L’OTAN arrive en Amérique du Sud : La Colombie devient le partenaire officiel de l’Alliance

Article de Alex Gorka du site https://www.strategic-culture.org traduit par Soverain !

Le président colombien Juan Manuel Santos a annoncé le 25 mai que son pays était officiellement devenu un « partenaire mondial » de l’OTAN – le premier État latino-américain à obtenir un statut officiel au sein de l’organisation, qui doit être officialisé cette semaine. La Colombie rejoint l’Afghanistan, l’Australie, l’Irak, le Japon, la Corée du Sud, la Mongolie, la Nouvelle-Zélande et le Pakistan – d’autres nations qui sont également considérées comme « partenaires à travers le monde » ou « partenaires mondiaux », mais aucune d’entre elles ne se trouve en Amérique latine. Les domaines de coopération comprennent l’amélioration des capacités de combat de l’armée colombienne, la bonne gestion administrative, l’éducation et la formation militaires, la sécurisation des voies maritimes, la cybersécurité et les moyens de lutter contre le terrorisme et le crime organisé. Un accord de partenariat avec l’OTAN a été conclu il y a un an (mai 2017) après que le gouvernement colombien ait conclu un accord de paix avec les FARC, un ancien groupe terroriste devenu depuis lors un parti politique respectable. La déclaration du président est arrivée le même jour où l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a déclaré que Bogota serait officiellement invitée à s’y joindre – leur récompense pour avoir choisi un parcours pro-occidental.

La coopération entre la Colombie et l’OTAN est en hausse depuis 2013. En 2016, Bogota a signé un accord de coopération militaire avec le bloc. Un accord bilatéral de 2009 permet aux Etats-Unis de maintenir des bases sur le territoire colombien. En devenant partenaire de l’OTAN, Bogota viole un principe essentiel du Mouvement des pays non alignés (MNA), qui précise que ses États membres ne peuvent pas adhérer à des alliances militaires.

Dans la pratique, le partenariat indique que l’OTAN étend sa zone de responsabilité traditionnelle pour englober un autre continent de l’autre côté de l’océan. C’est une nouvelle confirmation que l’alliance a cessé d’être un groupe européen. Elle a mené une opération terrestre en Afghanistan et une opération navale dans l’océan Indien contre les pirates somaliens. De nombreux Etats membres ont rejoint les forces américaines en Irak en tant que membres volontaires de cette coalition.

Il est vrai que la Colombie est le premier pays sud-américain à se voir accorder un statut de l’OTAN, mais cela ne signifie pas que la présence de l’organisation sur le sol de ce continent est quelque chose d’absolument nouveau. Les États-Unis ont déployé des forces spéciales sous prétexte de lutter contre les trafiquants de drogue. Les forces britanniques sont en service sur les îles Falkland. Les membres du bloc disposent d’installations militaires dans les Caraïbes, qui ne font pas exactement partie de l’Amérique du Sud, mais plutôt d’un bassin subocéanique de l’océan Atlantique occidental, bordé par les côtes de deux nations sud-américaines : Venezuela et Colombie (le Panama fait partie de l’Amérique centrale). Le rapport OTAN 2020 : « Une sécurité assurée; un engagement dynamique » mentionne la possibilité d’opérations militaires en Amérique latine et dans les Caraïbes. La Colombie est un pays essentiel pour l’expansion mondiale de l’OTAN, car c’est le seul en Amérique du Sud avec des côtes sur les océans Pacifique et Atlantique. Le statut au sein de l’OTAN ouvre la voie à l’ajout de bases sur le sol colombien aux installations américaines déjà en place.

Le South American Defense Council (SADC), créé en 2009 et composée de 12 pays, est une branche de défense de l’UNASUR, qui ne comprend pas les États-Unis et opère en dehors de son influence. Son émergence démontre la tendance croissante à résoudre les problèmes de sécurité régionale indépendamment des États-Unis. Washington n’est même pas un observateur, bien que la possibilité de le devenir n’ait pas été exclue si elle change sa politique à l’égard de Cuba. De plus, le groupe comprend le Venezuela et la Bolivie, États ouvertement hostiles envers les États-Unis. L’Argentine accueillera la Conférence sud-américaine sur la défense en août 2018. Le nouveau statut de la Colombie influencera ses procédures. Bogota pourrait devenir un lien entre l’OTAN et l’Amérique du Sud, dans une tentative d’écarter la SADC en tant qu’entité qui définit la politique de défense du continent.

L’annonce de la reconnaissance officielle du statut de l’OTAN à Bogota est une histoire ancienne. Le mois dernier, six États d’Amérique du Sud, dont le Brésil, l’Argentine et la Colombie, ont suspendu leur adhésion à l’UNASUR, le bloc anti-américain, pour exprimer leur mécontentement à l’égard des dirigeants boliviens, rendant ainsi la SADC inopérante. L’UNASUR a cherché à contourner l’Organisation des États américains (OEA) influencée par les États-Unis. Le statut de la Colombie au sein de l’OTAN s’inscrit dans une tendance – les États-Unis s’efforcent d’accroître leur influence en Amérique latine alors que le continent est de plus en plus divisé.

Il convient de noter que les six pays qui ont quitté l’UNASUR sont membres du Groupe de Lima qui a été créé en août dernier par douze pays d’Amérique du Nord et du Sud, dont le Canada, qui sont généralement amis des États-Unis, surtout après que les dirigeants de gauche ont perdu le pouvoir en Argentine et au Brésil. Le groupe s’oppose aux gouvernements de la Bolivie et du Venezuela, qui appellent à l’indépendance du continent par rapport à Washington.

La Syrie, l’Iran et la politique étrangère imprévisible des États-Unis, qui comprend l’annulation de sommets précédemment convenus, ainsi que de nombreuses autres surprises pour la communauté mondiale, sont sur l’écran radar, éclipsant ainsi sans raison d’autres événements de grande importance. Le nouveau statut de la Colombie au sein de l’OTAN en est un exemple. L’Alliance de l’Atlantique Nord s’est déplacée sur le continent sud-américain. Le partenaire privilégié du bloc a accès au Pacifique. L’organisation a acquis une nouvelle portée géographique. Ce n’est pas la fin, c’est le début. La présence militaire qui en résultera sera suivie d’une ingérence politique dans la politique sud-américaine et de tentatives d’amener davantage d’États sud-américains sur l’orbite de l’OTAN.

Article de ALEX GORKA, traduit par Soverain

Source : https://www.strategic-culture.org/news/2018/05/28/nato-comes-south-america-colombia-becomes-alliance-official-partner.html

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