côte à côte et s’accommoder de nos différences ».

La citoyenneté est au contraire bien plus que cela : elle crée une vie politique et une vie privée, afin que cette sphère politique, commune à tous, gomme la moindre de nos différences pour nous rassembler en un corps civique homogène. Le « vivre ensemble » n’est au final que l’acceptation publique de la somme de ces différences, et la croyance naïve que la tolérance de chacun permettra à tout le monde de se respecter ; forme d’entropisme qui ne peut mener, au final, qu’à une société multiculturaliste avec tous les inconvénients qui vont avec : relativisme social & judiciaire, tensions inter-communautaires, racisme, …

Il faut donc identifier clairement comment cette citoyenneté se détricote petit à petit pour savoir comment y revenir. Quand les identitaires nous parlent d’identité culturelle, quand les multiculturalistes – souvent alter-mondialistes, ce qui est assez ironique – ne nous parlent que de cette fameuse tolérance absolue – quelle utopie ! -, défendre notre identité politique me semble particulièrement crucial, en particulier parce que la France est un des rares pays laïcs & universalistes et est, de fait, un des derniers défenseurs de ces valeurs, permettant de s’absoudre d’une tolérance fantasmée.

De la destruction de la sphère civique

Construite par les Lumières, parachevée par le Conseil National de la Résistance, la sphère publique, que l’on pourrait appeler civique ou politique, se distingue en ceci qu’elle se concentre sur ce qui unit le peuple (laïcité vient de λαϊκός, le peuple uni). L’union s’oppose de façon très évidente à l’intersection, dont est issue l’intersectionnalité de Kimberlé Crenshaw, dont ont découlé les revendications indigénistes & communautaristes.

 

 

Cette petite image suffira, j’imagine, à vous faire comprendre pourquoi l’union, ou laïcité, est beaucoup plus rassembleuse que l’intersection.
Soyons très clairs. L’intersectionnalité permet la défense de droits spécifiques à des communautés, ce qui peut-être important dans des sociétés qui ne sont pas universalistes, mais multiculturelles, comme aux États-Unis ou au Royaume-Uni. Mais ce n’est clairement pas le cas de la France, et par conséquent, elle ne peut que contribuer à la destruction de cet ensemble citoyen qui nous caractérise, en s’attardant sur le particularisme au lieu de se concentrer sur ce qui nous unit : le « je » tend à remplacer le « nous ».

La montée du multiculturalisme est très visible, notamment sur les réseaux sociaux, et se manifeste de plus en plus, lors d’élections étudiantes récentes comme à l’Université d’Orléans, ou par la sympathie assumée envers ces doctrines de certaines personnalités politiques ou politisées, comme Danielle Obono, Rokhaya Diallo, ou encore Yassine Belattar. Les accuser d’être islamistes, comme certains le font, est certes diffamatoire (et même dangereux, les plaçant dans une position victimaire qu’ils chérissent), mais la complaisance dont ils font preuve infuse dans la société et se vulgarise de plus en plus, ce qui est très inquiétant.

Il y a bien entendu bien d’autres facteurs à la destruction de notre sphère civique. Les réseaux sociaux et le développement de la télé-réalité permettant l’étalage de la vie privée, rendant floue la frontière entre vie privée et vie publique, ont certainement joué. Les attentats commis en 2001, ont, aussi, évidemment, joué leur rôle dans ce repli communautaire, ainsi que les multiples guerres qui ont détricoté jusqu’à l’idée même de souveraineté. Mais en dehors de continuer à défendre la liberté de conscience, et protéger les croyants modérés qui savent encadrer leur foi des lois de la République, nous n’avons que peu de leviers sur ces événements : il faut aller de l’avant !

Du reflux de la République

Au contraire, le reflux de la République est particulièrement sensible un peu partout en France, et nous pouvons agir dessus.

De quoi parlons-nous ? Nous parlons des diverses « loi travail » qui diminuent les droits des travailleurs. Nous parlons des services publics qui désertent nos campagnes. Nous parlons des transports qui ne parviennent pas dans les banlieues défavorisées ou dans les communes isolées. Nous parlons des classes de maternelle ou de primaire qui se font avec plus de 30 élèves. Nous parlons des médecins qui manquent. Nous parlons des bureaux de Poste qui n’ouvrent plus que 2h par jour. Nous parlons d’accès à l’emploi. Nous parlons, plus généralement, d’une vision du service public qui a vu la notion de rentabilité remplacer celle de service.

Les français, où qu’ils habitent, ont les mêmes règles devant l’impôt, et contribuent tous de la même façon. Mais les services qui leur sont proposés ne sont pas également répartis. Les emplois se concentrent essentiellement dans les grandes zones urbaines et forcent les regroupements dans les métropoles. Pourtant le monde du travail évolue. L’uberisation, le développement du télé-travail et de l’auto-entrepreneuriat pourraient être utilisés intelligemment pour redynamiser l’ensemble de nos territoires.

A l’égalité s’est substitué l’égalitarisme, dans une logique de compensation qui ne s’attarde que sur l’atténuation des symptômes au lieu de corriger les inégalités à leurs racines. Le Conseil National de la Résistance avait tout à fait raison : seule une réelle politique sociale, une justice économique et fiscale pourront nous permettre de perpétuer la seule identité qui compte : notre identité politique et civique.

Comment s’étonner alors que le processus d’assimilation républicaine soit vacillant ? Nous ne demandons pas et n’avons jamais demandé aux immigrés s’installant en France d’aimer le camembert, la choucroute, ou même le porc, mais nous devons leur demander de respecter nos règles, nos lois et notre histoire civique. La confusion des identités culturelles et politiques, portée par l’ensemble des partis français (avec très peu d’exceptions), n’a fait que renforcer ce phénomène.

Les gabegies de nos politiques : pourquoi en sommes nous là ?

Les fausses promesses et les tromperies sont vieilles comme le monde, mais avant Nicolas Sarkozy, nos Présidents de la République avaient au moins un certain respect et une certaine retenue, au moins dans la forme. Difficile de dire qui de l’œuf ou de la poule, mais la simultanéité des ces nouveautés laisse songeur : revendications communautaires d’un côté, irrespect du peuple dans les plus hautes sphères de l’état de l’autre.

Non content d’insulter certains de ses concitoyens (comment oublier le « casse toi pov’con » ?), il a parachevé son œuvre en nous imposant le traité de Lisbonne alors que nous avions clairement exprimé notre refus par référendum. Comment briser la souveraineté populaire et nationale en deux leçons.

Fort justement écarté du pouvoir, il a été remplacé par François Hollande qui a vite emporté avec lui tous les espoirs de la gauche en se soumettant à l’Union Européenne que son prédécesseur avait rendu maître de notre pays.

Emmanuel Macron est une synthèse de ces deux piètres présidents, qui, malgré son verbe sirupeux, allie irrespect du peuple et soumission à l’Union Européenne. Les trois n’ont eu de cesse que de faire reculer la République. Austérité permanente, des services publics qui ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes, des inégalités sociales et fiscales qui ne font qu’enfler, une égalité des territoires qui est totalement abandonnée. Non, je me reprends, ce n’est pas tant la cohésion des territoires qui est abandonnée que la cohésion du peuple elle-même.

Par électoralisme, nos politiques n’ont fait qu’attiser des haines réciproques. Fonction publique contre salariés et riches contre pauvres pour la droite. Employés contre patrons et banlieues contre campagnes pour la gauche. Parisiens contre provinciaux. Communautés contre communautés. Le contrat de confiance est rompu entre les citoyens et leurs élus, et mis à mal entre citoyens eux-mêmes.

Des propositions inquiétantes

Que proposent les différents partis politiques pour sortir de cette situation ?

Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise possèdent des cadres et militants très républicains : difficile de faire des reproches à messieurs Kuzmanovic ou Pena-Ruiz sur leur vision de la République. Je suis personnellement persuadé que M. Mélenchon lui-même est très républicain, mais les compromissions, avec le CCIF, le BDS, ou encore avec les positions de mesdames Obono & Autain avec respectivement le PIR et Ensemble! laissent à penser que l’électoralisme à pris le pas sur les convictions.

Je parlerai peu de Benoit Hamon, qui n’a absolument rien de républicain, et dont les accointances avec le communautarisme ne sont plus à démontrer (cf. ses propos sur le bar de Sevran et ses actions à Trappes), et dont les positions eurobéates prouvent le peu d’estime qu’il a pour la démocratie, la souveraineté populaire, et donc… le peuple. De gauche ?

Je parlerai encore moins d’Olivier Faure, héritier de ruines d’un passé idéalisé, et dont le programme est encore inconnu. Je me fais cependant bien peu d’illusions.

Il est plus intéressant de parler de Manuel Valls, qui a porté bien haut le flambeau de la laïcité repris maintenant par le Printemps Républicain. Mais…. parce qu’il y a un mais. Qui dit laïcité dit souveraineté. Mr.Valls a totalement discrédité la laïcité en France en tant que premier ministre, en rompant les amarres avec toutes les idées de la gauche républicaine à tous les niveaux à l’exception de la laïcité. Justice sociale détruite avec la loi El Khomri, laxisme juridique avec les réformes de Mme Taubira, austérité à la sauce Merkel… Comment peut-on penser laïcité sans penser souveraineté ??? Là encore, une grande tromperie électoraliste qui a contribué au reflux laïc.

Nous avons déjà parlé de M. Macron qui suit la politique de M. Valls en la durcissant et en étant quelque part plus cohérent. Son modèle anglo-saxon est appliqué dans les moindres détails, et la compromission communautariste se manifeste clairement. Réception d’imams et de clercs à l’Elysée, nomination de M. Belattar au Conseil des Villes, promotion de l’œcuménisme, dénonciation d’une laïcité qu’il qualifie de « radicalisée » – a-t’il réellement lu autant de livres qu’il le prétend, et si oui n’en a-t’il réellement rien retenu ?

Toujours à droite, nous avons Laurent Wauquiez. Forcé dans ses retranchements à droite par M. Macron, il fait maintenant dans un identitarisme qui n’a rien de laïc. Ses expositions de santons en sont la preuve. Même si nous avons le plus grand respect pour cette tradition, une mairie n’a pas à promouvoir un fait religieux : c’est une loi plus que centenaire qui le dit, qui date de 1905… Tout détournement des lois ouvre la porte aux pires abus. Quand Wauquiez ouvre cette porte, il y laisse entrer les islamistes radicaux. Enfin, ses positions sur l’Europe, encore une fois soumises à une exigence de différentiation par rapport à Macron, sont vaines. Comment compte-t’il créé un noyau « d’Europe des 6 » dans le cadre du Traité de Lisbonne qui demande l’unanimité des 26 pour toute réforme, lui qui n’a strictement rien fait en tant que Ministre chargé des Affaires Européennes sous Sarkozy ?

Nicolas Dupont-Aignan semble plus sincère dans sa vision de la souveraineté, et à défaut de parler peu de laïcité, ne fait que peu de fautes. Pour autant, il a abandonné toute revendication souverainiste en proposant beaucoup de faux-semblants sur l’Union Européenne et sur l’euro. Par peur de faire peur, il en oublie ses propres convictions, quitte à mentir à ses électeurs. Or évidemment, la souveraineté s’appuie dos à dos à la laïcité. Il ne peut donc, lui aussi, lutter contre le communautarisme avec son discours actuel, si ce n’est en le radicalisant et en confondant notre identité politique avec une identité culturelle statique.

Le jeu est exactement le même chez Mme Le Pen, dont la crédibilité est encore moins criante. Abandon de la sortie de l’UE et de l’euro, abandon de la laïcité au profit de l’identitarisme – comme le prouve l’épisode de la Croix de Ploërmel… qu’y a-t-il à ajouter. Son parti n’a plus rien de républicain lui non plus.

Mesures pour un renouveau républicain et laïc

Alors certes, nous devrons lutter contre le fanatisme religieux dans l’immédiat avec des mesures très fermes : contrôle des frontières, limitation de l’immigration tant que le chômage est haut et que notre capacité d’assimilation est limitée, expulsion des étrangers radicalisés, fermeture des mosquées salafistes, interdiction de subvention des lieux de cultes par des états étrangers, … J’y ajouterai mes propres propositions :

  • interdiction des signes religieux ostentatoires dans l’enseignement supérieur pour protéger les enfants avant leur émancipation
  • complément de la loi de 1905 en interdisant aux associations culturelles de gérer des lieux de culte afin d’éviter les petits arrangements électoralistes dont certains de nos politiques sont coutumiers.

Ceci étant, ces propositions ne traitent, là encore, que les symptômes. C’est donc en retrouvant une réelle cohésion des territoires qui permettra de mieux brasser les populations ; en retrouvant une réelle éducation civique et laïque ; en retrouvant une politique étrangère équilibrée respectant la souveraineté des autres pays ; en multipliant les initiatives liées à la vulgarisation de la laïcité ; en redonnant du sens au travail et à la justice fiscale.  C’est finalement en retrouvant le sens de l’égalité et de la justice que l’on arrivera à construire un réel renouveau républicain.

Ces propositions sont à développer et à chiffrer, mais elles sont les seules pour lutter durablement contre le fanatisme religieux. Leur application nécessitera la force des convictions ; il s’agit, comme le dit M. Chevènement, de « faire France au XXIè siècle ».

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